Variations environnementales structurées par la phylogénie et changements globaux

Posté par Timothée le 1 February 2008 | , , ,

Quand on observe, et c’est mon cas, la manière dont certains traits varient sous une contrainte environnementale, mais qu’on l’observe dans plusieurs espèces diffèrentes, phylogénétiquement proches, il faut être capable — dans l’idéal — de déterminer quelle part de la variation est liée à la phylogénie, à l’environnement, et au mélange de ces deux contraintes.

Or, on a un cadre conceptuel pour le faire. Alors que l’analyse comparative classique contrôle pour la variation liée à la phylogénie, il était intéressant de prendre en compte les facteurs liés à la fois à la phylogénie (les contraintes passées) et à l’environnement (les contraintes actuelles). C’est ce que Desdevises et coll. ont fait en 2003 (et qu’ils avaient déjà fait en 2002), en proposant de nommer cette partie de la variation “conservatisme phylogénétique de la niche”.

Ce cadre conceptuel permet de séparer la variation d’une variable dépendante (ce qu’on mesure, pour faire simple) en quatre classes : (a) liée à l’écologie, (b) conservatisme phylogénétique de la niche, (c) liée à la phylogénie, (d) non expliquée (il y en a toujours un peu…).

Ce concept a été renouvelé tout récemment (janvier 2008) et appliqué à la réponse des espèces au changement global, par Diniz-Filho & Bini. Comment ça fonctionne, en clair? Regardez attentivement le schéma suivant.

En lecteurs attentifs que vous êtes, vous aurez remarqué que Diniz-Filho & Bini ont attribué des “conséquences” à chaque partie du partitionnement, qui expliquent les patrons obtenis dans la richesse spécifique et la structure des communautés. Il faut bien comprendre qu’on parle ici en terme de traits (phénotypiques) et d’espèces, et qu’on conceptualise les interactions…

En (a), de manière assez évidente, on retrouve les réponses phénotypiques locales : les espèces sont capables de s’adapter à leur nouvel environnement, et les traits phénotypiques se modifient en conséquence. C’est la partie qui est totalement indépendante de votre passé évolutif, et celle qui semblerait (en première lecture) offrir le plus de liberté. Il n’en est rien, la contrainte phylogénétique peut être très forte.

Si les espèces concernées réagissent selon (a), elles s’adaptent en acquérant un nouveau trait.

En (b), le scénario concerne la répartiton des espèces sur les niches : soit les espèces peuvent modifier leur milieu de vie en réponse au changement (en changer est une solution attirante), soit elles ne le peuvent pas. On note au passage les deux possibilités : absence de dispersion mais aussi absence des environnements ancestraux.

Si on passe par la voie (b), et que les espèces concernées peuvent se déplacer, elles maintiennent leur trait ancestral (il y a de l’inertie phylogénétique).

En (c), enfin, on s’intéresse à la partie purement phylogénétique du trait considéré, qui revient à s’intéresser aussi au cas (b) pour les espèces ne dispersant pas. Plus le trait a une valeur adaptative dans la population (trait fitness), plus il a de chances de se maintenir, et de ne pas convenir au nouvel environnement (et l’espèce s’éteint, au moins localement). Autre possibilité, le trait ancestral peut se maintenir dans un environnement sub-optimum (”on peut mieux faire, mais on va faire avec”).

Ce cadre conceptuel permet de lier les patrons observés en terme de richesse spécifique et de structure des communautés, et des traits phénotypiques, aux contraintes (a, b, c). En d’autres terme, on peut analyser (et pourquoi pas prévoir) des éléments d’écologie actuels à partir de la phylogénie, qui représente le “passé évolutif” d’une espèce.

