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La parabole du gâteau

Timothée — 12 February 2007

J’ai commencé cet après midi une UE (4 participants, tous biologistes de formation) intitulée droit et économie de l’environnement. Au programme, a priori, beaucoup de socio et d’éco. L’enseignant a commencé son introduction par une parabole qui m’a beaucoup plu, pour nous sensibiliser à la gestion des risques et aux méthodes de gouvernance, et qui mérite de figurer ici (ou d’inspirer un nouvel opus à cette série de thrillers à la mode)…

Imaginez

Vous êtes à plusieurs dans une pièce, autour d’un gâteau. Vous allez commencer a le manger, quand tout d’un coup on vous apprend qu’il contient de la dioxine. Et à ce moment précis, les portes et fenêtres de la salle se ferment, et vous ne pouvez pas sortir tant que le gâteau n’est pas mangé. Vous ne savez pas quelle quantité de dioxine le gâteau contient, ni si elle est localisée, ni rien. Vous êtes un petit groupe, enfermé dans une pièce, et vous devez, pour vous en sortir, manger ce gâteau.

La question était : quelles sont les procédures à mettre en oeuvre pour manger le gâteau?

Les procédures

Après discussion (et café, dument transformé en éléments de réflexion) nous avons mis à jour plusieurs procédures possibles pour se sortir du problème.

Equité quantitative

Dans ce cas de figure, on considère que tout le monde mange sa part du gâteau, et advienne que pourra. Suivant la dose de dioxine, sa distribution, la résistance de chaque personne du groupe, le nombre de survivants s’il y en a va varier. Mais tous auront eu a priori la même chance de s’en sortir.

Désignation

La désignation consiste, vous l’aurez compris, à faire manger tout le gâteau à une seule personne. La distribution du risque change : il est nul pour l’ensemble du groupe moins un, et maximal pour celui qui devra manger le gâteau. Plusieurs méthodes existent.

Le fautif

Le principe consiste à désigner un coupable, peu importe de quoi il serait coupable d’ailleurs. Dans cette optique, on chercher sur divers critères une justification au fait que cette personne précisément doive manger le gâteau, et donc très probablement y laisser sa vie pour sauver le groupe.

Le délit de faciès est une incarnation parfaite de ce type de désignation, basée bien évidemment sur une discrimination négative.

Le tirage au sort

On se rapproche d’une situation équitable, quoique non quantitative au vu de la distribution du risque. Il suffit de tirer au sort une personne pour manger le gâteau, et de mettre son décès sur le compte de la fatalité (qui avait, avant le tirage, autant de chance de l’atteindre elle que vous).

Usage de la force

Cette situation est intéressante. Le principe est encore qu’une seule personne va manger le gâteau, pas suite à une désignation ou un tirage au sort, mais à l’usage de la force. On pourrait se dire que finalement, c’est le plus faible qui va manger. Si on prend la situation du point de vue de quelqu’un qui est dans la pièce, donc susceptible de se retrouver avec le gâteau en travers de la gorge, toute autre personne présente, et plus forte que vous, est une menace.

Il ne serait pas surprenant de voir les plus faibles se liguer contre le plus fort, et lui faire gouter ce gâteau. Mais inversement, pourquoi ne pas minimiser les risques, en l’occurrence le risque de s’attaquer à plus fort que soi et de se retrouver une part de gâteau entre les dents. L’autre solution viable (si on peut dire) serait que tous se liguent contre le plus faible. Bien sûr, les solutions intermédiaires existent toutes…

Sacrifice

Sacrifice modeste

Dans ce cas, on émet l’hypothèse qu’un désespéré, ou un malade incurable se trouve dans la pièce. Se sachant condamné, il offre sa vie pour permettre la survie de tout le groupe.

Sacrifice pour la gloire

Une personne du groupe se désigne volontairement pour manger le gâteau, et en retire de la gloire dans ses derniers instants (et à titre posthume). Cet acte permet la survie du groupe, et apporte un statut à celui qui le commet (un sacrifice pour compenser un besoin de reconnaissance est envisageable). Celui qui mange le gâteau devient un martyr.

Je m’en foutisme

Bon allez, on va pas y rester trois jours, j’vais le manger ce gâteau, et autres phrases du genre que pourrait prononcer une personne qui comptait en finir un jour ou l’autre.

Conclusion rapide

Nous avons plus ou moins volontairement forcé le trait sur ces modèles. Ce qui est intéressant, c’est de constater qu’en cas de problèmes environnemental, la question qu’on se pose est : qui va manger le gâteau?. Qui va subir les conséquences de l’acte, et comment gérer les risques? La question du moment ou doit intervenir l’arbitrage a été posée aussi, mais moins creusée (faute de temps, mais aussi parce que le public de 4 biologistes n’avait pas franchement l’habitude de ce genre d’exercices).

Même si ca peut faire franchement marrer un public averti, j’ai trouvé la parabole éloquente, et le débat qui s’en est suivi loin d’être inintéressant. Si vous avez d’autres solutions pour manger le gâteau, n’hésitez surtout pas!

Ah, et puis aussi, on a fait des trucs sérieux et un peu formels, mais entre nous, c’est moins marrant que les gâteaux, hein?


5 réactions à “La parabole du gâteau”

  1. blop nous a dit:
    13 February 2007 à 9:15 am

    On peut en imaginer d’autres :
    Le gourou qui convainc tous les autres d’en manger
    Le maitre-chanteur qui promet de tuer les gosses de X si celui-ci ne mange pas le gateau. Ou au contraire de leur payer leurs etudes s’il le mange.
    Le prestidigitateur qui s’arrange pour refiler sa part aux autres

  2. Enro nous a dit:
    13 February 2007 à 2:15 pm

    Il y a aussi celui qui essaye de convaincre les autres que le gâteau n’est pas dangereux, faisant valoir une quelconque expertise ou autorité, et les laisse en manger ;-)

  3. Le Doc' nous a dit:
    13 February 2007 à 6:42 pm

    @blop : Pas mal du tout pour la première, on avait zappé ca… Mais pour les deux autres, sachant qu’il faut que le gâteau soit mangé, je ne sais pas si ca fait sens… Peut-être (j’ai encore un peu de mal a penser comme un déséquilibré, mais j’y travaille)

    @Enro : … :)

  4. blop nous a dit:
    13 February 2007 à 8:52 pm

    @enro : c’est pas loin de mon gourou, ca…

    @doc: si tu reviens aux droits de polluer, ma deuxieme proposition c’est un peu l’attitude du “nord” vis-a-vis du “sud”. On vous achete des droits de polluer. Mais aussi on vous exporte nos dechets toxiques. En maniant la carotte et/ou le baton… Quand au troisieme cas, c’est probablement celui qui sera tente par toutes les entreprises : essayer de tricher pour minimiser son propre cout…

  5. Le Doc' nous a dit:
    13 February 2007 à 10:21 pm

    Tout à fait d’accord avec toi pour le droit à polluer (j’ai du mal à appeler ca un droit, mais admettons). Dans la logique du premier contact groupe/intervenant, on avait choisi un point de vue un peu réductionniste, ou tout le monde se mettait d’accord (on parlait plus d’une situation d’arbitrage, a mes incertitudes de biologiste sur le vocabulaire exact près).

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