Le vétérinaire, le systématicien, et le thermocycleur

Posté par Timothée le 12 June 2008 | , , , , ,

GyrodactylusImaginez la scène suivante. Un vétérinaire rencontre deux confrères, un systématicien adepte de la , et un autre plus porté sur la . Avec un problème bien particulier en tête. Depuis quelques jours, des envahissent les bassins d’ (ou plutôt les qu’ils contiennent) dans lesquels il travaille. Il faut donc déterminer, rapidement, si ces sont dangereux et risquent de décimer l’élevage.

A charge pour ses confrères de le renseigner sur l’identité de cette espèce. Notre vétérinaire a donc pris avec lui deux individus, et les distribue a ses deux confrères.

Le premier sort de sa poche un microscope (c’est de la science fiction, je distribue des microscopes de poche si j’en ai envie), monte le parasite entre lame et lamelle, branche sa caméra, son ordinateur, et commence son identification. Avec quelques observations bien senties, les mesures morphométriques qui correspondent (avec par exemple la même méthode que Shinn et ses collaborateurs). 5 minutes plus tard, notre systématicien rend la lame avec le parasite au vétérinaire, et lui donne son diagnostic, sous forme d’un nom d’espèce. Hautement pathogène.

Son collègue plus porté sur la prend le parasite (préalablement placé dans un peu d’alcool), et direction le labo. Une petite journée d’extraction, on décongèle les bons primers, une ou deux PCR, et direction le séquençage. Trois jours plus tard (c’est de la fiction…) réception des séquences. Un peu de bioinformatique, pour le fun, et notre deuxième systématicien décroche son téléphone pour appeller son collègue vétérinaire.

— J’ai fini d’analyser ta bestiole, et…

— Trop tard, j’ai déjà l’identification, c’est salaris

— Le BLAST dit la même chose, mais…

— Mais quoi?

— … mais le BLAST ne donne par un super résultat, les distances génétiques entre ta souche et les autres sont trop grandes, ça ne peut pas être la même espèce.

— Alors, on fait quoi?

— Aucune idée. Bon courage!

Ca peut semble surréaliste, mais dans la réalité, même si les données morphologiques nous hurlent que deux individus appartiennent à la même espèce, les distances génétiques peuvent être très importantes. Et Hansen et son équipe ne disent pas autre chose, en estimant que la diversité du genre Gyrodactylus, dont 400 espèces sont connues, pourrait être en réalité de 25000 espèces.

Et comme un fait exprès, c’est un des résultats que j’ai obtenu pendant mon stage, durant lequel j’ai travaillé sur les de (vous pouvez lire le mémoire ici, 40 pages, PDF, 4.2Mo). Il existe de fortes présomptions que la diversité réelle des , des Gyrodactylus, et pourquoi pas de l’ensemble des . Ce qui finira pas poser plusieurs problèmes.

Pour les vétérinaires, déjà, il est important de trouver des marqueurs qui permettent de déterminer si une souche est pathogène ou non. Si les distances entre individus sont très importantes, cette tache va devenir très difficile.

Pour les évolutionnistes, comprendre le profil de spécificité, l’histoire évolutive, et d’autre choses encore, demandent une phylogénie robuste. Qu’il est très difficile d’obtenir sans un échantillonage intensif, et même dans ce cas, il est possible qu’on aie des difficultés à mettre clairement des espèces en évidence.

Sur ces bonnes paroles, je m’en retourne à la préparation de mes soutenances pour les écoles doctorales… C’est pas une vie, d’être en M2…

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Mais pourquoi sont-ils aussi nombreux (1)?

Posté par Timothée le 10 February 2008 | , , , ,

Pourquoi est-il aussi méchant, nous demandions-nous lorsque nous avons découvert Orangina rouge. Pourquoi sont-ils aussi nombreux, se demandent les évolutionnistes, et une partie des écologistes. Mais qui est ce “ils”? J’aurais du dire “elles”, en fait. Les espèces. Avouez qu’il y en a beaucoup, tellement que personne n’est d’accord sur le nombre exact. Et répondre à cette question ne fait pas partie des objectifs de ce billet.

