Le débat sur les OGM ne doit pas être uniquement technique
Dans leur tribune publiée le mercredi 16 avril dans le journal Les Echos, Marcel Kuntz et Jean-Paul Oury, sous couvert de revenir sur la « querelle OGM », livrent une vision tronquée et partiale du sujet.
La controverse existant à l’heure actuelle sur les OGM, quoiqu’elle soit effectivement entachée d’idéologie, ne saurait être limitée à un débat technique « entre experts ». Que l’opposition systématique aux OGM relève de l’idéologie, il ne fait aucun doute ; cependant, leur prise de défense tout aussi systématique n’est pas autre chose que du scientisme, à peine moins « dogmatique ».
MM Kuntz et Oury nous offrent des responsables tout désignés pour expliquer l’impasse dans laquelle est le débat à l’heure actuelle : Greenpeace. Certes, le fait de considérer que tout ce qui n’est pas naturel est à bannir d’office n’est pas un comportement enviable. Mais n’est pas plus enviable l’attitude adoptée par MM Kuntz et Oury, qui consiste à placer au dessus de tout soupçon les scientifiques, et de fait exclut la société civile d’un débat qui la touche en tout premier lieu — puisque les OGM ont, au final, vocation à être consommés.
Cet aspect de la technologie OGM, par ailleurs, est mis en avant par MM Kuntz et Oury. Certains projets — Golden Rice par exemple, ainsi que les plantes modifiées pour produire plus, ou dans des conditions plus difficiles — ont effectivement pour but de régler des problèmes d’alimentations dans les pays du tiers monde, projets ayant un attrait particulier à la lumière de l’actualité. Soyons honnêtes, et reconnaissons qu’ils ne concernent qu’une infime fraction des projets de plantes transgéniques à l’heure actuelle.
Pour éviter de tomber dans un choc idéologique, MM Kuntz et Oury nous proposent un débat essentiellement technique. Je pense que ce débat n’est pas viable. D’une part, les bases théoriques nécessaires n’ont pas été transmises, et faire porter le débat sur des éléments techniques revient à le confier tout entier aux mains des experts. D’autre part, les OGM ne sont pas uniquement un objet technique : ils seront introduits dans les champs, consommés, et deviendront un objet sociétal. Il semblerait alors légitime que l’exposition à ces plantes résulte d’un choix informé de la population, et non d’un simple raisonnement scientifique.
Si, comme le disent MM Kuntz et Oury, il [s’agit] de donner des cadres
, il faudra veiller à ce que la société dans son ensemble soit libre de les remplir de contenus formels — et l’apport des scientifiques se fera sur ce point — aussi bien que subjectifs.
Le problème actuel est donc dans la qualité de l’information reçue. Que l’on soit face à l’obscurantisme de certains groupes anti-OGM, ou au scientisme de personnes Marcel Kuntz et Jean-Paul Oury (et le scientisme n’est pas une attitude scientifique : de nombreux chercheurs sont opposés aux OGM, malgré le fait qu’ils représentent une avancée de la science), nous sommes confrontés à des visions incomplètes et partisanes du problème, guidées par des opinions personnelles plus souvent que par des faits.
