Denyse O’Leary n’a encore rien compris

Posté par Timothée le 8 November 2007 | , ,

Dans son dernier post, Denyse O’Leary s’abandonne à une technique particulièrement odieuse pour soutenir les vues de sa secte de fanatiques débiles anti-évolution: la récupération d’une tragédie pour prouver la justesse de leur idéologie. J’avoue avoir assez peu d’estime pour elle, comme pour les autres sycophantes du Discovery Institute, mais je ne pensais pas qu’ils finiraient par tomber encore plus bas.

Un étudiant finlandais à tué huit de ses camarades, parce qu’il a été motivé par le “Darwinisme social”. Si l’on en croit l’étudiant en question, d’après un texte qu’il a laissé, il est a cynical existentialist, anti-human humanist, anti-social social-Darwinist, realistic idealist and god-like atheist. La suite est du même tonneau: c’est un agent de la sélection naturelle, chargé d’éliminer ceux qui ne sont pas adaptés. Et ceci, chers lecteurs, est l’argument type contre la théorie de Darwin.

Ca a autant de valeur argumentaire que si je tentais de réfuter le en parlant de Tomas de Torquemada.

Deux choses doivent d’être mentionnées, ce que Denyse O’Leary s’est abstenu de faire — soit parce qu’elle est incroyablement stupide, ou malhonnête, ou alors un peu des deux. D’une part, Darwinisme et Darwinisme social sont deux notions tout à fait distinctes. L’une (le Darwinisme social) a été “inventé” après la théorie de Darwin, pour plaire à la société victorienne de l’époque. L’utilisation que Malthus a fait de ce courant de pensée est célèbre.

Deuxièmement, il semble acquis (je ne suis pas psychologue, mais malgré tout) que l’étudiant en question soit psychologiquement instable. Alors, qu’est-ce qui est la cause du massacre? Le fait qu’il ai lu la théorie de Darwin (et mal, puisqu’il est impossible de trouver une éloge de la sélection sociale dans L’Origine des Espèces), ou sa folie?

Allez, je vous ferais grâce d’une estimation du nombre de morts provoqués par les illuminés dont O’Leary fait partie. De toute façon, ils sont fous à lier.

Ca me fatigue…

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Science : peut-on tout dire sur le net?

Posté par Timothée le 26 October 2007 | , , , , , ,

Comment un moyen de scientifique aussi puissant et prometteur que le web finit-il par devenir préjudiciable aux professionnels qui font l’effort de l’investir ? Quelles sont les limites de la scientifique sur le web, et dans quelle mesure ses acteurs peuvent-ils contrôler ses dérives ? Comment l’idéal de liberté du scientifique peut-il s’acoquiner avec un medium aussi retors ? L’actualité récente fournit quelques réponses à ces questions brûlantes, qui ne nous incitent pas à être optimistes.

Billet écrit à quatre mains : les miennes, mais avant tout celles de Tom
Merci à Enro pour avoir joué le rôle du referee

Ainsi, le site web de Vincent Fleury a été récemment fermé par son institution, suscitant l’incompréhension chez de nombreux internautes, dont les auteurs de ce billet. Pourtant, a tout pour plaire : physicien médiatique, il n’hésite pas à se lancer dans des travaux de vulgarisation, ayant publié plusieurs livres à destination du grand public. Seulement, son dernier livre, De l’oeuf à l’éternité, dérange. Rappelons en quelques mots les faits ; De l’oeuf à l’éternité propose une théorie nouvelle et audacieuse de la gastrulation chez les tétrapodes (on pourra remarquer que la cote Dewey  de ce livre dans de nombreuses bibliothèques universitaires est 575 : ). Pour , la formation des membres des vertébrés est un processus purement physique, basé sur une brisure de symétrie simple, aboutissant notamment à la formation de quatre tourbillons, chacun correspondant à un des membres (voir sur tomroud.com pour un résumé plus complet de la théorie). en tire une conclusion sur “le sens de l’évolution” (sous-titre de son livre) : pour ainsi dire, l’évolution du plan d’organisation du corps des tétrapodes est prédictible, dans la mesure où elle repose sur un seul paramètre, l’enroulement plus ou moins important du flot de cellules dans l’embryon. Un “sens” de l’évolution qui en gêne plus d’un…