Un peu de lecture

Yves Desdevises, Serge Morand, Pierre Legendre (2002) Evolution and determinants of host specificity in the genus Lamellodiscus (Monogenea) Biological Journal of the Linnean Society 77(4) pp. 431–443 [Google Scholar] (application de la méthode)

Yves Desdevises, Pierre Legendre, Lamia Azouzi, Serge Morand (2003) Quantifying phylogenetically structured environmental variation. Evolution 57(11) pp. 2647–2652 [Google Scholar] (premier papier décrivant la méthode)

José AF Diniz-Filho & Luis M Bini (2008) Macroecology, global change and the shadow of forgotten ancestors Global Ecology & Biogeography 17(1) pp. 11–17 [Google Scholar] (application aux changements globaux)

Partagez :
  • Digg
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • blogmarks
  • BlogMemes Fr
  • StumbleUpon
  • Technorati
  • TwitThis
  • connotea
  • e-mail
  • Live
  • Reddit
  • Scoopeo
  • Slashdot

12 réponses pour le moment

12 réponses à “Variations environnementales structurées par la phylogénie et changements globaux”

  1. vf

    ça signifie quoi, exactement, la locution : “Il n’en est rien, la contrainte phylogénétique peut être très forte”?
    vf

    01 Feb 2008 à 9:42 pm

  2. Timothée

    Juste qu’on pourrait croire, en première lecture, que la phylogénie a moins d’influence que l’écologie actuelle. Mais quand on regarde les diagrammes obtenus pour des cas “réels” (cf. première référence notamment) on se rend compte que ce n’est pas nécessairement le cas…

    02 Feb 2008 à 9:34 am

  3. vf

    d’accord mais quand je lis la part de phylogénie, c’est les contraintes passées, ça paraît bizarre. Si ce qui vous intéresse, c’est la forme (je ne parle pas de physiologie), est-ce que vous n’êtes pas en train de dire que la forme passée conditionne la forme future plus que l’environnement? Donc que l’évolution est déterminée par le champ de vecteur “déformation” entre la génération n et n+1,donc par récurrence qu’entre 0 et N, ce qui compte, c’est le champ morphogénétique de déformation, plus que l’environnement? Vous voyez ce que ça implique?
    A moins que j’ai pas compris. Faudrait que j’aille lire les papiers, sauf que les diagrammes que je vois, ça donne pas franchement envie : les traits, c’est quand même de la morphogenèse, au premier chef.

    Bien à vous

    vf

    02 Feb 2008 à 1:27 pm

  4. Timothée

    Réponse intéressante, qui me demande un peu de réflexion. Ce que je dis, c’est qu’en dehors d’une plasticité phénotypique, qu’on connaît mal dans notre cas, et qui a pu pousser à une éxagération du nombre d’espèces, la forme des organes est dictée par les allèles transmis : c’est la contrainte phylogénétique (on ne recrée pas un individu de génération n ex nihilo, mais bien à partir des gènes que la génération n-1 lui a transmis.

    Je crois que la question est “comment on peut s’adapter à l’environnement à partir de ce qu’on ramasse de la génération n-1?”.

    Je vois tout à fait ce que ça implique (et pour tout dire, les champs de vecteurs, ça me paraît être dans ce cas très précis un outil mathématique utilisé un peu plus vite que la prudence ne le voudrait). Ca implique que l’environnement sélectionne des formes particulières, mais qu’il les sélectionne parmi des formes qu’on lui “propose” : celles qui sont créés à partir des gènes n-1.

    C’est (en gros) la composante B. De manière générale, ce modèle résume les trois aspects de la variation d’un trait: celle qui est purement environnementale, celle qui est environnementale mais agissant de pair avec la phylogénie, et celle qui est inertielle (c).

    Sachant qu’on ne parle pas uniquement de formes et de morpho ici, ce qui est un peu trompeur. On est dans une problématique d’écologie au sens large. Introduire la morphométrie, c’est se lancer dans des sujets plus evo-devo, et malheureusement les connaissances que nous avons sur notre modèle ne le permettent pas encore.

