Un mot latin qui veut dire oui…

Posté par Timothée le 16 Nov 2007 dans , , 14 commentaires

Qui ose dire que l’administration n’est pas capable de subtilités? Pour prouver que je ne fais pas que m’emporter contre mes camarades étudiants, je me dois de vous rapporter ce que notre chère administration a jugé judicieux de faire.

Un vote. A bulletin secret. Génial, donc. Mais a tout vote correspond un intitulé, et c’est là que ça commence à partir en sucette, et qu’on nous prend pour des imbéciles.

Sur les bulletins, deux propositions. Pour la reprise normale des enseignements ou contre la reprise normale des enseignements. Qui oserait, en son âme et conscience, voter contre la reprise normale des enseignements?

Et sans surprise, tous ceux qui étaient favorables au blocage ont voté pour la reprise. Mais pas dans ces conditions?

Et moi? Oh, de toutes façons j’irais brûler en enfer. Je peux supporter de m’arranger avec ma conscience…

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14 commentaires

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  1. Très belle méthode de manipulation. Le gouvernement devrait en prendre de la graine. ;)

  2. Quelques petites remarques:
    1) je ne comprends pas très bien ton titre, dans la mesure où je ne connais pas de mot latin qui veuille dire “oui”
    2 )je suis foncièrement contre les AG, qui sont en pratique des manifestations militantes, donc trustées par les étudiants organisés (voire syndicalisés), ayant des phrases toutes prêtes et de belles convictions. Mais pourtant minoritaires. De plus, il y a mille et une manières de manipuler une AG et le vote qui en ressort. A la place, je préfèrerais un vote, le plus neutre possible, qui aurait lieu en salle de cours sur un ou deux jours, par exemple.
    3) je ne vois pas du tout où est la manipulation là dedans; “bloquer” une université, c’est exactement s’opposer au déroulement normal des cours! Si cette formulation dérange les étudiants “bloqueurs”, il faudrait qu’ils m’expliquent pourquoi.

  3. Je répond point par point.

    1) Le titre fait référence à la caricature de Daumier qui illustre ce billet (une histoire de plébiscite et de manipulation, tout ça…)

    2) Rien à redire la dessus. Sauf si il est fait dans les même conditions que celui là. Je déplore la mainmise de l’UNEF sur les AG, même si des fois au niveau local on peut avoir un dialogue ouvert avec eux. Donc oui à un vote neutre, mais à condition qu’il porte sur de vraies questions, et pas qu’il soit concu pour faire de le jeu de l’administration.

    3) Si, bien sûr. On peut être pour la reprise des cours et contre cette réforme, et il a donc un compromis à faire : sacrifier du temps de cours ou non. Dans l’absolu, les étudiants sont POUR la reprise des cours, moi le premier. Mais ce n’est pas la question. La question est : êtes vous pour ou contre la poursuite du mouvement, et si oui avec quels moyens?

    La formulation du vote ne laisse donc même pas le choix. Et est totalement déconnectée de la réalité du mouvement étudiant. Et il est probable que l’AG de demain choisisse de ne pas suivre le résultat du vote (allez, c’est même sûr).

    Je tenterai de blogguer l’AG en live si elle a lieu dans une zone wifi, d’ailleurs…

  4. Le vote n’avait pas à porter sur la réforme elle-même, ni sur la poursuite de la contestation, mais bien sur les mesures que comptent prendre les étudiants; on peut (j’espère) être contre la réforme, faire des manifs et ne pas s’opposer au déroulement normal des cours. Le vote portait sur la poursuite du bloquage, c’est tout ce qui intéresse l’administration et les étudiants qui n’y voient aucun intérêt, et donc la formulation me praissait justifiée.

  5. Bonjour Benjamin et Timothée,
    Je vais encore répondre aux bonnes vieilles représentations du vote à bulletins secrets et autres démocraties représentatives (même s’il en est pas question ici) comme meilleur système démocratique, mais :

    2)En quoi, le vote (sur quoi ? à propos de quoi ? pourquoi ?) serait plus démocratique à bulletin secret qu’en Ag ? Certes, elles sont manipulables (autant que l’organisation d’élections -qui choisit les candidats, qui choisit leurs programmes, est-ce que tu as jamais pu contrôler un élu qui n’appliquait pas son programme ?-), mais au moins tu es “libre” d’exprimer ton opinion et de la défendre. De plus, on peut observer des effets de polarisation (Myers & Bach, 1974) même en formulation individuelle (et secrète) d’opinions après discussion.