Beaucoup de reproches ont été faits à . Le premier reproche, c’est d’avoir publié sa théorie dans un livre destiné au grand public. En effet, la pratique en science veut que tous travaux scientifiques soient d’abord et avant tout publiés dans des revues à comité de lecture, afin d’être évalués par des pairs des scientifiques. Objection! L’usage dans les sciences dures est maintenant de publier d’abord — et parfois uniquement — hors du circuit des revues, en passant par exemple par… internet et le système arXiv. Objectons également que la revue par les pairs n’a pas que des aspects positifs. Certes, elle permet de séparer le bon grain de l’ivraie mais elle peut aussi bloquer la publication de certaines théories “trop audacieuses”. L’un des exemples les plus frappants est sans doute celui de Leigh Van Valen. Ce paléontologue a eu, en 1973, une intuition géniale sur la coévolution des organismes, qu’il a formalisée sous le nom de “théorie de la Reine Rouge“. Son article (A new evolutionary law) a été refusé à l’issue de la revue par les pairs. Van Valen, confiant dans sa théorie, a réagi en créant la revue Evolutionary Theory, dans laquelle il a publié son papier. C’est à l’heure actuelle l’un des articles les plus cités en biologie évolutive.

Le deuxième reproche qu’on fait à Fleury, c’est de négliger certains aspects de la biologie. C’est vrai que parfois, on a le sentiment qu’un peu plus de feedback biologique serait nécessaire ; qu’il faudrait être moins affirmatif sur l’inutilité des gènes (ou tout simplement prendre en compte et expliquer les expériences de manipulation du développement effectuées uniquement à l’aide de manipulations génétiques) ou sur le darwinisme. Néanmoins, on peut rétorquer également que les biologistes ont parfois tout aussi tendance… à négliger la physique. Car le phénomène de tourbillon décrit par Fleury est une conséquence directe de lois d’écoulement.

Il manquerait alors davantage à Fleury un aspect synthétique. Aspect qui n’émergera probablement que d’un dialogue entre les disciplines concernées : la biologie du développement et la physique. Ce dialogue demande évidemment d’abandonner une partie de ses convictions : le tout génétique pour les uns, le tout physique pour l’autre. Si ce dialogue se fait en bonne intelligence, et nous faisons toute confiance aux intéressés sur ce point, il n’est pas impossible de voir émerger un nouveau modèle pour le développement. Au grand dam des étudiants en biologie, forcés alors de se remettre à la physique.

Le troisième reproche fait à Fleury concerne son interprétation de l’évolution, et ses critiques de la théorie du darwinisime. Le milieu de la biologie est naturellement très méfiant vis-à-vis des critiques du “darwinisme”. Certes cette théorie date de 1859 (pour sa première version). Mais elle est à l’origine d’un pan entier des sciences du vivant. Qui plus est, la théorie de Darwin ne se limite pas à L’origine des espèces. La théorie de la sélection sexuelle, exposée dans La filiation de l’homme, peut être qualifiée de “très en avance sur son temps”, puisqu’elle est toujours en vigueur aujourd’hui. Les discussions existant autour des différentes théories expliquant l’évolution n’indiquent qu’une chose : ces théories sont fondées, et on cherche à les rendre encore plus explicatives.

Au final, quelles sont donc les causes de la fermeture du site de , un site semblable à tant d’autres sites de chercheurs à travers le monde ? Cela demeure une vraie question. Sa théorie dérange? Certains biologistes et évolutionnistes n’ont pas l’air de le prendre très au sérieux ; du côté des physiciens, on comprend le modèle physique, mais on ne connaît/comprend pas forcément la biologie. La défense de l’image d’une institution (l’université de Rennes, dans ce cas) ? Possible. L’opération de lobbying anti-Fleury menée, sous prétexte de discussion, par Antoine Vekris (de l’université de Bordeaux) a probablement joué. Moyennant quelques blogs virulents et des courriels envoyés à la hiérarchie de , il a réussi à faire suffisamment peur pour que la décision de censure soit prise sans autre forme de procès : le web est un espace où il est possible de faire beaucoup de bruit avec peu de moyens. Au détriment du bon sens, ou plus simplement de la réserve qu’il faut savoir maintenir dans un débat.