    02 Feb 2008 à 1:36 pm

  5. (Préambule :je précise que je suis totalement ignorant de l’interface évolution/écologie)
    Je reformule pour voir si j’ai bien compris :
    - soit tu as les “armes” pour lutter contre le changement et tu t’adaptes sans modifier ton génome. J’ai du mal à voir comment tu peux avoir un trait phénotypique qui se modifie sans avoir en parallèle de sélection naturelle qui fixe ce trait (genre évolutionà la Baldwin), mais je pense que c’est le cas (a)
    - soit tu dois changer d’environnement en réponse au changement, j’imagine que c’est le cas (b). Evidemment, tu es est contraint par ta phylogénie.
    - soit tu ne peux pas changer d’environnement c’est le cas (c), ta réponse est complètement déterminée par ton génome.
    Sinon, dans le diagramme, je ne comprends pas pourquoi tu t’éteins si tu as une grande fitness (pour moi, plus ta fitness est haute, mieux c’est)

    [Désolé si je n'ai rien compris]
    Le truc, c’est que je ne vois pas vraiment où est l’évolution là-dedans. Tu peux aussi rester dans l’environnement et évoluer par sélection naturelle un nouveau trait, mais ce trait est évidemment contraint par la phylogénie. Quel cas est-ce (je dirais c mais l’option n’a pas l’air d’exister) ?

    02 Feb 2008 à 5:35 pm

  6. Timothée

    En fait, les cas a,b,c et d se produisent “simultanément”, et on cherche juste a quantifier dans quelle mesure ils participent à ce qu’on observe. Pour la fitness, Diniz-Filho et Bini parlent de fitness du trait, pas de l’espèce (leur nomenclature me rend un peu confus aussi).

    Je ne vois pas comment t’expliquer la place de l’évo dans ce schéma… On regarde juste comment un caractére réagit à son environnement et à la phylogénie… Ou comment les influences présentes ou passées se combinent (et ce serait une erreur stupide, ou une surinterprétation dangereuse, de ne l’appliquer qu’à la morphogénèse)

    02 Feb 2008 à 5:46 pm

  7. Donc en fait l’évolution est virtuellement absente de ce schéma, tu regardes juste la réponse instantanée à une variation de l’environnement ? C’est bien ça ?

    02 Feb 2008 à 5:50 pm

  8. Timothée

    Non, si j’ai bien tout compris, tu regarde ce qui fait que tu obtiens la situation actuelle (dans le schéma de base). Diniz-Filho et Bini proposent des idées pour étendre ce modèle à l’évolution…

    02 Feb 2008 à 7:20 pm

  9. Anonymous

    mais, à la racine, aucune modification n’est faite par le biotope
    les variations observées ne sont que les variations stabilisées en espèce, parmi toutes les variations génétiquement possibles.

    Donc si variation il y a, observée dans un biotopoe quelconque, ça ne peut être qu’un sous ensemble des variations possibles au cours d’un développement (puisque pour faire une espèce, il faut au moins un individu muté)

    les animaux mutés n’ont absolument pas besoin d’être optimaux par rapport à des critères de niche environementale, la seule chose qui compte c’est que le nombre d’individus ne tombe pas à zéro, un animal qui fait des millions d’oeufs à chaque ponte, peut être très mal adapté, c’est pas grave. A contrario, si un animal est adapté, c’est bien, mais alors sur un ouvert de paramètres, le trait va forcément évoluer dans le bon sens de façon déterminée et prédictible (exemple : les chevaux ont commencé plantigrades, pour finir ongulés avec des pattes longues: évidemment, si c’est bien d’avoir des longues pattes, le pattern patte allongée, étant fonction de N(para

    04 Feb 2008 à 2:03 pm

  10. vfleury

    ma souris a fourché, juste pour finir lire

    N(paramètres génétiques), et ces N paramètres appliquant le pattern sur une patte plus longue ou plus courte, en variant des gènes au hasard, ça fait des pattes plus longues, et dans un ouvert de tailles de pattes, ça ne peut qu’être meilleur, donc les pattes des chevaux s’allongent de façon déterminée, et prédictible.