Une espèce?
Le concept d’espèce n’est pas forcément facile à définir. On retiendra le principal (Biological species concept), basé sur la reproduction et le fait de donner une descendance fertile. Et on l’oubliera aussitôt, puisqu’il s’applique très mal aux . Alors on fera simple : une espèce, c’est un ensemble de populations qui se ressemblent morphologiquement, qui sont génétiquement proches, et qui peuvent s’échanger des gènes.
Non, je vais plutôt tenter de vous expliquer pourquoi elles apparaîssent. Et plutôt que de faire dans le général, je vais me concenter sur mes 50% préferés : les . On peut se demander pourquoi ce choix des . C’est une très bonne question.

A priori, les , c’est une notion vague. Que partagent-ils? Biologiquement, peu de choses. Le parasitisme est essentiellement une notion d’écologie, puisqu’il s’agit d’un mode de vie : l’exploitation de la vie par la vie. Ce n’est pas cette caractéristique qui va nous intéresser, ou plutôt pas directement. C’est son corrollaire : les vivent dans/sur un autre organisme.

Les écologistes de l’assemblée auront compris : on sait très clairement quelle est la niche écologique d’un parasite. On peut la suivre dans l’espace, et dans le temps (et même dans le temps évolutif). Et c’est vraiment pratique. Il faut garder à l’esprit que cette niche écologique est elle-même vivante, et qu’elle peut subir des événements de spéciation, d’extinction, et autres. J’y reviendrai un peu plus loin.

Mais ce n’est pas tout; vous imaginez bien qu’on ne va pas s’intéresser à la spéciation (c’est de ce concept, proposé par Ernst Mayr, qu’il est question ici) chez les uniquement parce que c’est pratique. Non. On le fait parce que la spéciation résulte de pressions (diversificatrices), et que les en subissent un grand nombre.

Habiter un être vivant, c’est exploiter une niche assez peu stable : l’hôte a une physiologie propre, est sensible à son environnement, passe par des périodes de reproduction durant lesquelles il mobilise son énergie, est la proie de prédateurs, etc etc. Mais surtout, l’hôte se défend contre les (via son immunité), et cherche à s’en défaire.

Et pour complèter ce modèle idéal que les systèmes parasités nous offrent, je rapelle que les ont un cycle de vie rapide, donc un “temps évolutif” plus contracté que celui de leurs hôtes : on pourra observer des événements de spéciation sur des périodes plus courtes. Et quand on sait que le temsp évolutif est… plutôt longuet, ça nous arrange bien.

J’en viens aux faits, maintenant, avec la réponse (non, n’en croyez rien, ce ne sera qu’une ébauche de réponse) à la question : pourquoi sont-ils aussi nombreux, ces ? Il faut partir d’une observation très simple. Si vous lisez la petit boîte de texte sobrement intitulée “Une espèce?”, vous verrez qu’on a des chances de voir des espèces se séparer (et donc, qu’on assiste à une spéciation) dès le moment ou le transfert de gènes est impossible.

On va appeller ça l’isolement reproductif, et se dire que c’est le début de toute spéciation qui se repsecte. Seulement voilà, l’isolement reproductif, c’est quasiment une conséquence, et il faut se demander ce qui le provoque, chez des . Et pour comprendre un cas particulier, il est souvent utile de connaître quelques généralités (et voyez comme ce billet est superbement construit, je vais vous exposer les cas généraux pour vous parle au final de ).

On va commencer par séparer “la spéciation” en tant que “mécanisme qui créé des espèces” en différents “modes de spéciation”, autrement dit les modalités avec lesquelles on isole des populations. Nous allons en voir 3 (ou 4, c’est selon). Leur petit nom? Allopatrique, para et péripatrique, et finalement sympatrique. Si vous connaissez un Patrick, c’est le moment de faire vos blagues, qu’on soit tranquilles pour la suite.

