Morphologie ou morphométrie?

Posté par Timothée le 26 Jan 2008 dans , Un commentaire

Une question qui revient souvent quand on me demande ce que je fais (et que je répond, pour abréger, de la morphométrie), c’est qu’est-ce que c’est la morphométrie?

La morphométrie, c’est l’étude géométrique des organes. De la forme qu’ils ont, donc? Non, pas tout à fait. Etudier la forme, ça relève de la morphologie. Et ne mélangeons pas les torchons et les serviettes , ce n’est pas franchement la même chose.

La morphologie, ça consiste a regarder “simplement” la forme d’un organe. S’il est aplati, allongé, s’il présente des diverticules, ou que sais-je encore. On peut trouver des planches qui résument tout ça, on peut coder ces caractères dans une matrice, et faire pas mal de choses intéressantes avec.

Par exemple, dans la petite figure ci-jointes vous avez une description d’organes divers et variés (le même organe chez des espèces différentes).

Mais la morphométrie alors? Globalement, ça part du même principe. On s’intéresse à la forme d’un organe. Mais au lieu de le décrire avec des “codes” (grand, petit, bosselé, tordu), on le mesure. Ou plus précisément, on prend une série de mesures dessus, mesures que toutes les personnes qui travaillent sur cet organe connaissent et respectent.

C’est ce qui est représenté sur la figure ci-jointe : on prend plein de mesures sur les organes qui nous intéressent, et à la fin, on a des résultats à peu près standard entre les équipes.

Se pose encore une question fondamentale : comment on prend ces mesures? On distingue deux méthodes, dont l’une a fini par prendre le dessus. La première, c’est l’approche par contours : on regarde le “profil” de l’organe qu’on étudie. Et c’est la méthode la moins utilisée. La deuxième est beaucoup plus répandue, il s’agit de l’approche par landmarks, ou points d’intérêt.

C’est ce qui est illustré sur la figure : on mesure la distance entre les points qui nous intéressent, et on reporte tout ça. Avantage? On peut s’affranchir des effets d’échelle, avec des subtilités mathématiques comme les coordonnées de Bookstein ou les distances procrustéennes, subtilités auxquelles il est évident que je ne comprend strictement rien (mais que, pour ma défense, je n’utilise pas).

Et la vous me posez la question qui tue : Pourquoi? C’est vrai quoi, t’es lourd, faut toujours que t’en fasse trop, ça te suffit pas de savoir la forme du truc?

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Ben non. Parce que ces différences dont on parle, ces différences de forme, elles ne sont pas forcément flagrantes. Et surtout on ne peut pas faire de calcul dessus. De calcul de quoi? De distances bien sûr. Parce que des mathématiciens sont venus filer un sacré coup de main aux évolutionnistes, en regardant notre méthode et en nous disant : On peut calculer l’effort qu’il faut pour passer d’une forme à l’autre.

En gros, on peut savoir comment passer d’une forme à l’autre, quelle “énergie” ça demande, et vers quelles formes on peut partir ensuite.

Et puis surtout, si on se limite aux formes, on risque de louper des choses, des petites nuances, de légères variations, qui font qu’on est en fait en présence de morphotypes différents : on a des formes qui se ressemblent beaucoup, et d’après la fiche avec les morphologies, c’est la même chose; oui mais en fait, les distances sont très différentes, et on a “quelque chose d’autre” (je n’en dis pas plus).

Voilà, donc, la différence entre morphologie et morphométrie. Vous pourrez passer pour quelqu’un de cultivé dans les cocktails. Ne me remerciez pas.

Timothée is
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Un commentaire

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  1. ah très bien,permettez-moi de vous recommander un papier sur ce sujet, ça concerne la morphométrie du poumon, mais ça peut avoir un rapport avec des tas d’autres organes, y compris des organes d’invertébrés. ça montre comment change la forme d’un organe, en relation avec les expressions de gènes “morphogénétiques” et de la contrainte autour et dedans

    M. Unbekandt, P. delMoral, F. Sala, S. Belluschi, D. Warburton and V.Fleury, Tracheal occlusion increases the rate of epithelial branching of embryonic mouse lung via the FGF10-FGFR2b-Sprouty2 pathway, mechanisms of development (2007).

    Bien à vous

    vf

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