    3)La manipulation réside dans le fait que l’origine du blocage est totalement exclu du libellé. Ex (sans aucun rapport) : La question “Seriez-vous prêt à travailler gratuitement ? Oui-Non” n’apporterait sans doute pas les mêmes réponses que “Pour aider les orphelins de …, Seriez-vous prêt à travailler gratuitement dans un orphelinat ?” De plus instaurer un vote sans discussion préalable amène à une réponse allant vers la normalisation. Ici, il est sûr que tout le monde veut pouvoir étudier tranquillement. Régler directement la question du blocage en instaurant un vote de cette nature ne peut amener qu’à une décision normalisatrice.

  6. Oui mais…

    2) Il faut aussi prendre en compte la “disponibilité” du temps de parole. Tous n’y ont pas accès de la même façon, et quoiqu’on en dise, c’est souvent les mêmes qui se retrouvent à la tribune. Et de manière assez systématique, ce ne sont pas ceux-là qu’on envoie représenter les étudiants auprès de l’administration ou des enseignants.

    Je n’ai pas tout à fait compris l’effet de polarisation, par contre… Je ne parle pas bien le sociologue. Un petit éclaircissement serait le bienvenu!

    3) Tout à fait d’accord…

  7. Je comprends toujours rien… Que vouliez-vous voir figurer comme intitulé de vote?

  8. “Je n’ai pas tout à fait compris l’effet de polarisation, par contre… Je ne parle pas bien le sociologue. Un petit éclaircissement serait le bienvenu!”

    La normalisation et la polarisation sont des concepts étudiés, notamment, par Serge Moscovici. Il soutient que si les sujets d’un groupe ont des opinions proches et s’ils se sentent peu concernés par le sujet de la discussion, il n’y aura pas de conflits. Le groupe va s’orienter vers un compromis qui se rapproche de l’opinion majoritaire. Moscovici appelle ce phénomène la normalisation. La normalisation est sécurisante, mais peu créative.

    Inversement, si les opinions dans le groupe sont très divergentes (désaccord manifeste dans la négociation) et les participants concernés (degré d’implication fort dans la discussion), la discussion devient vive, des conflits apparaissent et alors la discussion à toutes les chances de s’orienter vers une décision extrême donc vers une position minoritaire.
    La décision du groupe est inattendue, c’est la polarisation.

    Pour Myers et Bac (1974), c’est presque un mauvais exemple, laissons tomber.

  9. @ Benjamin:
    Celui-ci serait peut-être plus approprié :
    “En réaction à la loi LRU, une AG ouverte et décisionnelle a voté le blocage effectif de la faculté. Actuellement, voulez-vous : la poursuite ou la levée du blocage ?”

  10. J’y arrive toujours pas; pour moi, “pour la poursuite du blocage”, c’est très exactement synonyme de “contre la reprise normale des enseignements”.

    Ca ne me paraît pas si difficile à assumer, ce que suggère pourtant Timothée dans son billet. Une AG qui vote “pour le blocage” sait très bien qu’elle s’oppose au “déroulement normal des enseignements”, non?

    Les étudiants ont le droit d’être pour ou contre la réforme, de manifester, mais ça les regarde individuellement; il n’y a rien à mettre au vote là-dedans. En revanche, bloquer la fac (=empêcher les cours), c’est une action collective qui a des conséquences collectives. C’est tout ce qui intéresse l’admin et les étudiants qui ne souhaitent pas le blocage; le reste ne fait que brouiller la décision (type AG “ouverte et décisionnelle” auto-déclarée).

    je ne vois pas pourquoi cette formulation ferait le jeu de l’administration (la formulation inverse où le blocage serait en position positive ne fait pas plus le jeu des militants); un étudiant qui aurait utilisé un bulletin “pour le blocage” et pas le bulletin “contre la reprise des cours” n’a pas sa place à la fac.

  11. Non, pas sa place… Je propose le renvoi de tous ceux qui se sont prononcés pour le blocage. Moi le premier. Je la rend ou ma carte d’étudiant? Et puis je demanderai aux chercheurs qui font grève de démissionner aussi, hein, y’a pas de raison… Ca va libérer quelques postes…

    Bon allez, on redescend sur terre…

    Tu parles du fait de se mobiliser/de manifester comme décision personnelle. Ok, mais quand? Tes années fac ne sont pas si loin, tu connais la charge de travail et les horaires… On fait ça la nuit?

