Le débat sur les OGM ne doit pas être uniquement technique

Posté par Timothée le 20 April 2008 | , , , ,

Dans leur tribune publiée le mercredi 16 avril dans le journal Les Echos, Marcel Kuntz et Jean-Paul Oury, sous couvert de revenir sur la « querelle OGM », livrent une vision tronquée et partiale du sujet.

La controverse existant à l’heure actuelle sur les OGM, quoiqu’elle soit effectivement entachée d’idéologie, ne saurait être limitée à un débat technique « entre experts ». Que l’opposition systématique aux OGM relève de l’idéologie, il ne fait aucun doute ; cependant, leur prise de défense tout aussi systématique n’est pas autre chose que du scientisme, à peine moins « dogmatique ».

MM Kuntz et Oury nous offrent des responsables tout désignés pour expliquer l’impasse dans laquelle est le débat à l’heure actuelle : Greenpeace. Certes, le fait de considérer que tout ce qui n’est pas naturel est à bannir d’office n’est pas un comportement enviable. Mais n’est pas plus enviable l’attitude adoptée par MM Kuntz et Oury, qui consiste à placer au dessus de tout soupçon les scientifiques, et de fait exclut la société civile d’un débat qui la touche en tout premier lieu — puisque les OGM ont, au final, vocation à être consommés.

Cet aspect de la technologie OGM, par ailleurs, est mis en avant par MM Kuntz et Oury. Certains projets — Golden Rice par exemple, ainsi que les plantes modifiées pour produire plus, ou dans des conditions plus difficiles — ont effectivement pour but de régler des problèmes d’alimentations dans les pays du tiers monde, projets ayant un attrait particulier à la lumière de l’actualité. Soyons honnêtes, et reconnaissons qu’ils ne concernent qu’une infime fraction des projets de plantes transgéniques à l’heure actuelle.

Pour éviter de tomber dans un choc idéologique, MM Kuntz et Oury nous proposent un débat essentiellement technique. Je pense que ce débat n’est pas viable. D’une part, les bases théoriques nécessaires n’ont pas été transmises, et faire porter le débat sur des éléments techniques revient à le confier tout entier aux mains des experts. D’autre part, les OGM ne sont pas uniquement un objet technique : ils seront introduits dans les champs, consommés, et deviendront un objet sociétal. Il semblerait alors légitime que l’exposition à ces plantes résulte d’un choix informé de la population, et non d’un simple raisonnement scientifique.

Si, comme le disent MM Kuntz et Oury, il [s’agit] de donner des cadres, il faudra veiller à ce que la société dans son ensemble soit libre de les remplir de contenus formels — et l’apport des scientifiques se fera sur ce point — aussi bien que subjectifs.

Le problème actuel est donc dans la qualité de l’information reçue. Que l’on soit face à l’obscurantisme de certains groupes anti-OGM, ou au scientisme de personnes Marcel Kuntz et Jean-Paul Oury (et le scientisme n’est pas une attitude scientifique : de nombreux chercheurs sont opposés aux OGM, malgré le fait qu’ils représentent une avancée de la science), nous sommes confrontés à des visions incomplètes et partisanes du problème, guidées par des opinions personnelles plus souvent que par des faits.

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Blogs et information scientifique : les lendemains ne chantent plus…

Posté par Timothée le 11 April 2008 | , , ,

Il y a des lectures qui vous plombent le moral. Et ce sur quoi je suis tombé hier en lisant les commentaires du billet de Fulmar sur le reportage Le monde selon Monsanto en fait incontestablement partie. Fulmar, blogueur que j’apprécie parce qu’il défend un écologisme modéré (et rationnel), donc, a publié suite à ce reportage une courte analyse, dans laquelle (en substance) il avance que la dénonciation des abus de Monsanto est une bonne chose, bien menée, mais qu’il y a de nombreux amalgames sur les technologies OGM, et les différents types de plantes transgèniques.

Ce qui m’a plombé le moral, en revanche, c’est le dernier commentaire. Signé par William Bourdon, et prenant la forme d’un communiqué, annonce clairement la couleur : la moindre critique vis-à-vis de l’auteur du reportage (la très controversée Marie-Monique Robin) sera considérée comme de la diffamation publique.

Je m’insurge.

Je me souviens avoir été bien plus virulent sur le reportage de Gérard Pascal, sans avoir été embêté pour mon analyse. Marcel Kuntz, via l’AFIS, a publié une analyse largement plus virulente que celle de Fulmar. Il aurait pu être visé aussi. Mais la situation change.

