Archive for September, 2007

Le Wedge Document

Posté par Timothée le 29 September 2007 | , , ,

Le Wedge Document est, outre le manifeste datant de 1990 du , un des textes fondateurs du mouvement du outre-atlantique. Il s’appuie grandement sur les ouvrages de Philip E. Johnson. C’est dans ce document de 1O pages que le programme pour imposer l’idée de l’intervention d’une intelligence supérieure dans l’apparition de la vie puis dans l’évolution est pour la première fois exposé. Dans la terminologie américaine, le Wedge Document est le premier Intelligent Design Agenda.

Le constat de base du Wedge Document, comme d’ailleurs la totalité du document, est ouvertement religieux.

L’idée que l’Homme a été créé à l’image de Dieu est un des fondements de la civilisation occidentale, (…) attaqué par les intellectuels en s’appuyant sur les avancées de la science moderne.

L’objectif est donc de s’opposer à la perte de spiritualité du monde tel qu’il est percu par les religieux, perte de spiritualité causée par les nouveaux courants de pensée introduits par Karl Marx, Charles Darwin, et Sigmund Freud. Pour les auteurs du Wedge Document, ces trois hommes sont responsables de la transformation de l’homme spirituel en homme machine vivant dans

un univers régi par des forces strictement impersonnelles, et dont le et les pensées intimes seraient dictés par les lois implacables de la biologie, de la chimie, et de l’environnement.

On pourrait malgré tout, à cette définition, réagir en rappelant que l’animal tel que décrit à cette époque est nettement moins proche de l’”animal machine” de Descartes. L’idée que l’animal et l’humain puissent être étudiés de la même semble en fait la plus insupportable aux auteurs de ce document, dans la mesure ou elle s’oppose à leur constatation première: l’Homme a été fait à l’image de Dieu, pas l’Animal.

La résultante de ce matérialisme serait responsable d’un échec de la morale, puisque l’impact des actions et des pensées personnelles sont dictées par des choses que nous ne contrôlons pas. Cette conception révèle une profonde ignorances des sciences attaquées. On retrouve encore, vingt ans après la publication de ce document, des personnes pour croire que le déterminisme de nos actes est essentiellement génétique (voir notamment le dialogue entre Nicolas Sarkozy et le philosophe Michel Onfray, largement médiatisé, et représentatif de cette erreur de pensée).

Sur la base de ces constatations, le Centre pour le Renouveau de la Science et de la Culture du ne

vise rien de moins que de renverser le matérialisme et son héritage culturel [pour instaurer] une compréhension largement théiste de la nature [et préparer] la vie après le matérialisme.

Une chose est particulièrement choquante à la lecture de l’introduction du Wedge Document. En dehors d’une conception théiste (en fait catholique) de l’Univers, comme l’annonce très clairement la première phrase, couplée à une interprétation “à la lettre” de la Bible et notamment de la genèse[1] , les constats énoncés n’ont absolument aucun signification. Il convient de considérer le Wedge Document comme ce qu’il est en réalité: non pas un plan de lutte contre le matérialisme, mais un plan de modification des paradigmes scientifiques dans le seul but de les faire correspondre aux idées fondamentalistes des fondateurs du .

Le Wedge Document est divisé en trois parties, décrivant le modus operandi du pour imposer ses vues. La première concerne la recherche scientifique , la seconde détaille l’approche à utiliser pour s’attirer les faveurs de l’opinion publique , et la troisième concerne l’affrontement final entre partisans du et matérialistes.

D’autre part, on remarque que malgré les attaques directes portées contre des sciences (l’économie avec Marx, la psychanalise avec Freud, l’évolution avec Darwin), aucun des auteurs du document ne semble posséder de références dans un de ces domaines. En dépit de leurs critiques constantes portées contre l’évolution, rares sont ceux des partisans les plus acharnés du qui peuvent justifier de travaux sur ce thème (travaux reconnus par les pairs, s’entend). Aujourd’hui encore, dans le think tank de William Dembski et Denyse O’Leary, il est impossible de trouver un scientifique reconnu (quoiqu’ils m’aient personnellement assurés du contraire, se refusant cependant à citer le moindre nom).