La spéciation allopatrique, c’est le cas le plus évident. Prenez une population bien homogène, et érigez une barrière physique. Vous avez séparé deux infra-populations, bien distinctes. Laissez l’évolution agir, et finalement retirez cette barrière (c’est une expérience de pensée, rien de plus) : vos deux infra-populations ne peuvent plus se reproduire, félicitation, vous avez provoqué une spéciation (parce que la biogéographie fournit de bons exemples, avec ses histoires de plaques continentales qui se séparent, on parle aussi de spéciation vicariante).

Les trois modes que nous allons voir ensuite seront sans doute beaucoup plus évidents à comprendre une fois que nous les aurons appliqué au parasitisme.

Je vais commencer par mon petit préféré (parce qu’il a été bien étudié sur “mes” entre autres raisons) : la spéciation sympatrique. L’isolement reproductif est provoqué par une différenciation génétique au sein de la population. On finit par aboutri, dans une population unie, à voir deux sous-populations émerger, qui ne s’échangent plus de gènes. A terme, on va donc voir des espèces se former.

Les deux modes qui nous restent à voir concernent une partie d’une population qui décide de coloniser une nouvelle niche écologique. Elle est donc “isolée” du reste de la population, et le terrain est favorable à la spéciation. La distinction entre parapatrique et péripatrique dépend de l’isolement de la niche écologique nouvellement colonisée par rapport à la niche de départ. On notera au passage que ces deux cas sont très proches de la spéciation allopatrique (et diffèrent de la spéciation sympatrique par le fait que les populations soient isolées). Certains auteurs considèrent que ces deux cas sont de la spéciation allopatrique (celle que j’ai décrit précédemment étant la “spéciation allopatrique vicariante”).

C’est là que les petites spécificités des entrent en jeu. Qu’est-ce que c’est, l’allopatrie et la sympatrie, quand on est un parasite? Je vais vous donner ma petite définition : à grande échelle, une espèce de parasite est sympatrique si elle infeste une unique espèce. A petite échelle, même schèma mais avec des populations. La séparation de type allopatrique correspond à changer d’hôte.

Et c’est là que le parasitisme devient un cas particulier : on reste bien sûr dans les mêmes patterns que précédemment, tout en introduisant le fait que les niches écologiques soient de la matière vivante, sujette à évolution. Ca vaut le coup de redéfinir un peu tout ça.

La spéciation allopatrique chez un parasite… ou comment faire apparaître une barrière physique au beau milieu d’une population? C’est assez simple, en fait. Il suffit de séparer en deux ou plus notre espèce hôte. Comment? Soit physiquement, soit… par spéciation! Dans ce cas, le parasite n’a qu’à “suivre le mouvement”, chacune des sous-populations continuant son évolution sur sa sous-population d’hôte.

La spéciation parapatrique maintenant. Si vous avez bien suivi, vous aurez compris le principe : il faut coloniser une nouvelle niche, ce qui pour un parasite est équivalent à l’acquisition d’un nouvel hôte. Il faut savoir que les ont cette possibilité, passer d’un hôte à l’autre, et que les conséquences évolutives ne sont pas nulles.

Et la spéciation sympatrique? Ca devient plus problèmatique. On a du mal à voir comment deux sous-populations pourraient se séparer, alors qu’elles sont réunies sur un hôte. Et pourtant, la littérature est riche de plusieurs exemples : la coexistence de congénères (espèces du même genre) sur une même espèce d’hôte est un indice révélateur de spéciations sympatriques.

Prenons un exemple avec de vrais morceaux de dedans : un poisson cychlidé du bassin du Tchad porte sur ses branchies 4 espèces de congénériques. Vous allez me dire que c’est très simple, il y a eu transfert. Difficile à concevoir, cependant, quand on sait que ce poisson est à peu près le seul de sa famille dans la région de l’étude, et que les Annulotrema (le petit nom de ces ) qu’il porte sont dans le même cas.

