Genepartner : du grand n’importe quoi?
A chaque fois que je lève la tête de la rédaction de mes papiers, ces derniers jours, c’est pour que le peu d’estime que j’ai pour notre belle société en prenne un coup. Et ce matin, en relevant mes flux RSS (pendant que je réfléchissais à comment écrire proprement une fonction R, mais passons), je suis tombé sur un billet de blog qui s’étonnait de voir qu’un service comme Genepartner pouvait exister.
Genepartner, c’est quoi? Une boîte de biotech qui vous propose de trouver votre partenaire idéal d’un point de vue génétique. Génétique? Oui. A l’heure ou on écrit des textes comme ça, ça fait peur (j’en profite pour linker l’excellent blog de Thomas Heams). Sur quoi on se base? Facile, avant même de cliquer sur l’onglet “Science”, j’avais trouvé que ça parlerait d’HLA et des travaux de Claus Wedekind en 1995.
Pourquoi? Parce que Wedekind, avec une méthodologie qu’on apprécie ou non, avait montré qu’on cherchait avant tout la diversité dans les allèles du HLA (le nom du complexe majeur d’histocompatibilité chez l’humain, une série de molécules tout à fait passionnantes qui détectent le “soi” et le “non-soi” dans le système immunitaire) — en gros, les femmes étaient attirées par la sueur des homems qui avaient la configuration allèlique la plus différente de la leur.
Différentes études ont montré qu’en milieu naturel, la diversité du MHC (le HLA, donc, au sens large) était plus divers en présence de pathogènes qu’en conditions relaxées (au hasard, Wegner et coll. en 2003 et Simkova et coll. en 2005 — les deux sont en accès libre, le deuxième est un lien direct vers le PDF). Et c’est normal, parce que les molécules du MHC sont très spécialisées dans la reconnaissance de certains motifs, je passe la partie ‘Vous avez gagné un cours d’immunologie’. Donc, plus on a d’allèles différents, plus on est protégé. Et la sélection, en présence de pathogènes, pousse à la diversification.
Le principe de Genepartner est de vous mettre en relation avec les personnes qui ont le génotype HLA le plus éloigné du votre. Pour que les futurs enfants soient “résistants à un maximum de maladies”. On retrouve le même délire eugéniste que chez Good genes dating…
Et pusi raisonner comme ça, c’est aussi oublier l’importance des memes.
Bref… Il y aurait beaucoup à dire, mais j’ai tellement mieux à faire… Je vous laisse vous promener sur leur site, c’est assez drôle (si toutefois on a un humour un peu particulier).
Via Presse-Citron
Sous le titre de ce billet se cache en fait une réflexion profonde et intéressante, du moins aussi profonde et intéressante qu’il me soit possible d’en fournir après deux semaines la tête dans le guidon à rédiger mon mémoire, qui depuis peu est en cours de correction. Vous n’êtes sans doute pas au courant, mais les biologistes aiment beaucoup se simplifier la vie, et créer des catégories pour tout ce qui bouge. La première question quand on tombe sur une espèce inconnue, c’est de se demander “ou je le range”. Et on ne limite pas notre folie du rangement à la phylogénie. On classe les bactéries en fonction de ce qu’elles métabolisent, les virus en fonction de leur génome, divers organismes en fonction de leur tolérance à la salinité, la température, et bien d’autres choses encore. Le biologiste aime l’ordre, dans tout chose, sauf sur son bureau.