On peut établir un parallèle avec le cas de Michael Behe, et en tirer des informations sur la manière de réagir aux propos d’un membre de son institution. Michael Behe est un professeur de biochimie à l’Université de Lehigh (Etats-Unis). C’est aussi, à travers ses livres et ses colloques, un des partisans les plus actifs du , ce créationnisme revisité (il est notamment proche de William Dembski et du Discovery Institute). On lui doit la théorie de la “complexité irréductible”, probablement une des plus tenaces au sein de la mouvance du .

Pour une université, avoir dans ses rangs un partisan d’une théorie qui, sous ses airs scientifiques, n’a rien en commun avec la science, peut se révéler assez embarrassant. Il était donc logique d’assister a une réponse de la part de cette université. Et plutôt que de censurer Michael Behe, nos collègues outre-atlantique ont agi avec une rare intelligence : ils ont écrit un communiqué expliquant les vues du Department of Biological Sciences sur la théorie de Behe. Et quand un communiqué de ce type commence par l’assurance du “soutien sans faille à la liberté académique et à la libre circulation des idées”, on sait que ça va taper très fort.

Le département de Michael Behe, plutôt que de chercher à “cacher” ses idées, les met en avant, en expliquant qu’elles sont une insulte à la méthode scientifique, et ne méritent pas qu’on s’y arrête. Au lieu d’en faire un martyr, ils en font un original qu’il est préférable d’ignorer.

Mais le parallèle avec trouve ici ses limites. Les bases de la théorie physique de Fleury sont réelles. L’interprétation qu’il en tire fait peut-être dresser les cheveux sur la tête des évolutionnistes, mais contrairement au , elle mérite discussion, et discussion au delà des clivages entre disciplines. Face au bruit provoqué par certaines personnes, sa hiérarchie a jugé préférable de le condamner au silence. On peut y voir le fait que nous sommes, en France, moins bien adaptés à la nouvelle place du web dans notre vie scientifique. La liberté qu’il apporte peut gêner en haut-lieu.

Toute cette histoire reflète donc, selon nous, les problèmes de parler de science sur internet, quand on est soi-même scientifique professionnel. Il y a malheureusement beaucoup de dangers, fondamentalement intrinsèques au web, où les discussions peuvent se poursuivre sans limites de temps, où l’on a vite fait de s’écharper sur des babioles, où l’on déteste ne pas avoir le dernier mot car on sait que les discussion qui devraient être purement orales resteront figées pour l’éternité dans le cache de Google, voire où l’on fait preuve de mauvaise foi et d’hypocrisie. Dans le processus scientifique classique, il se passe suffisamment de temps pour que tous ces effets soient un peu lissés ; à l’ère d’internet, medium instantané, il n’en est rien.

Quelle solution adopter ? On peut penser, comme certains philosophes français, qu’internet est irrécupérable au point d’en interdire l’usage à l’école. On peut, comme certains blogueurs du C@fé des sciences, privilégier l’anonymat pour retrouver une certaine liberté de parole et s’affranchir de son statut de chercheur dans la vraie vie. Heureusement, il reste aussi des enseignants et des éditeurs de revues fondamentalement confiants en internet et en particulier en les blogs scientifiques, y voyant au contraire, une chance pour l’éducation et la science elle-même : puissent-ils avoir raison.

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Explorer l’univers des possibles (ou pas)

Posté par Timothée le 9 October 2007 | , , ,

Je sors d’une intervention de Finn Kjellberg (sur un sujet qui est loin d’être ma tasse de thé café, mais il faut avouer qu’il était plus qu’à fond dans son sujet, chapeau bas). Au cours de cette intervention (sur les symbioses entre ficus et pollinisateurs), il en est arrivé à parler d’exploration de l’univers des possibles. Ce qui a fini par faire tilt dans ma tête, puisque c’est un argument utilisé fréquemment pas les partisans du .

Je n’avais jamais vraiment trouvé de réponse (de réponse autre que c’est un non-sens total) a des arguments comme Si tout est fait au hasard, avec le temps, pourquoi est-ce qu’on ne voit pas [...[1]]. Et puis finalement, l’explication qui a été avancée cet après-midi me semble extrêmement intéressante.

