La journée (presque) type
C’est bien connu, si la recherche manque de vocations, c’est parce que les conditions de travail au quotidien sont mal connues. Et on croit à tort que c’est un travail difficile et ingrat. Pour y remédier, et attirer les jeunes vers le beau métier de chercheur, quoi de mieux qu’un résumé de la journée (presque) type que j’ai vécu aujourd’hui?
8 heures : réveil, douche, préparation du sac. Ramasser les feuilles qui traînent de la veille, les publis éparses sur le sol de la chambre, retrouver le stabylo (sous le radiateur). Cacher les seringues qui traînent sur la table de nuit, ça fait junkie, même si c’est pour mon travail.
8 heures 40 : départ pour le labo.
8 heures 41 : arrivée dans la cuisine du labo (vous en aurez déduit que ma chambre est de l’autre côté de la route par rapport au labo). Retrouver mon paquet de café, me caféiner.
8 heures 50 : arrivée au bureau. Lecture des mails, coups de fils à passer, rangement des papiers qui jonchent le bureau dans les nouvelles pochettes achetées pour l’occasion.Avoir un petit sourire de satisfaction à l’idée que mon bureau est presque aussi bien rangé que les autres.
9 heures 10 : descente dans la salle de tri des poissons, pour faire un tour du matériel et préparer ma journée. Remonter au bureau, noter deux ou trois idées dans le cahier de manips, relire une publi en attendant que ça se passe.
10 heures : départ du labo, sac de plongée sur le dos et harpon à la main.
10 heures 03 : arrivée sur site. Enfilage de la combinaison. Et de la deuxième couche. L’eau est froide.
10 heures 15 : tout est prêt, mise à l’eau. Début de l’échantillonnage.
10 heures 16 : voir un poulpe, et perdre 5 minutes à jouer avec, parce que c’est l’animal le plus génial au monde.
12 heures 10 : sortie de l’eau, rangement de la combinaison. Regarde inquiet à mes doigts, devenus bleus. Remettre les vetements un peu humides avec le bon petit vent de mer, et avoir très froid. Mais considérer quand même qu’on a aucune raison de se plaindre.
12 heures 20 : dépôt des captures (en fait, de la seule et unique capture) de la matinée dans la salle de tri, rinçage du matériel.
12 heures 30 : repas. Arriver au ref’ les cheveux mouillés, la serviette sur les épaules. “Tu faisais quoi ce matin, des PCR? Moi je nageais, mais les PCR c’est bien aussi”.
13 heures 15 : douche! Ca commençait à se faire attendre.
13 heures 30 : retour au labo, début de la dissection.
17 heures : estimer que c’est bon, ça fait assez de parasites, et remonter saisir les résultats.
17 heures 15 : faire des stats. Avoir un résultat marrant. Envoyer un mail au boss, qui est parti cogiter pour le compte de Cybelle Méditerranée. Lire quelques papiers, faire un point sur les poissons à capturer en priorité, tenir son cahier de labo à jour. Coller de belles images, comme en maternelle. Coller en priorité celle ou on a une p-value de 10-8.
18 heures 20 : départ du bureau. Direction la salle de conférences de l’autre côté de la cour. Détour par la machine à café.
18 heures 40 : retrouver son partenaire pour le tournoi de Wii du labo. Note pour plus tard : c’est plus physique que ce que je pensais. Se faire sortir au premier tour.
19 heures 10 : fin de la journée. Encore un peu de lecture de publi pour le fun, avant d’aller manger.
Bilan? Oui. C’est un peu de la publicité mensongère, quand même. C’est pas comme ça tous les jours non plus. Mais demain, c’est à peu près le même schéma…
Si en plus ce billet peut vous faire patienter en attendant quelque chose de plus scientifique, que je prépare depuis quelques jours sans pouvoir tout à fait le finir (par manque de temps, imaginez-vous), alors tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes…