Quelle est la situation actuelle? De nombreux journalistes, reporters, etc se servent de leur profession pour faire passer des opinions personnelles, soit par manque d’information, soit pas pure malhonnêteté. Les blogueurs ont la possibilité de mettre en avant ces erreurs, et de présenter la situation en nuances de gris, au lieu du tout noir ou tout blanc que les médias traditionnels tendent à imposer.

Le phénomène viral aidant, les billets de blogs peuvent être repris très rapidement à peu près partout dans le monde (les licences type Creative Commons facilitant la reprise mot pour mot, et éventuellement les traductions). Si un journaliste est surpris en flagrant délit de mauvaise foi, tout le monde va le savoir, et très rapidement.

Pour certains, la solution est toute trouvée. Il suffit de décrédibiliser l’image du blogueur; de le présenter comme quelqu’un versé dans la diffamation, qui cherche à se mettre en avant en rabaissant d’intègres journalistes. Une chaîne a la possibilité de s’offrir un très bon avocat, un blogueur, non (en tout cas, un étudiant comme moi ne le peut pas).

On parle de whistleblowers [1], il est possible que ce soit, en matière d’information scientifique, le blogueur — ou le gestionnaire de site internet, l’AFIS fait ça très bien — qui occupe cette place. On a donné à ceux qui ont les compétences — du fait de leur formation — pour analyser l’argumentaire, les omissions, et autres pratiques discutables, et les “journalistes d’investigation” qui avant avaient le champ libre se retrouvent sous contrôle.

Les différentes affaires — ayant débouché sur la condamnation de blogueurs — ont pu donner des idées à certains, qui du domaine people, ont transporté la méthode vers les blogs scientifiques. Il y a quand même des nuances subtiles.

Critiquer un cas de désinformation scientifique, ça demande du temps. Il faut se documenter sur le sujet, éventuellement parler avec des gens qui en savent un peu plus long, étudier “sa cible”, analyser les faits présentés, l’argumetaire… C’est probablement le plus bel exemple de lecture critique qu’on puisse trouver. Ce n’est pas de la diffamation. C’est de la démonstration — d’incompétence, de mauvaise foi, ou d’un doux mélange des deux.

Au début, les blogueurs étaient plutôt dans le vent, plutôt bien vus, parce qu’ils étaient porteurs de quelque chose de nouveau, et surtout qu’ils faisaient les choses dans leur coin. Depuis que le phénomène blog prend de l’importance, indépendamment du milieu considéré, le pouvoir d’informer — alternatif à celui des médias traditionnels — inquiète.

Que l’on cherche à monitorer l’activité des bloguers, pour éviter justement que certains profitent de leur notoriété (relative) pour se livrer à de la désinformation me semble tout à fait normal. En revanche, la tendance qui s’annonce de recourir systématiquement à la menace et à la répression est intolérable. La liberté d’expression est un des fondements d’une démocratie (donc d’une démocratie scientifique…), et il vaut pour les blogueurs comme pour les journalistes. Si ils font mal leur travail, le retour de bâton est tout à fait normal à mes yeux.

En suivant ce qui se dit sur les blogs, en guise de conclusion, j’ai l’impression qu’on se dirige vers du tout répressif, parce que les médias “standard” — et d’autres — cherchent à contrôler un phénomène qui n’est — de par sa nature — pas contrôlable autrement. Le blogueur n’est inféodé à rien ni personne, et possède une liberté de mouvement enviable. Qui lui permet de taper assez fort sur ceux qui le méritent; j’ai visionné quelques extraits du reportage, et pour moi, comme pour Fulmar, comme pour Marcel Kuntz, rien que pour les amalgames qui sont faits sur les OGM, ce reportage méritait quelques tapes sur les doigts.

Mais surtout, il me semble qu’il est du devoir des blogueurs de ne pas se laisser intimider, et de mettre en avant la pertinence de leur démarche. Et plus encore, son caractère profondément nécessaire, à l’heure où ceux qui ont les compétences pour mener des actions d’information scientifique ont enfin les moyens techniques de le faire.

Edit : Antoine V. en a aussi fait les frais…

Notes

  1. Ceux qui donnent l’alerte, souvent en prenant des risques. []

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Bloguer les sciences?

Posté par Timothée le 9 April 2008 | , ,

La compte rendu de la table-ronde “Bloguer les sciences?” est paru ici.

Ca va vous faire de la lecture…

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Les créationistes sont-ils dangereux?