Nous avons a notre disposition un “univers des possibles”, qu’il est (éventuellement) possible d’explorer. Seulement voilà, ce n’est pas possible en pratique.

Un univers des possibles, comment ça se définirait? Par des probabilités. Le fait que si on laisse des singes jouer suffisamment longtemps avec des machines à écrire, ils finiront par réécrire mot pour mot l’Internationale ou Guerre et Paix. Ou L’Origine des Espèces, tiens, ça serait marrant.

Dans ce genre d’univers, donc, il suffirait de répliquer un nombre suffisamment grand de fois une expérience (un individu) pour avoir une infinité de variations possibles (un éléphant photosynthétique, pour reprendre l’exemple). Oui mais voilà, autant on pouvait invoquer ce raisonnement pour expliquer la formation des premiers éléments vivants (je n’ai aucune idée sur le fait que ce soit juste ou non, par ailleurs, mais je sais que certains ont envisagé cette hypothèse), autant pour l’évolution, ça pose problème.

Parce que, tout simplement, nous n’avons pas l’infinité de répétitions. Enfin pas tous. Chez les “gros” organismes (disons les eucaryotes), il faut compter avec un temps de génération long (la bactérie Escherichia coli double sa taille de population en 20 minutes, si je me souviens bien, une levure type Saccharomyces cerevisiae le fait en 1 heure; un humain peut espérer avoir sa descendance après environ 30 ans).

Et puis en plus, notre effectif de population n’est pas infini. Loin de la. Par rapport a nos lointaines cousines (les bactéries), nous sommes même ridiculement petits… En de manière générale, plus on est gros, moins on est nombreux. Mes poissons abritent entre 5 et une centaine de parasites, nous avons plus de bactéries dans notre flore intestinale que dans le reste de notre corps, etc etc…

Si on veut résumer la capacité d’exploration de cet “univers des possibles”, il faut prendre en compte le fait qu’elle est négativement corrélée à μ[2] et à N[3]. Autrement dit, si on voulait jouer a ce petit jeu face a des bactéries, nous n’aurions aucune chance. J’y reviens juste après.

Et tout ça nous renvoie a un papier de Marzluff et Diall[4], qui dit exactement la même chose. Une espèce caractérisée par un cycle de vie court est plus encline à la cospéciation que les autres (après que j’aie lu ça, j’ai fait la danse de la victoire dans mon bureau, bien entendu).

Par contre, nous organismes de grande taille, on peut faire tout autre chose. Si nous ne sommes pas capables d’”inventer” les mêmes mécanismes que les bactéries,… On peut leur voler! Parce que notre spécialité, c’est d’organiser les choses, de structurer l’espace. Un ensemble de niches écologiques, vous dis-je. Dans lesquelles ces bactéries (ou autres micro-organismes, d’ailleurs, je ne voudrais pas être exclusif) vont venir squatter. Et nous rendre quelques services.

Donc, cette réfutation du rôle du hasard par utilisation de l’”univers des possibles” ne tient pas la route. Et même, en réfléchissant un peu, on donne du sens aux symbioses (si c’était vraiment aussi simple…)

Notes

  1. Insérer un truc étrange ici: plus de variétés de chiens, des animaux faire de la photo-synthèse, des hommes avec 4 bras, des créationnistes modérés, ou autres aberrations []
  2. inverse du temps de génération []
  3. effectif de l’espèce []
  4. J. Marzluff & K. Dial. Life History Correlates of Taxonomic Diversity. Ecology 72(2):428–439, 1991 []

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Les opinions tièdes de Benoît XVI

Posté par Timothée le 26 July 2007 | , , ,

De retour de ses vacances en Italie, le pape s’est exprimé sur le débat entre créationnisme et évolution, débat qui fait rage outre-atlantique. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas trop l’air de savoir sur quel pied danser.

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“Théorie” de l’évolution

Posté par Timothée le 18 July 2007 | ,

Au cours d’une discussion, j’ai été amené à parler d’évolution, et plus précisément de théorie de l’évolution. Mon interlocuteur étant plutôt religieux, plutôt proche du créationnisme, il m’a fait remarquer que justement, mon évolution n’est qu’une théorie. Ce n’est pas la première fois qu’on m’oppose l’argument, et je pense qu’une rapide mise au point s’impose…

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