C’est donc dès son texte fondateur que le est entré dans le domaine de la : en utilisant toutes les techniques de la vraie science, en créant des Instituts (tels que l’Institute for Creation Research), en organisant des colloques, et en publiant des livres. Sans jamais cependant pratiquer une once de raisonnement scientifique, c’est à dire sans jamais faire de Science au sens strict.

Recherche Scientifique, Ecriture et Publicité

La première étape du est de se forger une respectabilité scientifique et académique, afin que le projet permette de “persuader” et non “d’endoctriner”. D’un point de vue pratique, les responsables du souhaitent faire travailler un nombre réduit de scientifiques, aux points ou l’édifice matérialiste est susceptible de se rompre. Débat scientifique, certes, mais n’omettons pas d’employer du vocabulaire de démolisseurs pour autant! Cette stratégie repose largement sur les théories de Thomas Samuel Kuhn, exposées dans ce qui est probablement l’essai d’épistémologie le plus important jamais écrit, La Stucture des Révolutions Scientifiques.

La théorie de Kuhn, contrairement à celle de Popper, considère qu’un paradigme (que l’on peut définir grossièrement comme le plus large consensus sur un sujet donné) est établi en lieu et place du précédent, non quand il y a réfutation du paradigme actuel, mais démonstration du paradigme nouveau. Le changement de paradigme ne s’effectue pas, pour Kuhn, au moment de la réfutation (idée de Popper), mais bien au moment du remplacement effectif. Le cherche donc à se donner les moyens de remplacer le paradigme expliquant l’évolution (la théorie de Darwin et ses dérivées) par les valeurs du .

L’idée de base est de faire travailler sans relâche de jeunes scientifiques, en faible effectif, sur les points ou les théories matérialistes sont susceptibles d’être battues en brèche. La traduction de cet objectif s’est déclinée de trois manières différentes. D’une part, l’attribution de bourses individuelles (comme celle attribuée à par exemple, qui se montait à 40000$ par an), et la création de deux programmes de recherche. Ces deux programmes sont concentrés sur des disciplines qui, encore aujourd’hui, suscitent l’intérêt des partisans du . Le premier concerne la Paléontologie, et est mené par Paul Chien Chengjiang et coll., le second, mené par Douglas Axe et coll. se concentre sur la biologie moléculaire.

A ce jour, Paul Chien Chengjiang ne justifie que d’une publication portant sur le (d’après les informations du , septembre 2007), dans une revue mineure. Les informations sur Douglas Axe ont été retirées du site du . Ses articles parus dans des revues à comité de lecture ne concernent pas le . L’angle d’attaque scientifique, 17 ans après le lancement du , semble donc largement compromis. Qu’en est-il des autres approches?

Publicité et Formation d’Opinion

La phase deux du programme est clairement une phase de lobbying, visant à “préparer la réception populaire” des idées. Ce qui est appelé “formation d’opinion” par le programme est dans les faits une campagne de propagande. Les objectifs énoncés dans le Wedge Document sont clairs: rallier à leur cause des personnalités influentes de la presse et des médias, des membres du congrès, des scientifiques, des animateurs de télévision, et des membres de la hiérarchie universitaire.

Plus encore, les membres du visent à utiliser “leur base”, les chrétiens, pour faire passer leurs idées. Le n’est pas un organisme qui recherche la vérité. Pas un organisme de recherche. C’est un outil d’endoctrinement des masses, manipulant l’opinion publique pour imposer son idéologie. Le Wedge Document n’est pas un manifeste de communication scientifique. C’est le descriptif de ce qu’il convient d’appeler une opération à grande échelle de lavage de cerveau.

