Genepartner : du grand n’importe quoi?

Posté par Timothée le 22 July 2008 | , , ,

A chaque fois que je lève la tête de la rédaction de mes papiers, ces derniers jours, c’est pour que le peu d’estime que j’ai pour notre belle société en prenne un coup. Et ce matin, en relevant mes flux RSS (pendant que je réfléchissais à comment écrire proprement une fonction R, mais passons), je suis tombé sur un billet de blog qui s’étonnait de voir qu’un service comme Genepartner pouvait exister.

Genepartner, c’est quoi? Une boîte de biotech qui vous propose de trouver votre partenaire idéal d’un point de vue . ? Oui. A l’heure ou on écrit des textes comme ça, ça fait peur (j’en profite pour linker l’excellent blog de Thomas Heams). Sur quoi on se base? Facile, avant même de cliquer sur l’onglet “Science”, j’avais trouvé que ça parlerait d’HLA et des travaux de Claus Wedekind en 1995.

Pourquoi? Parce que Wedekind, avec une méthodologie qu’on apprécie ou non, avait montré qu’on cherchait avant tout la diversité dans les allèles du HLA (le nom du complexe majeur d’histocompatibilité chez l’humain, une série de molécules tout à fait passionnantes qui détectent le “soi” et le “non-soi” dans le système immunitaire) — en gros, les femmes étaient attirées par la sueur des homems qui avaient la configuration allèlique la plus différente de la leur.

Différentes études ont montré qu’en milieu naturel, la diversité du MHC (le HLA, donc, au sens large) était plus divers en présence de pathogènes qu’en conditions relaxées (au hasard, Wegner et coll. en 2003 et Simkova et coll. en 2005 — les deux sont en accès libre, le deuxième est un lien direct vers le PDF). Et c’est normal, parce que les molécules du MHC sont très spécialisées dans la reconnaissance de certains motifs, je passe la partie ‘Vous avez gagné un cours d’’. Donc, plus on a d’allèles différents, plus on est protégé. Et la sélection, en présence de pathogènes, pousse à la diversification.

Le principe de Genepartner est de vous mettre en relation avec les personnes qui ont le génotype HLA le plus éloigné du votre. Pour que les futurs enfants soient “résistants à un maximum de maladies”. On retrouve le même délire eugéniste que chez Good genes dating

Et pusi raisonner comme ça, c’est aussi oublier l’importance des memes.

Bref… Il y aurait beaucoup à dire, mais j’ai tellement mieux à faire… Je vous laisse vous promener sur leur site, c’est assez drôle (si toutefois on a un humour un peu particulier).

Via Presse-Citron

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Ecto, méso, endo… immuno?

Posté par Timothée le 24 May 2008 | ,

Sous le titre de ce billet se cache en fait une réflexion profonde et intéressante, du moins aussi profonde et intéressante qu’il me soit possible d’en fournir après deux semaines la tête dans le guidon à rédiger mon mémoire, qui depuis peu est en cours de correction. Vous n’êtes sans doute pas au courant, mais les biologistes aiment beaucoup se simplifier la vie, et créer des catégories pour tout ce qui bouge. La première question quand on tombe sur une espèce inconnue, c’est de se demander “ou je le range”. Et on ne limite pas notre folie du rangement à la phylogénie. On classe les bactéries en fonction de ce qu’elles métabolisent, les virus en fonction de leur génome, divers organismes en fonction de leur tolérance à la salinité, la température, et bien d’autres choses encore. Le biologiste aime l’ordre, dans tout chose, sauf sur son bureau.

Et les ? J’y viens. Les , vous vous en doutez, on aussi leur lot de subdivisions. Comme “un parasite” ce n’est pas défini par beaucoup plus de critères que l’exploitation d’un autre être vivant, on a trouvé beaucoup de manières de les ranger. Selon leur spectre d’hôte (spécialistes contre généralistes, si on fait simple, mais on peut avoir des classifications plus subtiles qui tiennent compte de la proximité évolutive, écologique des hôtes, ou même de la date de description de l’espèce). Selon leur groupe taxonomique, aussi. Et selon l’endroit qu’ils habitent. Et c’est la que ça devient drôle, parce que personne ou presque n’est d’accord sur le nombre exact de subdivisions à créer.

On m’a appris qu’il y en avait deux. Puis trois. Puis re-deux. On m’a aussi dit que ça n’avait pas trop de sens. On m’a menacé de flagellation si j’adhérais aux thèses de quelques hérétiques qui prétendaient encore qu’on pouvait parler de 3 groupes, et promis mille souffrances si j’osais soutenir ces obscurantistes qui pensaient que tout se divisait en deux catégories. Quelles catégories? C’est assez simple.

Un parasite peut être soit dedans (son hôte), soit dehors, soit un peu dedans mais pas vraiment. On aurait donc tendance à diviser les en ectoparasites, endoparasites, et mésoparasites. Prenons une tique, par exemple, qui s’accroche sur la peau de son hôte. Elle est clairement dehors, c’est un ectoparasite. Toxoplasma gondii, en revanche, vit dans les cellules de son hôte, et on peut difficilement faire plus “à l’intérieur” qu’en étant dans la cellule; il est donc endoparasite. Et le Taenia solium, alors? C’est bien plus problématique. Il vit dans le tube digestif, ça ne fait pas de doute. Et le tube digestif, c’est “à l’intérieur”, me direz vous. Donc endoparasite. Oui mais non, n’allons pas si vite, le tube digestif est (c’est même de la qu’il tire son nom) un tube, autrement dit, on est quand même à l’extérieur de l’individu. On est donc dans la situation du “un peu dehors mais pas vraiment”, ce qui fait du taenia un mésoparasite.

Seulement voila, ce concept de mésoparasite n’a pas que des partisans. Ceux qui s’y opposent font valoir qu’être à l’intérieur, même d’un tube, c’est être à l’intérieur, et qu’on appartient de fait aux endoparasites. Je me souviens avoir examiné ce qui faisait de mes petits (qui vivent sur les branchies) des ecto ou des endoparasites: ils vivent au contact du milieu extérieur (ecto), mais dans une cavité de l’hôte (la cavité buccale, donc méso). Au final, j’ai tranché, et ce sont des ectoparasites.

Est-ce qu’il n’existe pas une autre méthode de décider si on a bien à faire a des ecto/endo/mésoparasites que de regarder simplement où ils habitent? N’est-il pas temps de passer de “dis moi où tu habites, je te dirais qui tu es” à “dis moi comment ton hôte essaie de te coller une raclée, je te dirais qui tu es”? N’est-il pas tout aussi judicieux (et biologiquement exact!) de caractériser les en fonction de la défense qu’ils activent chez leur hôte?

Vous l’aurez compris, c’était la raison de la présence du mot “” (quoique dans sa forme vernaculaire…) dans le titre de ce billet. Je n’ai pas de réponse à apporter, et je ne sais pas si quelqu’un a déjà essayé de voir s’il était possible de classer les de manière fonctionelle, en se concentrant sur la réponse qu’ils provoquent chez leur hôte.

Note : je vais probablement m’enkyster (au labo) quelques temps, et négliger éhontément ce blog. J’ai un mémoire à finir, une présentation à préparer, et, paraît-il, quelques soutenances pour obtenir une bourse de thèse à préparer. Retour d’ici un mois pour de nouvelles aventures (avec comme guest stars, Oh c’est original, des et des poissons… On ne se refait pas…)

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