    les locutions de la forme

    “soit tu as les “armes” pour lutter contre le changement et tu t’adaptes sans modifier ton génome.”
    ou de la forme

    “celle qui est purement environnementale, celle qui est environnementale mais agissant de pair avec la phylogénie, et celle qui est inertielle (c).”

    a mon avis ont peu de sens, aucun animal ne peut modifier son génôme. le génôme se modifie au hasard (modulo certains aspects structuraux de l’ADN) de façon en général discontinue mais incrémentale (pas trop de macro mutations) en sorte que cela provoque des glissements des phénotypes. Après, ça fait espèce ou pas, en fonction de l’environnement, mais ce n’est jamais “purement” environnemental, et même si un trait peut varier beaucoup, il reste prédictible, essentiellement. les “choix” par sélection des “solutions” des animaux pour résoudre une contrainte environnementale ou écologique sont le plus souvent absurdes du point de vue technique, ce sont juste les solutions faisables (ex : le vol battu, la façon la plus débile de voler)
    faudrait décidément que je lise un article à ce sujet, ya quelque chose que je ne comprends pas dans le mode de pensée
    vf

    04 Feb 2008 à 2:19 pm

  11. Timothée

    mais, à la racine, aucune modification n’est faite par le biotope

    J’ai du mal a comprendre cette phrase. Une modification faite par le biotope, c’est un peu réducteur. On parle d’écologie au sens large, ce qui inclut aussi les interactions inter-spécifiques, la compétition, le comportement ou que sais-je encore…

    les variations observées ne sont que les variations stabilisées en espèce, parmi toutes les variations génétiquement possibles

    On est un peu dans la logique de Jay-Gould, non? Les espèces ne sont “que” des états intermédiaires stables. Mais dans le génétiquement possible, il y a une nécessité de prendre en compte les mutations, les hybridations, etc etc… Il n’y a pas que de la détermination génétique, l’environnement aussi régule (et dans une certaine mesure) façonne la richesse spé.

    Donc si variation il y a, observée dans un biotopoe quelconque, ça ne peut être qu’un sous ensemble des variations possibles au cours d’un développement (puisque pour faire une espèce, il faut au moins un individu muté)

    Je suis perdu… L’utilisation du “puisque” me semble un peu hasardeuse dans ce cas… Je maintiens que la variation observée peut tout à fait être le résultat de mutation + environnement, dérive + sélection, etc etc… Pour faire une espèce, il suffit de créer un isolement reproductif, et la dérive fait le reste… Quand on interromp les flux de gènes entre deux populations, on est en bonne voie pour faire de la spéciation.

    les animaux mutés n’ont absolument pas besoin d’être optimaux par rapport à des critères de niche environementale, la seule chose qui compte c’est que le nombre d’individus ne tombe pas à zéro

    Dans l’absolu oui, mais il ne suffit pas d’être fit pour son environnement. Il faut aussi résister aux prédateurs, pathogènes, etc…

    un animal qui fait des millions d’oeufs à chaque ponte, peut être très mal adapté, c’est pas grave

    J’ai peur que ce ne soit pas aussi simple. Ca fait un peu “stratégie R”, produire beaucoup d’oeufs pour en faire survivre, statistiquement, quelques-uns (assez). Mais parler de l’adaptation de l’oeuf et d’adaptation de l’individu adulte, c’est deux choses totalement différentes. Si on fait 10000 oeufs, la sélection s’applique sur oeufs, très bien. Si sur ces 10000, 10 donnent des adultes, les pressions que ces adultes subiront seront différentes. Être adapté c’est bien, mais on est adapté à un environnement. L’organisme super-adapté, le super-exploiteur qui peut utiliser toutes les niches n’existe pas!