On trouve beaucoup d’autres exemples de ce type, et on observe à chaque fois une distribution non aléatoire des sur les branchies. On pense donc que c’est une adaptation à l’habitat qui a provoqué l’isolement reproductif (c’est tout à fait possible puisque les ont un cycle de vie rapide et direct, et passent souvent plusieurs générations sur le même individu), entraînant une spéciation sympatrique.

Je me rend compte que ça commence à faire beaucoup de concepts… Il est donc temp de ne pas parler des conséquences de ces événements sur la phylogènie du système hôte-parasite, et de ne pas indiquer les papiers/livres que j’ai utilisé pour écrire ce texte. Ce sera l’objet d’un prochain billet (laissez moi un peu de temps pour l’écrire…), n’en doutez pas.

Note : Ce billet vous fait partager quelques informations qui servent de base à un travail “un peu plus” conséquent, prévu pour début juin.

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Femto-review: parasites, pollution, et conservation

Posté par Timothée le 18 October 2007 | , , , , ,

Comme le faisait remarquer Windsor (1998), il est fort probable que la majorité des espèces sur terre soient des . Pourtant, on ne peut s’empêcher de constater que leur rôle dans le fonctionnement des écosystèmes n’a été pris en compte que très récemment (e.g. Poulin, 1999, Lafferty et al., 2006, Thompson et al., 2005). Pourtant, en se penchant d’un peu plus près sur le sujet, on voit rapidement tous les avantages qu’on peut retirer de l’étude des (et des interactions durables en général). Hudson et al. (2006) ont d’ailleurs commis une très belle revue sur le sujet.

La , du point de vue des hôtes

Un des aspects qui m’intéresse particulièrement en ce moment, c’est l’utilisation potentielle des comme indicateurs de la . Comment donc?

Un tout petit peu de théorie. On fait l’hypothèse que chaque organisme dispose d’une quantité finie d’énergie qu’il doit attribuer à différentes fonctions, qu’on regroupe assez classiquement de la manière suivante: condition somatique, survie, reproduction. Dans la survie, on regroupe l’immunocompétence et tous les comportements et systèmes qui servent a ne pas finir rongé par les vers.

Assez intuitivement, on se rend compte qu’on ne peut pas être bon partout, et qu’un investissement d’un côté va diminuer la performance de l’autre. Même si ce n’est pas vraiment aussi simple dans la “vraie vie”[1].

La , comme tout bon stress, va dérégler les grands systèmes qui font un organisme (ce qui dans le cas d’un organisme supérieur signifie système immunitaire et neuro-endocrinien). Il y a des exemples à la pelle d’interactions entre ces systèmes, je ne m’étend pas plus. A titre d’exemple quand même, le cortisol produit en cas de stress est un immunosuppresseur, la testostérone tue les lymphocytes, etc etc…

Un organisme soumis a la , et donc en situation de stress, a de fortes chances de devenir moins résistant aux agressions, puisque ses systèmes sont déstabilisés, et que sa capacité de régulation (maintenir la fameuse homéostasie) est compromise . Alors un jour on s’est dit, “et si on regardait les ”.

Une petit histoire maintenant. Il y a quelques mois, nous étions en train de faire des bilans parasitaires à la pelle, et dans les animaux que nous avions a notre disposition se trouvaient quelques grenouilles. Un soir que nous regardions les données (le genre de soir ou il est pas loin de 2 heures du matin, que la cafetière a disparu, que tout le monde est sur les nerfs), une collègue me jette un regard étrange, et me sors :tu fais quoi comme test pour comparer des moyennes?. Pourquoi? Dans le genre d’éclair de génie qu’on n’a que dans ces situations là, elle avait remarqué que nos grenouilles, venant de deux sites différents, avaient des charges parasitaires bien différentes. Les premières, très fortement parasitées (par le nématode Rhabdias buffonis si je me souviens bien), avaient été capturées près de la vallée, sous les exploitations viticoles. Les dernières, beaucoup moins parasitées, venaient de la montage.