Le lien entre les phases I et II du programme est évident. Utiliser les résultats des programmes de recherche, et en extraire des “preuves qui soutiennent la foi”. A partir de ce point, il ne reste qu’à les répandre à une audience plus large pour les faire accepter, ce qui est facilité par l’opération de lobbying que représente la phase II.

Confrontation Culturelle et Renouveau

Les phases I et II font partie des “objectifs à 5 ans”, devant se terminer aux environs de l’année 2003. Ces deux phases servaient en réalité à préparer le terrain pour le déclenchement de la phase III, “objectif à vingt ans”, la confrontation entre le et le matérialisme. L’objectif de la phase III est la chute du matérialisme, en commençant par le matérialisme scientifique. Les partisans du s’attendent donc à ce qu’une révolution scientifique aie lieu, et ont en prévision oeuvré pour préparer le terrain des opinions. Si la société civile est en accord avec leurs thèses, leur affrontement contre le matérialisme sera facilité. La phase III correspond, plus ou mois, au moment ou la génération ayant grandi pendant la phase II entre à l’université.

Affrontement, car la phase III est un affrontement ouvert. Provocation de controverses dans les conférences et les universités influentes, évidemment, mais plus encore, déplacement du débat sur le plan légal, pour éliminer la résistance que rencontre l’enseignement du dans les cursus scolaires. A ce titre, la présence d’avocats comme Barry Arrington, constitutionnaliste spécialisé dans le premier amendement[2] , dans le think tank de est nettement plus claire.

Dans les parties précédentes, j’ai parlé de “prise de pouvoir”. A la lecture du Wedge Document, il apparaît que le terme n’est pas exagéré. Les partisans du sont prêts à employer toutes les méthodes en leur possesion, et le succès de leur lobbying couplé à l’indéfectible soutien qu’ils reçoivent de la part de Georges W. Bush fait qu’elles sont nombreuses, pour imposer leurs vues. Il ne s’agit pas ici de Science. Il ne s’agit pas d’examiner des résultats et de réfléchir à des modèles. Il faut tordre la réalité pour la faire correspondre à une idéologie. Il faut éliminer l’opposition, en la muselant, ou en lui opposant des arguments légaux, fabriqués pour l’occasion.

Mais au fait, que signifie wedge? Tout simplement “coin”, ce petit instrument de métal qu’on enfonce dans les failles d’une bûche pour la fendre…

Notes

  1. Genèse 1:26 — Puis Dieu dit: Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre []
  2. C’est à dire celui qui empêche l’état de légiférer sur des questions religieuses []

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La pseudo-science est-elle plus performante en matière de communication?

Posté par Timothée le 27 September 2007 | , ,

La multiplication des supports de diffusion de l’information (blogs, flux RSS, et wikis en tête) et l’intertextualité rend toute information beaucoup plus accessible. A tel point que les cas de redondance sont de plus en plus nombreux. Il est donc légitime de chercher a trier, dans la masse, les informations pertinentes, qui méritent qu’on s’y arrêtent, et surtout sur lesquelles on peut s’appuyer, parce qu’on sait qu’elles ont peut de chances d’être erronées. Cette quête de l’”information juste” possède aussi ses dangers: il est possible de faire passer une information comme étant exacte en lui donnant toutes les apparences d’une vérité scientifique.

La plupart des informations se propagent sur le web via de nouveaux outils de communication: blogs, flux RSS, et autres. Les possibilités de s’échanger les contenus (licence creative commons, indexation, sites type Wikio, NetVibes, plate-forme grégarus comme celle utilisée par le c@fé des sciences, widgets pour lire les flux RSS, et autres) sont nombreuses, et on assiste effectivement a une duplication de l’information.