    A contrario, si un animal est adapté, c’est bien, mais alors sur un ouvert de paramètres, le trait va forcément évoluer dans le bon sens de façon déterminée et prédictible (exemple : les chevaux ont commencé plantigrades, pour finir ongulés avec des pattes longues: évidemment, si c’est bien d’avoir des longues pattes, le pattern patte allongée, étant fonction de N(paramètres génétiques), et ces N paramètres appliquant le pattern sur une patte plus longue ou plus courte, en variant des gènes au hasard, ça fait des pattes plus longues, et dans un ouvert de tailles de pattes, ça ne peut qu’être meilleur, donc les pattes des chevaux s’allongent de façon déterminée, et prédictible.

    Non non et non! Pourquoi négliger le fait que des pattes trop longues puissent être un désavantage évident? Depuis le temps, avec ce modèle, les chevaux auraient adopté un pattern girafe, les prédateurs auraient des dents affutés comme des lames de rasoir, et l’évolution serait uniquement convergente. Ca cadre sans doute avec votre théorie, mais c’est une erreur stupide de considérer que tout est génétique.

    Je me demande si vous avez compris le principe…

    aucun animal ne peut modifier son génôme. le génôme se modifie au hasard (modulo certains aspects structuraux de l’ADN) de façon en général discontinue mais incrémentale (pas trop de macro mutations) en sorte que cela provoque des glissements des phénotypes

    Evidemment, aucun animal ne peut modifier son génome (excepté les gènes des Ig, mais c’est un détail).

    C’était ma façon de traduire, simplement, une adaptation avec une base génétique.

    après, ça fait espèce ou pas, en fonction de l’environnement, mais ce n’est jamais “purement” environnemental

    Quid de la situation ou l’environnement créé des barrières reproductives?

    et même si un trait peut varier beaucoup, il reste prédictible, essentiellement

    Je n’en vois pas la raison. C’est contraire à pratiquement tout ce que l’on sait de l’évolution (hasard + nécessité, tout ça).

    les “choix” par sélection des “solutions” des animaux pour résoudre une contrainte environnementale ou écologique sont le plus souvent absurdes du point de vue technique, ce sont juste les solutions faisables (ex : le vol battu, la façon la plus débile de voler)

    Il ne faut pas négliger non plus les exaptations, et il y a des chances que le vol battu en soit une. Quand on a la possibilité de faire quelque chose, pourquoi s’en priver, etc…

    04 Feb 2008 à 2:41 pm

  12. vf

    //Non non et non! Pourquoi négliger le fait que des pattes trop longues puissent être un désavantage évident? Depuis le temps, avec ce modèle, les chevaux auraient adopté un pattern girafe, les prédateurs auraient des dents affutés comme des lames de rasoir, et l’évolution serait uniquement convergente. Ca cadre sans doute avec votre théorie, mais c’est une erreur stupide de considérer que tout est génétique.//

    Non. Vous vous trompez sur ce que je dis, ou je n’ai pas compris l’objection. Evidemment les pattes trop longues peuvent être un désavantage (pattes cassantes par exemple). Mais si un animal est meilleur avec des pattes 5% plus longues, alors il sera meilleur avec des pattes 7% plus longues, sauf s’il se situe sur le bord de l’ouvert des paramètres, cas marginal (sur un ouvert de paramètres, la fonction est de signe constant, je précisais bien sur un ouvert de paramètres). Je ne parle pas de l’avantage par rapport à la patte seule considérée isolément, il s’agit de l’avantage en tenant compte de tout le biotope.
    Si le bord de l’ouvert est atteint, de l’autre côté de la frontière, l’avantage est décroissant, évidemment.
    Donc, l’évolution va avancer sur cet ouvert de paramètres de façon stochastique, mais déterminée, sans nécessairement atteindre jamais un optimum, sauf à traiter des cas très compliqués où les paramètres du problèmes sont eux-mêmes des variables etc. et il faut faire des “réductions à la forme normale” plus compliquées qui peuvent produire des catastrophes non triviales au sens de Thom, sauf que de toute façon ça m’étonnerait qu’on puisse raisonner au-delà de la première dérivée.
    Les animaux n’ont absolument pas besoin d’être des optima. Evidemment, s’il n’existe pas d’ouvert de paramètres permettant de raisonner, la logique tombe à l’eau, mais alors la paléontologie, en tant que sciences, devient impossible.