Posté par Timothée le 24 February 2008 | , , , ,

J’avais l’autre jour une discussion assez intéressante sur les dangers du créationisme, suite au lancement d’un journal destiné à promouvoir ces thèses, et j’en suis arrivé à me poser une question toute simple : sont-ils dangereux? L’existence de leur courant de pensée représente t-elle un risque pour la science, et surtout son enseignement?

J’entend par “créationiste” tout personne approuvant (même tacitement) Genèse 1 : Le premier jour, dieu créa le ciel et la terre et ce qui s’ensuit. Je ne fais pas de différence entre modérés et young earth creationists (qui pensent que la terre a 4000 ans). Par la même occasion, même si c’est vrai pour la plupart d’entre eux, je ne considère pas que les religieux et croyants (principalement catholiques) soient des créationistes. Pour faire simple, le créationiste dont je parle, c’est celui qui croit que dieu est à l’origine de tout, et qui sur cette base attaque la théorie de l’évolution.

Ceux-là, donc, sont probablement psychologiquement diminués, mais en sont-ils pour autant dangereux? J’ai du mal à dire que oui, pour plusieurs raisons.

D’une part, ils ont une motivation essentiellement religieuse, ancrée dans un tissu dogmatique plus vaste. Ils sont donc moins susceptibles de toucher un public large (un public ouvert à leurs idées). Ils peuvent, dans une certaine mesure, conduire ceux de leur secte à rejeter aussi la théorie de l’évolution, mais je doute de leur impact réel (à moins que les dirigeants ou enseignants ne partagent leurs croyances, mais j’y reviens).

Second point, scientifiquement parlant, ils ne valent rien. Parce que leur argumentaire repose sur de la croyance (et c’est plus un credo qu’un argumentaire) et non des faits, mais aussi parce qu’ils attaquent des faits scientifiques sans aucun matériel contradictoire solide (le répugnant Atlas de la création de Harun Yahya est particulièrement relevant de cette tendance).

Faut-il pour autant les laisser dire? Je ne pense pas. Je considère que le créationisme est un sous-ensemble de la religion, vers laquelle il tend a se diffuser. Dans des pays ayant une culture religieuse forte (la France tombe dans ce cas — pour combien de temps encore l’état sera t-il séparé de l’église?), la niche écologique des créationistes est déjà faite.

Il y a donc un risque que la doctrine créationiste s’impose, non pas parce qu’il aura été prouvé qu’elle est scientifiquement valide (parce qu’entendons nous sur ce point, ça n’arrivera jamais), mais parce qu’elle sera devenue l’intime conviction de chacun. Enseignants, dirigeants, et autres.

Vous me ferez remarquer qu’il y a peu de chances qu’une doctrine aussi radicale et moyen-âgeuse que le créationisme s’impose de cette manière. J’accepte l’objection, mais laissez moi finir. Il faut considérer la possibilité de voir des religieux intégristes (tout au moins très proches des textes) occupe des poste-clés, enseigner, etc. Hors ce cas particulier, il faut s’intéresser à toutes les formes de soft-creationism, qui forment pratiquement un continuum entre créationisme pur et dur et… sciences de l’évolution!

C’est à mon avis les partisans de ces causes qui représentent le plus grand danger à l’heure actuelle: ceux qui croient en un “sens de l’évolution”, qui soutiennent la théorie du dessein intelligent, les néo-Teilhardiens, et autres.

Pourquoi, alors que leurs thèses sont assez proches de celles défendues par les créationistes (existence d’un designer, par exemple), ont-ils plus de chances de connaître le succès?

La première raison est assez évidente. Bien que ceux qui les soutiennent soient souvent des religieux fondamentalistes, les partisans de ces théories ont une approche moins religieuse. Mystique, spiritualiste, certes, mais pas nécessairement religieuse.

Deuxième point, plus on s’enfonce dans la pseudo-science en s’éloignant du créationisme, plus on rencontre d’arguments “solides”. Autrement dit, d’arguments qui demandent une analyse pour être réfutés. Ou pire (et plus courant encore), des arguments qui interprétés correctement prouveraient la justesse de la théorie de l’évolution (ou plus précisément le fait que leur utilisation pour la réfuter est inapproprié), mais présentés de manière à faire passer la théorie de l’évolution comme une gigantesque mascarade (les séides du Discovery Institute sont très doués à ce petit jeu).

Comment éviter la progression de ces idées?