On assiste a une uniformisation des contenus assez effarante. Sur les sites de News (Digg, Fuzz, Wikio, et autres), il n’est pas rare de trouver la même information (le même contenu, souvent au mot près) reprise 5 à 10 fois. Le nombre d’informations (en tant que “faits”) disponible pour un lecteur est donc, finalement, assez réduit.

Cette uniformisation du contenu disponible peut finir par donner l’impression d’un consensus sur certains faits. Si la pédagogie est une question de répétition (ce que je ne crois pas, soit dit en passant), alors nous finissons par “apprendre” ces faits qui nous sont rebattus. L’effet pervers de ces répétitions est évident: si une information est reprise dix fois, elle est très visible, et acquiert plus de légitimité qu’une information n’apparaissant qu’une seule fois. Rien n’est officiel tant que CNN ne l’a pas annoncé, en quelque sorte.

De fait, on assiste progressivement a une érosion de la quantité totale d’informations disponibles pour le lecteur. Si en terme de masse, le “nombre de lignes” à lire ne varie pas beaucoup, la diversité diminue dangereusement. A tel point que cette situation finit par sembler normale aux lecteurs. Et plus encore, une information qui se retrouve isolée semble tout de suite plus suspecte qu’une information à large diffusion. D’où, finalement, une nécessité de “valider” l’information, d’asseoir sa crédibilité aux yeux du lectorat.

La question principale qu’il convient de se poser face à une information nouvelle est, bien évidemment, “de qui provient-elle?”. La multiplication des possibilités de s’exprimer sur internet (ce que je trouve absolument bénéfique, mais non sans dangers) conduit tout le monde à pouvoir exprimer ses opinions et sa vision des choses. Et concernant l’information scientifique, Bug girl’s se posait l’autre jour une question fondamentale : Internet va-t-il causer notre perte à tous?

Effectivement, chacun est maintenant en mesure de devenir une source d’information, sans avoir à fournir un effort trop important, puisque l’aspect “technique” de la publication sur internet est grandement facilité (un blog chez WordPress demande au maximum 10 minutes pour être pleinement opérationnel). Comme ce qui était annoncé sur Affordance, le RSS contribue à l’établissement d’une logique de noeuds, ou celui qui distribue l’information possède le pouvoir. Puisque son statut d’informateur lui confère une certaine autorité.

Il est donc logique de voir émerger un mouvement de défiance de la part du public, qui sous la masse d’informations qui lui est proposé, va chercher à faire le tri. Or, pour faire le tri, si tout le monde a la même possibilité de diffuser l’information, il va falloir se tourner vers ceux “qui savent”, les “experts” du domaine. Et de fait, de plus en plus de blogs mettent en avant leurs rédacteurs et leur parcours (euh… moi le premier). Il y a cependant quelque chose de beaucoup plus important, d’après mes observations, que la personne qui communique l’information: la manière dont cette information est présentée.

Au cours des dernières semaines, j’ai demandé à des personnes plus ou moins proches de moi de se prêter à un petit jeu très rapide. J’avais préparé deux textes “scientifiques” à leur faire lire (environ deux paragraphes chacun). Le premier était un extrait de la conclusion d’un de mes anciens compte-rendu de TP, auquel j’ai rapidement rajouté quelques références (pas forcément pertinentes, mais globalement en rapport avec le sujet). Le deuxième était un extrait d’une comparaison de deux articles que j’avais rendu l’année dernière, sur la formation d’agrégats, qui au contraire ne contenait pas une seul référence. J’ai apporté quelques modifications aux deux textes.

J’ai largement complexifié le style du premier, utilisé des phrases complexes, et plus important encore, introduit une erreur factuelle importante. Dans le second, qui était “exact”, j’avais au contraire simplifié au maximum la syntaxe. La question que j’ai posé est la suivante: lequel de ces deux textes semble le plus digne de confiance? Mon échantillon n’est pas forcément représentatif (une vingt-cinquaine de personnes), j’aurais pu augmenter le N (OMG geekness!), mais à deux exceptions près, c’est mon texte “bien présenté” qui a obtenu le meilleur accueil.

