Stauned!

Il est un fait que ceux qui parlent de sciences en français sur internet sont peu nombreux. Il y a le C@fé, Plume!, SpectroSciences et quelques autres. De fait, on se retrouve à croiser toujours les mêmes personnes, et ce n’est pas toujours un sentiment agréable.

Pourquoi? Parce qu’on à parfois l’impression que malgré nous, on aide certains groupes à faire leur promotion. C’est du moins l’impression que j’ai eu après que Jean Staune aie choisi de recopier un chapitre de son livre dans un commentaire récent. Soyons clairs, soyons honnêtes. La seule chose qui motive ce billet, c’est la volonté de vous rééxpliquer encore pourquoi, d’après moi, la religion n’a pas sa place dans un laboratoire, mais aussi en quoi Staune et ses amis sont de parfaits pseudo-scientifiques.

Le matérialisme, fondement de la science telle que nous la pratiquons aujourd’hui (et donc, je m’octroie la liberté de considérer toute personne s’écartant du matérialisme comme un pseudo-scientifique, un crackpot, incluant Jean Staune, William Dembski et les autres), consiste à penser que tout est interprétable par des lois physiques et chimiques. La biologie n’est jamais qu’un grand corollaire de ces deux disciplines. Les autres hypothèses (dieu, le grand horloger, the flying spaghetti monster auquel va ma préférence,…) ne sont pas nécessaires au scientifique.

En « sciences dures» , la moitié des scientifiques cherchent les lois de la nature (les physiciens et les chimistes), l’autre moitié les appliquent (les biologistes et consorts) sous le regard affolé des mathématiciens qui les voient utiliser leurs beaux outils en dépit du bon sens…

Voilà ce qui fait la science. Ce n’est pas ce petit argument minable que nous offre Jean Staune : Anne Dambricourt dont les découvertes ont été publiées dans des revues à référés et qui enseigne dans l’école doctorale du Muséum National d’Histoire Naturelle. Analysons. La publication dans des revues à comité de lecture est bien entendu un gage de sérieux scientifique. Une sorte de rituel d’intronisation. Tant qu’on ne peut se prévaloir d’une publi, on n’est pas un scientifique. Et le comité de lecture est un gage d’excellence, d’ailleurs il n’y a jamais de rétractation, de fraude, de conflits d’intérêt. Il est tout à fait connu aussi qu’en France, on ne fait carrière que sur la base de ses compétences scientifiques, et que toute personne à un poste de maître de conférences où autre est nécessairement un scientifique de haut-vol. D’ailleurs, aucun scientifique ne pourrait penser à quelqu’un qui occupe inutilement la place d’une personne qui la mériterait 3 fois plus.

Où comment en une phrase, Jean Staune nous explique calmement qu’il n’a rien compris au monde de la recherche (je précise quand même qu’il serait malsain et injustifié de croire que tous les chercheurs vivent en parasite — je ne fais que souligner que ces deux arguments n’ont que peu de valeur). Le poste, le nombre de publis, ne sont pas de bons indicateurs du fait qu’une personne soit un scientifique ou non.

C’est maintenant que je répond à la question en quoi Lecointre est-il plus représentatif de la science que les doux illuminés de l’UIP? Voyons… Il publie dans des revues à comité de lecture, et il est membre (si ce n’est directeur) de l’ED à laquelle appartient Anne Dambricourt. Mais je ne peux pas utiliser ça, puisque je viens de dire que ça n’avait aucune valeur (ou presque). Alors quoi? Lecointre milite pour le matérialisme, la voilà la différence. Et il n’y a pas besoin d’avoir inventé l’eau tiède pour comprendre que c’est la limite qui sépare la science du charlatanisme (une des nombreuses limites, en fait, il y a différentes sortes de pseudo-science).