Notre échantillon était loin d’être représentatif, mais on a quand même fait un peu de biblio en rentrant. Albert et al. (2007) et King et al. ( 2007) avaient des résultats qui semblaient aller dans le même sens[2].

En creusant bien, on pourrait reproduire ce genre de résultats sur un nombre incroyable de modèles. Et on en profitera pour se rendre compte que l’idée n’est pas vraiment nouvelle, puisqu’on la retrouve déjà largement développée par Overstreet (1997).

La , du point de vue des

Ce qui est marquant, c’est à quel point les études sur les ont tendance a se focaliser sur les hôtes. J’ai d’ailleurs sciemment commencé cette “femto-review” par les aspects “hôte” de la . Ce serait oublier des travaux assez remarquables de mes estimés collègues tchèques effectués sur les eux-même (et je ne dis pas remarquable uniquement parce qu’il s’agit de monogènes de ).

Un des aspects importants dans l’étude des relations hôte- est la diversité (et je ne rentre pas plus dans les détails, ce serait une digression beaucoup trop longue et assez ennuyeuse pour ceux qui ne sont pas fans). Il était donc relativement intéressant de regarder comment cette diversité évoluait selon la .

C’est précisément ce qu’on fait Dusek et al. (1998) sur les d’un poisson de rivière dont je vous ai déjà largement conté les mésaventures: Leuciscus cephalus. Ce qui a été observé est assez révélateur: le nombre d’espèces de est inférieur dans les régions polluées, ce qui indique très clairement que les souffrent aussi de la (et ça n’a finalement rien d’étonnant). Au niveau de la communauté, des résultats vraiment intéressants sont sortis: la diversité diminue, et la répartition des abondances se lisse (ce qui est relativement peu courant). D’autre part, les spécialistes souffrent plus que les généralistes de la . Gelnar et al. (1997) avaient obtenu des résultats similaires.

Mais ce n’est pas tout. Le parasitisme, c’est avant tout des adaptations, et des organes bien spécifiques. Sebelova et al. (2002) se sont concentrés sur les déformations subies par ces organes dans les zones polluées chez des Diplozoidae. Ce qui leur a permis de mettre en évidence des déformations structurales dans les crochets, et même des modifications du nombre de crochets (les du papier sont assez impressionnantes).

Plus récemment, une étude de Pecinkova et al. (2005) a classifié précisément ces modifications chez Paradiplozoon homoion, et mis en évidence que la plupart d’entre eux survenaient pendant l’onogénèse du parasite. Encore une fois, les du papier sont impressionnantes.

C’est le point ou vous en avez marre d’entendre parler de . Et ou moi je suis allé me chercher un café entre temps. Il est temps, donc, de se lancer dans une partie plus “optimiste”: les apports potentiels de l’utilisation des dans la . C’est paradoxalement le domaine pour lequel j’ai lu le moins de papiers à l’heure actuelle (mais je compte bien rattraper ça un jour ou l’autre).

Tout d’abord, je cite deux études qui me semblent importantes sur ce sujet, à savoir celles de Pierre Sasal et al. (2000, 2004), qui s’intéressent particulièrement à l’écologie des (et encore une fois, il s’agit de monogènes) dans les zones protégées.

Bien, maintenant les choses sérieuses. Un des gros problèmes à l’heure actuelle (parmi tant d’autres) est la gestion des espèces invasives. La remarque qu’on fait en général est elles réussissent parce qu’elles n’ont pas de prédateurs dans leur nouveau milieu. Oui, mais pas seulement. Demandez à Torchin et al. ( 2003), ou plutôt lisez ce papier paru dans Nature, et vous verrez que le manque de peut être un facteur important pour le succès de l’invasion (et de manière générale, les papiers de Torchin sur les invasions valent le coup d’oeil).