Il y a probablement une leçon a tirer de tout ça. Dans la masse d’informations qui circulent, si l’une d’entre elles possède les signes “distinctifs” de la “vérité scientifique”, elle risque fort de recueillir un accueil favorable du public. Oui mais voilà, il reste des cas ou ça ressemble à de la science, mais ce n’est pas de la science du tout.

Après la description du phénomène, une approche du mécanisme? A mon avis, la plupart des lecteurs confrontés a une information “scientifique” pensent qu’ils ne sont pas nécessairement aptes à juger de son exactitude, et vont donc chercher des points de repère. La qualité du rédacteur, mais aussi les références, l’ancrage de ce résultat dans un contexte plus vaste. Pour que la communication scientifique soit bien reçue, il semble donc important de ne pas “isoler” ce que l’on présente, mais bien de s’appuyer au maximum sur d’autres faits (ce qui est une norme dans l’écriture scientifique va t’il devenir une norme dans la vulgarisation?).

On peut, au passage, saluer des initiatives louables d’explication d’une méthode de lecture des articles scientifiques à l’usage de personnes qui n’ont pas forcément de background en sciences. Combiné au mouvement d’open access, ce genre d’initiative est louable.

Oui mais voilà, ce dont je parle ici, d’autres l’ont compris depuis bien longtemps, et l’utilisent pour faire passer leur vision du monde. Ce qu’ils font n’est pas de la science, n’a ni légitimité ni valeur aux yeux de la plupart des scientifiques, mais en lui donnant les aspects de la science, ça finit par passer. Vous voyez de qui je veux parler, bien évidemment. Je précise tout de suite que je ne tape pas sur les partisans du par pur plaisir (quoique, à la longue…), mais bien parce qu’ils me semblent être ceux qui incarnent le mieux l’utilisation de la .

Une analyse de leurs agissements a été faite par Enro, je vous conseille de vous y reporter. On peut notamment signaler la création d’une Graduate School au sein de l’Institute for Creation Research, et les activités de publication du Discovery Institute. Tout ce que j’ai pu lire sur leurs sites, ou sur les blogs (notamment celui du couple terrible Dembski / O’Leary) me rappelle cette sortie du biologiste soviétique Sisakahn en 1954, à propos des travaux de Tomas Hunt Morgan : Il ne peut empêcher que son seul objectif, en jonglant avec les mots, soit de camoufler l’essence idéaliste de sa doctrine et de couvrir un idéalisme cru d’une sauce scientifique.

Car jongler avec les mots, les pseudo-scientifiques savent le faire. En mêlant au débat sur les faits des concepts pas forcément liés, mais qui impressionnent, ils se donnent un aura de culture, de spiritualité, qui assied encore leur autorité. Même quand ces concepts sont finalement éculés: l’idéologie matérialiste de Dembski (à mon avis à opposer au spiritualisme) qui est responsable de la corruption de l’étude des sciences biologiques ne résonne t’elle pas avec le matérialisme dialectique de Lyssenko, qu’il utilisa en son temps pour s’opposer… au néo-Darwinisme et aux théories sur l’hérédité? Le est un exemple de ce qu’on appelle un Lyssenkisme (et ce concept reste son seul apport à la science): une théorie scientifique qui ne s’appuie que sur une idéologie.

Le débat permanent entre évolutionnistes et partisans du et autres créationnistes de tout poil (on pourra arguer que le , et Denyse O’Leary le dit elle-même, n’est pas un créationnisme –Le correcteur de mon Mac propose “crétinisme” en remplacement–; il faut tout de même signaler que dans les think-tank ID gravitent un certain nombre de chantres de théories étranges, la terre aurait 4000 ans, et ce genre de joyeusetés) est finalement de même nature que celui qui a opposé “les scientifiques soviétiques” (exception faite de quelques personnes comme notamment Vailov) au “reste du monde” dans les années 30 à 60, sur des sujets comme l’hérédité ou l’origine du vivant: le combat d’une idéologie contre une science, rendu possible parce que l’idéologie a utilisé les armes de la science, et s’est donné son apparence.