Pourquoi militer pour un retour du « sens»  dans la science? Parce que c’est le moyen le plus rapide pour y faire entrer la religion. A tel point que l’UIP semble se focaliser sur ce « sens» . Allant jusqu’à parler de sens de l’évolution. A mon avis, ça relève d’une erreur conceptuelle quant à ce qu’est l’étude de l’évolution. Confucius disait de l’expérience qu’elle n’éclaire jamais que le chemin parcouru. J’ai la même vision de l’évolution. On sait ce qui s’est passé, on sait par quels mécanismes ça s’est produit (plus ou moins bien, d’ailleurs), mais il est difficile d’extrapoler à la suite. On peut éventuellement estimer les issues d’une situation, à conditions égales, mais la composante « hasard»  est bien trop importante pour que l’on puisse dire précisément ce qui va se produire.

Si quelqu’un ici prétend le contraire, j’ai un jeu de données à analyser, je suis tout à fait prêt à le partager.

Revenons sur le fait que Staune et ses collègues soient de grands supporters de l’évolution. Je me permet de dire qu’il n’en est rien. Où alors, si c’est le cas, qu’ils n’ont toujours pas compris ce qu’était l’évolution. Peut-on être supporter de l’évolution, et soutenu par la fondation Templeton (qui milite pour rapprocher science et religion)? Peut-on être supporter de l’évolution et traduire en français des plaidoyers pour le dessein intelligent, en les rendant encore plus virulents que la version originale? Peut-on enfin se prétendre supporter de l’évolution quand on partage les idées de religieux fondamentalistes aussi dangereux que William Dembski?

Non. Non, non, en aucune manière. A moins de se revendiquer supporter d’une science de la paresse intellectuelle, d’une science où les réponses que nous refuserions d’aller chercher parce qu’elles nous imposent des bonds conceptuels trop grands, nous irions les inventer ailleurs, d’une science qui serait utilisée non pas pour comprendre, mais pour prouver la justesse d’une idéologie. Une science sans hypothèse H1. Pas une science? Voilà, c’est l’idée…

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56 Responses to “Stauned!”


  • « je m’octroie la liberté de considérer toute personne s’écartant du matérialisme comme un pseudo-scientifique» .

    Je suis complètement estomaqué par autant d’auto-suffisance et aussi peu de modestie. Ton article est moralement choquant. J’espère que tu pourras prendre un peu de recul pour mesurer tes paroles et modérer ton propos.

    Emmanuel

  • Ah ben mince !

    Comment vont réagir les cognitivistes !

  • Salut,

    @Emmanuel, Etant donné que le matérialisme (ou naturalisme)méthodologique implique qu’on ne fasse appel qu’à des causes naturelles (ce qui va peut-être un peu plus loin que les lois de la physique et de la chimie, ce que je trouve pour ma part un peu réducteur) pour rendre compte d’un fait, je ne vois pas ce qui te dérange dans l’idée qu’un « scientifique»  qui fasse appel à des causes surnaturelles pour rendre compte de ce fait ne soit pas exactement considéré comme un scientifique.

    @Arno F., Je ne comprends pas ce que tu veux dire. Tu penses que les cognitivistes ne sont pas des scientifiques ?

    Fab.

  • @Emmanuel : je te fais la même réponse que Fabrice.

    Si on choisit de ne pas suivre la « fondement»  de la science telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui (et j’insiste sur ce point…), on ne peut pas prétendre être un scientifique. Tu remarquera aussi que je n’ai pas dit qu’il suffisait d’adhérer au matérialisme pour être un scientifique. C’est une condition nécessaire, et ceux qui ne la remplissent pas… ne la remplissent pas.

    Le fait de publier à tour de bras ou d’avoir un poste n’a rien à voir la dedans.

    Ce passage concerne très précisément l’extrait du livre de Staune, que j’ai supprimé des commentaires (mais je suis sur que son auteur t’en fera parvenir une copie, ou trouvera un moyen de le mettre en ligne). Je pense (j’espère) qu’après l’avoir lu tu aurais réagi de la même manière.