Une des autres applications possibles a été avancée récemment par Power et al. (2005), à l’université de Valence. Puisque les sont bien spécialisés géographiquement, pourquoi ne pas examiner les qui sont pêchés pour savoir ou ils ont été pêchés, et ainsi détecter d’éventuelles fraudes ou prises illégales? C’est une idée très intéressante, mais qui demande un sacré échantillonnage préalable (puisqu’il faut connaître la répartition géographique d’un nombre suffisamment important de ). Mais comme les auteurs le disent, il s’agit d’une “étude pilote”.

Allez, une autre application sympathique. Avec un peu de théorie en prime. Les ont cette propriété sympathique de passer successivement par plusieurs hôtes avant d’effectuer la reproduction dans l’hôte définitif (évidemment on a des avec un cycle direct, c’est à dire un hôte unique, je suis mal placé pour vous dire le contraire). Et en général, les sont exigeants vis à vis des hôtes (ils ont ce qu’on appelle un “spectre d’hôtes” dans lequel ils peuvent se développer). Prenons un cycle comme celui d’un trématode, qui va passer par un mollusque avant d’atteindre son hôte définitif (exemple: Schistosoma mansoni passe par Biomphalaria glabrata avant d’atteindre l’homme ou le rat).

Admettons que vous soyez en train de faire un inventaire de la biodiversité dans une région, et que vous soyez à la recherche d’une toute petite espèce d’insecte ou de rongeur particulièrement difficile à observer. Mais admettons aussi que votre collègue parasitologue (toujours en avoir un sous la main) vous dise Ah mais c’est l’hôte définitif de ce truc la, ou c’est le seul hôte intermédiaire possible pour ce truc ci. Si vous retrouvez des formes intermédiaires du parasite en question, vous pourrez être sur que votre est présent. Et avec un peu de modélisation, il n’est pas exclu que vous ayez des informations sur l’état de sa population. C’est un peu l’idée de Hechinger et al. (2007): utiliser les pour s’informer sur les free-living.

Conclusion

Il est évident qu’on pourrait multiplier les exemples pendant des pages et des pages, et creuser encore plus. Ce qui n’est pas l’objet d’un article de blog. Mais arriver a ancrer son travail sur les dans des problématiques plus vastes (je n’ai pas parlé, notamment, des impacts de l’, mais je vous renvoie a un vieux billet sur le sujet, alors que ça m’intéresse particulièrement) est devenu important.

Bref, tout ça pour dire que j’espère avoir fait remonter les d’un cran dans votre estime.

Les références ont été obtenues avec BibTeX2html, toujours en développement mais qui rend quand même des résultats utilisables.

Références

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Notes

  1. il n’est pas inutile de se reporter a Zahavi (1975), J Theor Biol 53 pp. 205–14 [↩], Hamilton & Zuk (1982), Science 218 pp. 384 [Google Scholar], ou encore Folstad & Karter (1992), Am Nat 139 pp. 603–622 [Google Scholar] pour en savoir plus []
  2. je ne dis nulle part que l’agriculture est responsable de la situation de ces grenouilles dans notre cas — je souligne juste un exemple d’observation qui nous a conduit a rechercher des résultats intéressants []

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Ces parasites sont identiques (Or are they?)

Posté par Timothée le 14 August 2007 | , , , , , , , , ,

Dans un précédent billet, je faisais part de mes remarques quant à l’utilisation de la morphologie pour identifier les , dans la mesure ou plusieurs paramètres pouvaient venir perturber le phénomène. Comme j’avais un peu de temps hier après-midi au labo, et bien envie de jouer avec la version 7 de JMP, je me suis lancé dans une rapide analyse de mes données, pour voir si c’était plutôt encourageant ou pas…

Rapide analyse est à prendre au sens “Analyse en composantes principales”, cela va de soi. J’explique. Je prend des mesures de différentes parties des organes d’attachement de mes . En suivant un bête raisonnement, on peut se dire que chaque valeur correspond à une coordonnée. Donc, il devient possible de représenter tout ça graphiquement. Problème, dans mon cas, on se retrouve avec un espace à 11 dimensions. Pas évident à visualiser, donc.