    //Depuis le temps, avec ce modèle, les chevaux auraient adopté un pattern girafe, les prédateurs auraient des dents affutés comme des lames de rasoir, et l’évolution serait uniquement convergente.//

    pas du tout. ça peut s’arrêter pour au moins trois raisons : c’est arrêté temporairement (pas de mutation dans le bon sens), c’est arrêté parce que le trait ne peut pas évoluer sans nuire par ailleurs (corrélation avec un trait négatif, voir la destruction totale du biotope pourquoi pas, cas probable des humains), ça ne peut pas changer dans le sens où ça changeait avant (bord absolu du phénotype)+ etc.

    //Je maintiens que la variation observée peut tout à fait être le résultat de mutation + environnement, dérive + sélection, etc etc…
    //

    Tout à fait d’accord. mais la variation observée c’est une fonction de fonction, la variation observée est une grille à travers les variations possibles. dans certains cas, la variation est complètement contrainte par la physique, à un point qu’on n’imagine même pas. par exemple, 100% des plantes ont des parastiches qui suivent des spirales de fibonacci, fait connu depuis des siècles, les spirales observées étant deux nombres consécutifs (par exemple, 8 et 13 pour les pommes de pins). 100% des plantes. 100% Ici, et sur toute planète où il y a des plantes. Quelles que soient les variations des plantes, hybridation, mutations etc., elles ne peuvent suivre qu’une des branches de solution “Fibonacci”, lesquelles….ne sont nulle part codées dans le génôme. C’est juste le résultat de la contrainte de croissance dans le méristème apical (si je pousse des grumeaux les uns contre les autres, en les rentrant un par un, ils se disposent automatiquement sur des spirales de fibonacci, je peux toujours attendre pour que ça fasse autre chose)

    //Mais dans le génétiquement possible, il y a une nécessité de prendre en compte les mutations, les hybridations, etc etc… Il n’y a pas que de la détermination génétique, l’environnement aussi régule (et dans une certaine mesure) façonne la richesse spé.

    Bien sûr, tous les facteurs de variation peuvent être pris en compte, ça se ramène à la chimie de l’ADN, au final. A part les hybridations sans doutes non négligeables sur le long terme, qui constituent un cas un peu bizarre, l’environnement ne modifie aucun animal, tout ce qu’il fait, c’est attendre, en zigouillant les mauvais. Si les animaux changent beaucoup, et vite, ça peut faire, ou ne pas faire, des richesses spécifiques environnementales. Evidemment, le spectacle des animaux observés à l’instant t dans un biotope est l’intégrale de toute la sélection et de l’évolution dans le passé, avec de possibles dentelles trophiques qui font que des animaux bizarroïdes sont conservés, mais on ne peut pas prédire un seul de ces biotopes, sans connaître les animaux possibles (ex. ça dérive, d’accord, mais dériver, c’est un terme d’hydrodynamique, genre, ça glisse lentement dans une direction, mais pourquoi ça “dérive”?). Si j’ai bien compris ce que font les papiers que vous citez, ils essaient de répartir, parmi les variations possibles, les variations automatiques mais qui sont bonnes, les animaux qui ne varient pas beaucoup et donc sont en danger en cas de changement d’environnement, et les animaux qui peuvent varier beaucoup, et donc seront plus plastiques, et donc donneront davantage l’apparence d’être sculptés par l’environnement. Ok, ça me va, mais si on ne sait pas comment varient les traits, je ne vois pas très bien comment on fait le tri.

    //Être adapté c’est bien, mais on est adapté à un environnement.

