Passer devant tout plein de monde pour présenter ses travaux est une étape obligée de l’étudiant en sciences (et du chercheur en congrès, ou du futur HDR, …). Et, inversement, on se retrouve souvent à faire partie de ce “tout plein de monde”, à écouter nos collègues nous raconter leur vie au labo, et dire que quand même, p=0.0501, c’est moche.
Avouons le, il y a des fois ou les présentations font mal aux yeux. Matthieu nous avait donné ses 4 ½ conseils pour réussir à pousser un public de petits lutins joyeux dans la dépression. Je vais vous donner les 5 et quelques points que j’essaie d’appliquer quand je dois préparer une présentation. Vous trouverez beaucoup d’autres conseils en cherchant, mais je vais essayer de trouver 5 points minimum auxquels une présentation devrait satisfaire dans mon monde idéal.
0. Qui parle?
Point 0 car, si il n’est pas ‘primordial’, il est quand même important. Rappelez, sur la première diapo, qui vous êtes et ou vous travaillez. Ca permet aux personnes de l’assistance de savoir qui parle. Pensez aussi a remercier ceux qui ont participé à l’étude, quitte à y consacrer une diapo finale à base de photos pas forcément valorisantes (”Ouaouh, Tim, c’est toi sur la photo?” “Ben…”)
1. Les couleurs
Le mieux est l’ennemi du bien. Essayez de garder un nombre très restreint de couleurs au long de votre présentation. Ce qui sort le mieux, d’après mon expérience personelle, c’est noir sur blanc, orange et blanc sur noir. Le reste a tendance à perdre beaucoup en constraste quand on le projette. Eventuellement, vous pouvez mettre le titre de la diapo dans un cadre.
Si possible, au cours des figures que vous présentez (j’y reviens, c’est important les figures…) essayez de garder une certaine cohérence dans les couleurs. C’est peut-être du chipotage, mais rapellez vous aussi que les daltoniens ne distinguent pas le rouge et le vert…
2. Le texte
Ca ne sert à rien! Moins vous en mettez, mieux c’est. Si on vous demande d’être présent quand vous présentez vos résultats, c’est parce que vous avez des choses à dire; par conséquent, les écrire et les lire fait doublon, vous n’apportez pas de valeur ajoutée à votre présentation, et donc vous n’êtes pas 100% utile. Et pire encore, le public aura fini de lire plus vite que vous ne parlez : vous serez un “bruit parasite”.
Si du texte est indispensable, essayez de le maintenir le plus court possible. Pas de phrase complète, surtout, sinon votre public se met à lire et arrête de vous écouter.
La présentation “idéale” pour être sûr que le public vous écoute, ne comporte que des images. On l’a fait, c’est long à préparer, mais ça force les auditeurs à être attentifs. Oui, c’est une technique fourbe. Et alors?
3. Les images
Puisque vous n’avez pas le droit au texte, il va falloir se concentrer sur les images. La règle numéro 1 que j’applique est le dépouillage. Autrement dit, on enlève tout ce qui n’est pas absolument nécessaire pour faire passer le message. Si on peut remplacer un texte par un visuel, on le fait. De toute manière, vous serez la pour expliquer.
Il va sans dire que les images doivent être de bonne qualité pour être parfaitement lisibles une fois projetées, sinon vous perdez tout l’intérêt de la chose. Dans un monde idéal, une image doit être lisible en quelques secondes, le temps de votre transition. Il est donc hors de question de la surcharger. Et si votre image finale est très complexe (comme, au hasard, ce schéma montrant deux hypothèses antagonistes), vous pouvez toujours la découvrir par parties (voir point 5). De manière synchrone avec votre discours. Ca vaut pas tous les textes du monde, ça?
4. DRY/KISS : Don’t repeat yourself / Keep it simple, stupid
Ou “Une idée par diapo et une diapo par idée”. Et pas trop de diapos avec de “grosses” idées. Voila pourquoi j’évite le texte : on a tendance à trop en mettre.
