Trouvez l’auteur : matérialisme et désenchantement

Posté par Timothée le 11 November 2007 | ,

C’est en lisant quelque chose qui n’a a priori aucun rapport avec la science que j’ai trouvé ce petit texte, qui me semble tout à fait percutant. Plutôt que l’auteur, essayez de trouver à quoi ça s’applique, et d’où ça sort…

[…] la personne humaine, qui se savait un élément de ce monde et s’en croyait parfois même le centre, n’avait pas à douter […] de sa qualité d’absolu. […] Mais un jour vint où la technique et les sciences commencèrent à repérer, dans ce qui du coup devint objet, simplement, des caractères qui ne s’intégraient pas aux structures de sens traditionnelles. L’ordre se fragmenta, la terre des signes et des promesses se retrouva la nature, la vie matière, le rapport de la personne à soi une énigme, et le destin une solitude. C’est la faille que je disais, dont les tassements ultimes ne se sont pas encore produits.

Ce texte, finalement, part du principe que la science (et la technique) va s’opposer à une vision mystique de la nature, par son pouvoir explicatif (dans le contexte, l’auteur parle de théologie du salut au Moyen-Âge). La vision “mystique” du monde, ici celle de la religion, est mise en place pour expliquer ce qui nous dépasse, que nous n’arrivons pas à appréhender. L’explication du monde par la religion (où la croyance) est un argumentum ad ignorantiam — l’invention d’une explication faute d’explication réelle — auquel s’oppose la vision matérialiste apportée par la science.

Dans ce contexte, la science propose une vision du monde moins flatteuse que l’explication “mystique”, une vision ou pour être animé et vivant, l’homme n’en est pas moins de la matière tout à fait ordinaire. Ces phénomènes qui semblaient nous dépasser, par construction de modèles successifs, finissent par prendre place dans un schéma plus grand, plus vaste, et sont au final transformés en théorie.

Si l’on suit le raisonnement de l’auteur, on en arrive au constat que deux explications du monde ont divergé à l’époque ou les “sciences de la nature” ont pris leur essor. D’un côté la vision religieuse, de l’autre la vision matérialiste. Ces deux visions, ces deux modes de raisonnement ont chacun pris des directions différentes, parce que leurs attendus sont a priori irréconciliables. On n’en est pas encore à parler de NOMA — l’accord tacite de non-aggression entre les scientifiques et les religieux, proposé par Stephen Jay Gould —, mais peu s’en faut.

Ce qui est encore plus intéressant, c’est que dans ce texte (qui date de 1978), l’auteur indique clairement que la rupture n’est pas totalement consommée. Bien que deux explications (une dans le domaine spirituel, l’autre matérialiste) du monde aient divergé, elles coexistent encore sans que l’une parvienne à prendre le dessus sur l’autre. La poussière n’est pas encore retombée.

Le fait que deux théories émergent pourrait laisser penser qu’à terme, l’une finirait par s’effacer. Ce serait probablement vrai pour des théories scientifiques. Il se trouve qu’ici, les deux visions n’appartiennent pas au même domaine, ne se situent pas sur un même plan : il est difficile de dresser des ponts entre les deux, et d’ailleurs elles n’ont pas vocation à communiquer.

Ce qui empêche les tassements ultimes de se produire, c’est le refus de certains de ne pas aller marcher dans les plate-bandes des autres. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent que la science finira par détruire les religions organisées (ça doit être Dawkins). Je ne suis pas d’accord avec ceux qui tentent de faire entrer la religion dans la science. Le tassement se produira quand on aboutira à un consensus simple : ce qui a divergé, c’est d’une part une histoire que l’on superpose à la nature, d’autre part une explication de cette même nature.

Best school in East Delhi

Il y a ceux qui prennent une feuille de papier pour en faire de l’origami, et ceux qui s’intéressent à la manière de la produire, à la consistance des fibres, à sa flottabilité, ou que sais-je encore (en fait, dit comme ça, je fais passer les scientifiques pour des gens ennuyeux — ca me rapelle cette superbe tirade d’Homer Simpson himself : tout le monde sait que les chercheurs gâchent leur vie, mais quand même!). Et si on accepte cette parabole (que je vais placer sous copyright et lui donner mon nom, parce que je la trouve superbe…), rien n’interdit de se consacrer à l’origami après une journée d’étude des feuilles de papier…

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5 réponses pour le moment

5 réponses à “Trouvez l’auteur : matérialisme et désenchantement”

  1. On dirait du Paul Vignaux, mais je ne pense pas que la date colle. Suis-je très loin ?

    11 Nov 2007 à 8:44 pm

  2. Timothée

    Assez. C’est écrit par un français… mais l’ouvrage dans lequel ça se trouve est à l’origine en Anglais, et beaucoup plus ancien.

    11 Nov 2007 à 9:16 pm

  3. Beaucoup plus ancien! Ca pourrait être du Descartes ou du d’Aquin :-)
    Vais aller soigner ma grippe.

    11 Nov 2007 à 10:28 pm

  4. oops ! pas d’Aquin, n’était pas français.

    11 Nov 2007 à 10:31 pm

  5. Timothée

    Allez, je donne la réponse.

    C’est Yves Bonnefoy, dans la préface de l’édition de 1978 (Gallimard) de ses traductions de Hamlet et du Roi Lear.

    Pas très en rapport avec la science tout ça, mais je trouvais le passage intéressant…

    13 Nov 2007 à 1:47 pm

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