La première solution va encore faire dire à certains que je suis un vilain athée anti-religieux de base (ce qui n’est, à tout prendre, pas loin de la vérité). S’il est impensable qu’une personne ne croyant pas en dieu devienne un jour prêtre, peut-on concevoir qu’une personne qui soutienne l’idée d’un dieu créateur puisse enseigner les sciences de la vie? Vous voyez, vous hurlez à la discrimination. Ce n’est pas la solution que je recommande (c’est même la pire).

La solution qui me semble idéale, c’est la sensibilisation. L’enseignement. Que les scientifiques se mobilisent pour faire comprendre à la société que les théories pseudo-scientifiques qu’on propose, c’est bullshit. Plutôt que d’interdire l’enseignement des thèses créationistes et néo-dessein inteligent dans les écoles, pourquoi ne pas consacrer du temps à montrer en quoi elles sont fallacieuses et ne tiennent pas debout?

Si je me souviens bien de mes années lycée, la terminale S a une séquence qui me semble adaptée à ce type de réflexions…

Nota: Ecrit entre deux trains, en retournant au labo, d’où le manque de liens. L’auteur de ces lignes renouvelle son soutien aux partisans de la théorie du Flying Spaghetti Monster. Don’t give up.

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Les chercheurs font leur cinéma!

Posté par Timothée le 26 November 2007 | , ,

Faire des blagues sur la ressemblance entre certains profs et certains réalisateurs américains (pas de nom, les “locaux” comprendront l’allusion) finit par donner a certains de très bonnes idées. En l’occurrence, on (en la personne de Lucas Ravaux) vient de m’avertir que la première édition du Festival francilien de très courts métrages de vulgarisation scientifique, intitulée « Les chercheurs font leur cinéma ! », se déroulera de la mi-novembre au 1er décembre 2007..

Je copie donc le programme:

Sur une idée originale de l’ADocs, association des doctorants de La Rochelle, et avec le soutien de la Guilde Des Doctorants, ce festival s’implante en île de France à l’automne 2007.
Partis du constat que la science et la recherche ne dépassaient pas souvent et difficilement les murs de l’université, les doctorants rochelais ont mis en place, dès 1999, ce festival. Accueilli avec succès par le public et par les doctorants se pliant aux règles du jeu, le festival aujourd’hui se propage comme une heureuse épidémie (La Rochelle, Rennes, Paris, et d’autres à venir…).

Pour cette première édition du festival francilien, l’association Doc’up des doctorants de l’université Pierre et Marie Curie, organisatrice de cet évènement, présente 11 films de 5 à 6 minutes réalisés par des jeunes chercheurs en sciences expérimentales.

Présenter en quelques minutes son travail de recherche de façon simple, ludique, pédagogique et accessible au plus grand nombre ? Tel était le défi lancé aux réalisateurs-doctorants !

Ils vont se confronter au public dès la mi-novembre, par une série de projections dans des lycées franciliens, pour terminer par trois grandes projections publiques : le mercredi 28 novembre à 14h30 à l’ENS Cachan, le jeudi 29 novembre à 18h30 au Réfectoire des Cordeliers et le samedi 1er décembre à 14h30 à la Cité des sciences et de l’industrie.

Lors de la dernière projection, trois prix (des lycéens, du public, et du jury) seront remis aux réalisateurs. Pour que cet échange entre scientifiques et grand public soit riche, chaque projection est accompagnée de questions-débats avec les réalisateurs présents.

Les projections publiques sont d’accès libre dans la limite des places disponibles, l’entrée y est gratuite. Profitez- en dès la première séance !

Au programme : Tiens Maman, j’ai un cadeau pour toi… (Michèle Leduc) L’étude à l’échelle de la fourmi pour des progrès à pas de géant (Pascaline Mary et Delphine Le Gatt) Peptide on ice (Audrey Combes) M.E.P.E. (Claire Bardet) Quand les atomes s’organisent (Carole Chambon) La puce à l’oreille (Guillaume Filion, Anne Fix, Paula Gonzales, Noelle Guillon) Au quatrième top, il sera Docteur (Friedemann Reinhard, Clément Lacroûte) Chercheur de nuage (Ronan James) Orientations (Matthieu Lafon) Alimentation générale (Caroline Schmidt, Alexis Fifis, Cécile Walter) Les plantes se passent de parasol (Benjamin Bailleul, Alix Boulouis, Pierre Cardol).

Retrouvez toutes les informations sur le site du festival.

Ou finalement, je me dis qu’être sur Montpellier n’a pas que des avantages…

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