Il faut qu’à la fin de la diapo, vous ayez apporté une nouvelle information (avec éventuellement ses corollaires). Une fois que c’est fait, n’y revenez pas : dire deux fois la même chose risque de troubler votre auditoire. Eventuellement, préparez une belle diapo de conclusion, avec du texte (sauf si vous pouvez faire un schéma pas trop imbitable), pour reprendre tout ce que vous avez apporté à la science.
La première règle que j’ai oublié quand j’ai commencé à faire des présentations, c’est celle qu’on m’avait donné pour mes dissertations au lycée : “dis le, dis le encore, et dis que ça a été dit”. D’autant que le temps est limité, et qu’à chaque minute que vous vous octroyez en plus, 10% supplémentaires de votre assistance se mettent à vous détester, et envisagent sérieusement la lapidation. C’est pour ça que faire la présentation un bon nombre de fois devant des personnes “neutres” est un bon exercice.
5. Vérifiez le matériel disponible!
J’ai appris l’autre jour, à mes dépens, qu’un rétroprojecteur est utilisé avec des transparents, et que je ne peux pas brancher mon Mac dessus. Du coup, j’ai rendu myxomateux une vingtaine de personnes qui ont été forcés de suivre une présentation sur l’écran de mon portable, dans une salle relativement grande. Et devinez quoi? Ca n’a pas joué en ma faveur…
De la même manière, essayez de savoir quelle version de powerpoint (ou keynote) est installée sur l’ordinateur, ou demandez si (et c’est le mieux) vous pourrez venir avec votre propre matériel. Sinon, la solution la plus sûre consiste à faire un PDF. Ca vous oblige en plus à vous limiter à des animations très simples (caché/révelé), ce qui évite de surprendre l’auditoire…
Et puis vous n’aurez pas à dire, le jour de votre soutenance : “Comme vous ne pouvez pas le voir sur cette diapo, mais faites moi confiance, …”.
Bonus 1 : préparez des appats à questions
Technique qui atteint le summum de la fourberie, qui m’a été gracieusement fournie par un ami qui a toujours plus de choses à dire que de temps pour le dire : les appats à questions. Ce sont des petites piques, qui font très clairement savoir qu’on à beaucoup plus à dire, mais qu’on ne le dit pas, histoire que le jury / l’auditoire, à la fin de l’exposé, vous demande si “vous pourriez revenir sur […], que vous avez évoqué tout à l’heure?”.
Et la, vous répondez “Mais bien sûr, j’ai même une diapo bonus pour en parler”, et en plus d’avoir gagné 2 minutes de présentation, vous passez pour quelqu’un qui a la situation bien en main. J’ai vu faire une fois, c’est impressionant. Mais un peu risqué. Donc je n’utilise pas.
Plus généralement, gardez toujours un jeu de 2 ou 3 diapos sur des sujets divers et variés, notamment les questions qu’on vous a posé pendant la préparation de votre talk, au cas ou on aborde le sujet le jour J.
Bonus 2 : les diapos-tampons
Le bonus 2 est une technique particulièrement simple, mais qui permet de finir à peu près dans les temps même si on a traîné sur une diapo.
Dans la même veine que le point “Une idée par diapo …”, il est conseillé de faire une diapo par minute. Soit 1 minute = 1 diapo = 1 idée. Seulement voila, certaines diapos sont un peu plus subtiles que d’autres, et si vous voyez des regards perdus qui vous fixent en essayant désespérement de comprendre ce que vous êtes en train d’expliquer, la minute devient vite 1′30, voire 2 minutes dans le pire des cas.
D’ou la diapo “tampon”. Que je place après une diapo un peu plus corsée que les autres, et pour laquelle j’ai plusieurs versions. Une longue, avec le making-of, si la diapo d’avant est bien passée. Une courte, si jamais j’ai traîné. Et la version d’urgence, si je suis méga en retard. Au final, intercaler quelques diapos “tampon” est une bonne chose, notamment pour rentrer dans son timing avant les diapos finales (si on peut expédier une diapo de transition en 15 secondes, c’est plus délicat de le faire avec une diapo récapitulative).
The end
Voila ou j’en suis de mon state of the art de la préparation de présentations. Evidemment, tout ceci est ouvert à vos remarques, critiques (positives…), commentaires…
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