Il semble donc que, pour répondre aux partisans de théories de ce type, il faille nous remettre à faire de la science même quand il s’agit de vulgariser. Mais plus encore qu’une communication efficace (c’est la “réponse” au premier problème, celui de l’information noyée dans la masse), il faut prendre une position plus active, et répondre, répondre, répondre encore aux théories qui nous font dresser les cheveux sur la tête. Si l’espace médiatique est un espace fini, il n’y a pas de raison de laisser les tenants de la se l’approprier tout entier.

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Les questions qui fâchent…

Posté par Timothée le 26 September 2007 | , , ,

Dans le cadre de la rédaction d’un futur billet, j’ai été ammené à faire des choses assez peu recommandables. Parler avec ceux qu’OldCola surnomme affectueusement des IDiots, en clair, des supporters du . Pas des modérés, nan, vous me connaissez, je suis allé taper haut (enfin, si on peut dire), dans la garde rapprochée de himself, la journaliste Denyse O’Leary.

Je me suis donc benoîtement armé de ma plus belle plume (Mail.app, en l’occurence), et j’ai écrit un mail à la dame, dans le but de clarifier quelques interrogations que j’avais à propos de leur blog Uncommon Descent (je ne donne pas de lien, de manière tout à fait volontaire) et de leur équipe d’auteurs (mon billet en préparation concerne l’expertise dans la diffusion de l’information par internet, et autres joyeusetés, mais je n’en dis pas plus).

Dembski, que je situe rapidement pour ceux qui ne connaissent pas bien le personnage, est un philosophe et théologiste. Mais plus important encore, il est membre du , repère pour tous les partisans de la théorie du . Denyse O’Leary est sa porte plume, qui utilise les colonnes de différents journaux pour faire passer les opinions de leur petite secte de fondamentalistes débiles leur courant de pensée (le étant un think-tank de la droite conservatrice US, hyper-religieuse, tout ce que j’aime).

Me voila donc en train d’affiner quelques questions, au nombre de quatre, à poser à O’Leary. Première d’entre elle: pourquoi, alors qu’ils exhibent une liste de collaborateurs tout à fait convaincante, et qu’ils traitent de sujets en rapport avec l’évolution, n’ont-ils pas d’évolutionnistes dans leur équipe?

Réponse: Je dois faire erreur.

Seconde question. A part Billy, qui dans leur équipe est de formation scientifique, si possible proche des sujets dont ils traitent (si on peut encore considérer Dembski comme un scientifique, bien entendu)?

Réponse: Plein de monde, arrivés tout récemment. Mais ils ne sont pas encore dans la page des collaborateurs. Note to self: surveiller.

Troisième question: D’après elle, est-ce que le fait d’afficher, parmi les collaborateurs du blog, des gens avec une position sociale respectable (entrepreneurs, journalistes, etc) peut donner plus de poids a leurs idées, aux yeux de personnes “non averties”?

Réponse: Et bien, pas de réponse pour celle ci.

Quatrième question. Est-ce qu’ils n’ont pas peur de passer pour le service de presse du , en ayant Dembski comme auteur principal, et finalement aucun autre scientifique dans l’équipe?

Réponse: Une tentative d’humour désespérée, et une question joliemment éludée. Avec évidemment la traditionnelle blague sur les Français. Venant d’IDiots, je ne l’ai même pas mal pris.