    Le fait de bloquer permet à ceux qui le veulent de se mobiliser… C’est au nom de ce principe que j’ai voté pour, sachant très bien que comme nos cours avaient lieu ailleurs — et qu’on a du travail — ça ne changerait rien pour moi (en terme de possibilité de se joindre au mouvement).

    Et on assistera toujours à ce jeu de question-réponse (j’ai choisi cet exemple là, d’une part parce que j’apprécie Thibaud plus que 99% de mes semblables, et d’autre part parce qu’il illustre — je vais encore me faire taper sur les doigts — que la situation n’est pas spécifique aux facs…) entre ceux qui sont contre mais choisissent de ne pas bloquer, ceux qui sont pour, ceux qui sont contre et qui bloquent, les profs qui soutiennent ou non, et l’administration qui… bah… on sait jamais très bien.

    Et de toute façon en parler ne sert pas à grand chose puisqu’on ne va nulle part.

    Merci Arnauld pour tes précisions.

  12. Attention, ne déforme pas mes propos: je ne propose pas de renvoyer ceux qui se prononcent pour le blocage; je dis juste que l’équivalence stricte entre “bloquer la fac” et “s’opposer au déroulement normal des cours” devrait sauter au yeux et ne pas faire de différence dans le vote. Sinon, c’est inquiétant.

    Ton cas personnel mis à part, pour ceux qui veulent militer sans bloquer, la charge de travail leur laisse facilement tout le week end. Ceci dit, le blocage constitue en soi l’essentiel moyen de pression du monde étudiant, bien plus qu’une simple commodité pour pouvoir manifester, etc.

    En gros: vous bloquez si vous voulez, ce n’est pas mon propos. Mon propos, c’est que je trouvais injustifié de parler de “manipulation” pour une formulation équivalente. Si j’avais voté “pour le blocage”, j’aurais voté sans sourciller “contre le déroulement normal des enseignements”.

  13. Bonjour à vous,

    Benjamin, tu opposes le blocage et le déroulement des cours en les plaçant sur le même continuum. Si ce raisonnement peut paraître juste (et de prime abord il l’est), pour moi l’opposé d’occupation (car l’action des étudiants ne s’arrêtent pas à éviter les autres de rentrer) est désinvestissement des lieux.

    Parallèlement, déroulement normal des cours s’oppose à déroulement anormal des cours. Que dire de ce bel exercice rhétorique que tu pourrais qualifier de sophisme :
    1-Sans le blocage, les étudiants considéreraient, pour la plupart, la faculté comme un lieu de consommation du savoir, un self-service de la pensée. L’occupation entraîne aussi, je l’espère, des débats organisés, des conférences, etc. Bref, une vie estudiantine beaucoup plus fourmillante que d’ordinaire et un regard critique sur le savoir et l’éducation.
    2-Ce qui s’oppose au déroulement normal des cours peut être aussi une certaine forme de soumission des enseignements au bassin d’emploi local.

    Enfin et de façon ‘moins sophiste’, tu peux admettre que le terme ‘blocage’ à une teneur péjorative autant que “déroulement normal” a une dénotation favorable.

    J’arrête là ce ping pong et je vous souhaite, à tous deux, une bonne continuation. Cet échange n’empêchera la lecture de vos blogs.

  14. Vu l’antiquité du fil, je ne sais pas si tu me liras Benjamin. Mais quand même, la différence est à mes yeux tellement évidente que je ne peux m’empêcher.
    La différence entre des expressions que tu supposes synonymes repose sur ce qu’on appelle la directionalité en psycholinguistique. Prenons par exemple les indications concernant le pourcentage de matière grasse dans les produits alimentaires : on peut les présenter (en anglais tout du moins) comme fat ou fat-free. Selon ton point de vue, ces expressions seraient équivalentes ; pourtant un produit alimentaire est jugé moins mauvais pour la santé quand il est présenté comme 75% “fat-free” (pas encore trouvé d’équivalent français) plutôt que comme contenant 25% de gras (Sanford, Fay, Stewart & Moxey, 2002). “contre la reprise normale des enseignements” (et là je dois dire qu’ils ont fait très fort en ajoutant “normale” ; à Toulouse ils se sont contenté d’une directionalité moins forte, mais dans leur sens également) fait focaliser le lecteur sur les conséquences négatives du mouvement alors que “pour la poursuite du blocage” ferait plutôt focaliser sur la question du mouvement, les inférences vers ses conséquences n’étant pas dirigées de fait uniquement vers le négatif (chacun peut inférer selon sa position, vers blocage = action contre la LRU, ou blocage = dévalorisation de l’année universitaire).

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