    Oui, d’accord, avec cette nuance : Il y a un grand flux d’espèces qui changent, a aucun moment une espèce animale n’est là pour toujours. il y a des variables physiques de la nature qui varient lentement, et des variables biologiques et écologiques qui varient lentement aussi. Un animal “observé” peut être adapté, ou pas adapté, tout dépend de la constante de temps qu’on choisit. Adapté ça ne peut vouloir dire que “pas près d’être éteint” (je ne sais pas quelle est la définition officielle, est-ce qu’il y en a une?). Pour le cas du cheval là haut, on suppose implicitement que l’environnement physique évolue peu.

    Les premiers chevaux étaient de petits équidés minus plantigrades, avant de devenir de grands chevaux élancés courant sur le doigt central. je suis sûr que ça a été étudié en détail. Dans la réalité, je ne sais pas pourquoi ça s’est produit, une chose est sûre : ça peut être complètement automatique, l’allongement de la patte étant un avantage constamment positif, sur cette durée-là, ou ça peut être aidé par le biotope végétal ou animal (”pression de sélection”) : de temps en temps, par exemple, le biotope change, et ça permet aux plus grands équidés de gagner à ce moment-là. Seulement ça pose un problème grave, qui ressemble à celui que vous discutez là-haut : pourquoi les pattes s’allongent? Et si c’est suite à une évolution du biotope, pourquoi les pattes, empêchées de s’allonger pendant x millions d’années, puis autorisées à s’allonger, s’allongent encore?

    Je veux dire par là : si le biotope empêche le cheval d’allonger ses pattes (pour prendre votre formulation) pendant des millions d’annés, pourquoi il aura encore envie d’allonger ses pattes le jour où le biotope relaxe la contrainte? parce que c’est déterminé (contraint si vous voulez) par la forme de la patte.

    Je suis très surpris de lire partout en paléontologie que telle ou telle espèce (genre les mammifères) sont apparues le jour où on leur a donné leur chance, comme si elles avaient été empêchées mille fois d’apparaître, et qu’ils n’ont pu apparaître que le jour où la contrainte environnementale a été levée. C’est horrible. Ca veut dire que les animaux sont mille fois déterminés.

    // et même si un trait peut varier beaucoup, il reste prédictible, essentiellement

    // Je n’en vois pas la raison. C’est contraire à pratiquement tout ce que l’on sait de l’évolution (hasard + nécessité, tout ça).

    Ben oui, évidemment, je sais bien, je me fais mal voir avec ça.
    les traits déterminés (contraints, si vous voulez) par l’existant finissent toujours par arriver, parce qu’ils attendent le bon moment et recommencent inlassablement la même évolution jusqu’à apparaître. Ils ne sont pas seulement déterminés dans les individus, ils sont aidés par l’évolution même (ils repassent le plat. Conséquence : y a des animaux à petites pattes, à grandes pattes, à pattes moyennes. Y’a pas un seul animal avec des têtes au genou. ce serait peut-êre super d’avoir des tetes au genou, mais y’ a pas).
    Donc pour vous répondre 2 raisons : c’est 1D, en gros (par appartement, les animaux sont une sorte d’étoile à branches 1D), en sorte que la forme adimensionnée n’est pas sensible au détail génétique, et le long de ce 1D, ça vibrionne sous l’effet des mutations génétiques, donc ça finit par avancer (ou reculer), si ça sert à quelque chose. Donc : les poissons feront des tétrapodes, et les tétrapodes referont des cétacés, pas de problème. y’a pas à s’inquiéter, ça ne fera pas des hélices.

    //Il ne faut pas négliger non plus les exaptations, et il y a des //chances que le vol battu en soit une.

    Absolument, mais l’exaptation pose le même problème que les organes vestigiaux: la naissance et la mort sont deux moments singuliers, où le trait apparaît ou disparaît de façon marginale, comment évolue, alors, un trait marginal? (faut bien que ça passe de être à néant)

    désolé d’être un peu long, en plus , je ne connais rien en écologie, ça doit se voir

    j’arrête là, je veux pas vous enquiquiner avec tout ça.

    Bon courage dans vos recherches
    vf

    04 Feb 2008 à 5:00 pm

Trackback URI | Comments RSS

Commentez !

Sitemap