    Quant je parle d’écart au matérialisme, je parle d’écart violent, type Staune, type Intelligent design, etc etc. Ce billet était une sorte de remise à 0 des compteurs : ne laissons pas entrer toutes les théories les plus étranges dans la science. Cette impression d’auto-suffisance ne tient sans doute qu’à la forme.

    @Fabrice : Effectivement les lois phy/chi sont un peu réductrices, mais elles représentent (pour moi) les mécanismes fondamentaux : faire de la biologie, c’est appliquer des lois chimiques, etc. Je prend « physique»  et « chimie»  au sens le plus large possible.

  • »  je m’octroie la liberté de considérer toute personne s’écartant du matérialisme comme un pseudo-scientifique»  C’est simplement…FOU! insensé! Merci de cet incroyable aveu … qui fait clairement de vous un pseudo scientifique. Il figurera en bonne place dans mon prochain ouvrage sur»  l’obscurantisme scientifique en france»  Pour le reste je répondrais plus tard un débat m’attend

    [Note de l'éditeur] Pas de pub. Deux fois en deux jours, je commence à m’interroger sur vos capacités de compréhension… Si vous voulez faire votre auto-promotion, libre a vous, mais pas ici.

  • Merci de cet incroyable aveu … qui fait clairement de vous un pseudo scientifique.

    Je serai heureux de savoir sur quelle base…

    J’attend votre réponse de « brillant érudit [aux] thèses impressionnantes»  (que j’espère plus solide que vos interventions précédentes, cela va sans dire).

  • @jeanstaune : Ah oui oui oui j’attends également vos éclaircissements avec impatience ! Merci de les poster ici ou de venir les mettre en lien !

  • y’a vraiment que 2 questions intéressantes : pourquoi y’a-t-il quelque chose plutôt que rien?

    l’humanité n’a pas encore résolu ça, et on ne sait même pas quelle est la nature de la question (il y a des physiciens pour penser que c’est une question de physique, genre instabilité auto-contradictoire du vide)

    l’autre question c’est jusqu’à quel point la vie et son évolution sont-elles prévisibles, calculables, avec les lois qu’on a patiemment trouvées, nous les humains?

    C’est une vraie question, fondamentale. la science, c’est par définition l’étude des lois générales de la nature. S’il n’y a pas de loi générale, la biologie n’est pas une science. S’il y a des lois générales, faut accepter des déductions, des prévisions. Il est très possible que la vie ait quelque chose d’une loi de la nature, même partiellement, et il est très possible que les animaux aient quelque chose de général.

    Un certain nombre d’évolutions observées, peuvent être parfaitement prévisibles dans une dimension ou composante du problème (par exemple, l’espace, sans être prévisible dans une autre, par exemple le temps).

    ça n’a rien de choquant, et rien à voir avec du créationnisme. l’argument du hasard est très faible, et discutable, même le hasard admet des comportements prévisibles

    « Si quelqu’un ici prétend le contraire, j’ai un jeu de données à analyser, je suis tout à fait prêt à le partager.» 

    On a parfaitement le droit d’avancer l’hypothèse que telle ou telle composante de l’évolution est prévisible, même s’il ne s’agit pas de vos propres données. Par exemple : la mâchoire tend à rétrécir, si le crâne tend à augmenter, il y a beaucoup d’évidence de ça, chez les singes, chez les chiens, chez les lézards etc.. Quel est le problème, franchement? Les comportements des systèmes dynamiques, en particuliers ceux qui sont spatialement étendus comme un organisme, sont pleins de relations internes (reconnues apr Darwin, d’ailleurs comme des « lois de corrélation» )

    Toutes ces questions sont belles et profondes, faut rester à la hauteur, c’est notre devoir à tous, vis-à-vis de ceux qui lisent ces pages, et pour l’avenir.

    Y’a trop de gens pas à la hauteur dans ce débat, c’est triste. ça abaisse.

  • @Fabrice : En fait, les cognitivistes (auxquels j’appartiens davantage moins que plus) ne sont pas des monistes matérialistes pur sucre, mais des dualistes.

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