Le meilleur est pour la fin. La requête est simple. Ne pose plus de questions. Si tu veux des réponses (des Réponses?), lis le blog, cheers, Denyse. Avec, dans la copie, le champ suivant:

Cc: wdembski@designinference.com

Puisqu’il est au courant de notre échange avec sa journaliste, j’ai bien envie de pousser un peu plus loin la discussion avec eux. Ca pourrait me faire rire. Et puis, j’ai encore quelques jours de vacances à tuer.

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Les jeudis de la planète océan

Posté par Timothée le 26 September 2007 | ,

L’Institut Océanographique lance une série de conférences, tous les jeudi soir à 19h30, dans son (superbe) Grand Amphi. L’entrée est libre et gratuite. Pour ma part, je serai présent à celle du 13 janvier, sur la surpêche.

Avis aux amateurs… 

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La nature n’est pas (si) cruelle

Posté par Timothée le 22 September 2007 | , ,

Ce qui est génial quand on travaille avec de la matière vivante (même quand ce “travail” consiste à s’affaler dans un canapé pour regarder National Geographic pour vaincre ses insomnies chroniques), c’est que les possibilités d’être étonné sont nombreuses. D’ailleurs, récemment, je suis tombé sur un assez intéressant: un phénomène d’adoption chez des laridés (comme les mouettes).

Ne vous faites pas de faux espoirs, ce billet n’apportera pas de vraies informations sur le sujet. C’est juste pour en parler rapidement, avant des choses plus conséquentes.

Chez ces laridés (dans le reportage en question, il devait s’agir de Larus canus, le goéland cendré), les oeufs éclosent de manière tout à fait particulière. Deux poussins en deux heures, puis un troisième beaucoup plus tard. Ce dernier étant désavantagé, il choisit en général de quitter le nid, et d’en rejoindre un autre.

D’ou plusieurs questions: l’arrivée d’un nouveau poussin représente un coût net pour les parents, et un désavantage pour leurs poussins. On pourrait imaginer qu’ils chassent l’”envahisseur”. Il n’en est rien. On peut entrer dans un raisonnement de type “le coût de la chasse surpasse le coût d’entretien”, assez classique, mais j’ai quand même du mal à y croire.

Pour qu’un se généralise à ce point (et d’ailleurs, est-il inné?), il faut bien que les chances d’être acceptées soient assez grandes, d’ou peut-être l’hypothèse que le couple adoptif en retire des avantages. Mais lesquels?

On peut aussi imaginer que les goélands sont  aussi stupides que leurs ramiges, et qu’ils soient incapables de faire la différence entre leurs petits et ceux des autres. D’ailleurs, est-ce qu’il n’y à pas des phénomènes de “compatibilité” qui entrent en jeu, comme par exemple des motifs du plumage du poussin/du couple adoptant? On a bien ce genre de chose pour les poissons nettoyeurs.

Dernière question: quelle est la part des facteurs environnementaux dans ce phénomène? Est-ce que certains facteurs externes vont le limiter, ou au contraire l’encourager? Est-ce que cette “dispersion” du patrimoine génétique (on est dans Dawkins, la, ou je me trompe?) n’est pas un avantage en terme de transmission des allèles pour le couple qui voit son poussin s’éloigner (sur un raisonnement du type “on ne met pas tous ses oeufs, surtout éclos, dans le même panier”)?

Ah, et puis, j’oubliais. Quel rôle les parasites ont à jouer dans tout ça (il y en a forcément un!), ou tout au moins quelle est l’influence de ce sur l’épidémiologie et le “bouclage” des cycles, l’occurrence de transmission horizontales, et autres joyeusetés du genre?

Vous l’aurez compris, je n’ai pas encore creusé le sujet, je me suis contenté à une recherche de bibliographie, et j’ai laissé tourner mon imagination pour trouver des questions à peu près intéressantes. Avec un peu de chance, notre sujet de “Synthèse bibliographique” sera libre, et je trouverai un binôme assez dérangé pour me suivre dans mes élucubrations. Sinon, je prendrais sur mon temps de sommeil pour approfondir!

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