Le principe de l’ACP est qu’elle permet de représenter toutes les données sous forme de points, dans un espace à deux dimensions. Autrement dit, un basique repère avec un axe x et un axe y. Je passe sur les détails, il semblerait que savoir ça suffit à comprendre l’intêret de l’analyse.

Bref, cette analyse va avoir tendance à “regrouper” les points (donc, dans mon cas, les ) qui sont “proches”, sur l’ensemble de leurs variables. En gros, pour une tendance égale, on va avoir des “nuages de points” plus ou moins denses.

image-1.pngMe voila donc tout confiant, en train de lancer mon analyse. Et la, j’ai obtenu quelque chose de particulièrement intéressant: un nuage de points qui semblait s’être “coupé en deux”, avec une partie des points de chaque côté de l’axe. Allons donc. Si vous cliquez sur la miniature à côté de ce paragraphe, et que vous regardez comment se distribuent les points vert avec un marqueur +, vous verrez ce que je veux dire.

Nous avons donc la situation suivante: au sein d’une seule espèce de (très clairement identifiable, avec les critères que l’on a, c’est du 0% d’erreur), on peut distinguer deux groupes sur la base de critères morphomètriques (uniquement ceux de leur organe d’attachement). C’est tout? Bien sûr que non. En jouant un peu avec les légendes, je me suis rendu compte que tous les “de gauche” (ceux qui sont à part) ont été prélevés sur le même hôte. Et que ceux “de droite” (soit la majorité) sont issus de l’ensemble des autres hôtes. Quelle différence entre ces hôtes? L’hôte des “de gauche” est d’une espèce (et d’un genre) différente de celle de ses petits camarades.

Bien sûr, il y a un certain nombre de bémols à apporter à ce qui semble être un résultat plutôt intéressant. D’une part, l’individu de l’espèce qui semble avoir des avec une morphométrie différente était le seul de son espèce à avoir été examiné. Mais on va y remédier (pas avant janvier, je vous raconte pas le suspense). D’autre part, il est possible que les que j’ai examiné soient à un stade plus précoce de leur développement. J’y crois moyennement (dans la mesure ou après avoir vu ce résultat, j’ai récupéré des de l’individu en question conservés dans l’alcool, et qu’ils s’insèrent parfaitement au milieu des autres, ce qui indiquerait éventuellement une synchronicité de la population), mais ce n’est pas impossible.

En tout cas, ce résultat est intéressant. Il va maintenant falloir (en plus de la vérification sur d’autres hôtes) regarder la variabilité génétique, et qui sait, en tirer des conclusions…

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Monogenean chronicles

Posté par Timothée le 9 August 2007 | , , , , ,

Il y a des matins ou rien ne va, ou on ne trouve rien, ou on garde un tube de prozac à proximité de la paillasse, au cas ou. Et puis il y a ce matin. Ce matin ou j’ai passé sur le plateau de ma binoculaire les branchies d’une oblade (Oblada melanura), à la recherche de . Vu les derniers jours (plutôt tendance prozac), j’avais un niveau d’espérance quant à la présence de assez faible. Et surprise, en fait, ca bougeait dans tous les sens. D’ou forcément, quelques images assez sympathiques.

pict0004.JPG

Les branchies de l’oblade. Les petits vers gris que vous pouvez voir sont des monogènes ( spp. pour la plupart)

pict0009.JPG

Un autre monogène récolté sur les branchies du poisson. Sur la gauche de l’image, la “langue” que vous voyez est sa partie postèrieure, avec des crochets/ventouses un peu partout autour. Sur la droite, côté “bouche”, deux ventouses bien rondes. Une idée de la taille? A peu près 5 millimètres, la branchie du poisson fait environ 18 millimètres de long au total. Plutôt pas mal, hein?

Le meilleur pour la fin. Un monogène polyopisthocotylé (avec un organe de fixation complexe, donc), comme celui de la photo précédente, mais de taille plus “raisonnable” (de l’ordre du millimètre, à vue de nez). Et comme vous pouvez le voir, il est assez nerveux.

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