André Langaney parle des OGM

Posté par Timothée le 13 July 2007 | , ,

Dans une interview accordée à LMU (le mensuel de l’université), André Langaney, généticien, directeur d’un laboratoire du MNHN, et professeur à l’Université de Genève, est invité à s’exprimer sur un des ses thèmes favoris : Evolution et races humaines : que disent les gènes ?. A l’occasion d’une question des journalistes sur une nouvelle phase de l’évolution dont l’homme serait le maître, il parle des OGM.

Prenons l’exemple des OGM. Cela n’a aucun sens d’être pour ou contre. Ils correspondent à une technique qui utilise des mécanismes en cours dans la nature, mais détournés en fonction d’intérêts humains, comme toutes les espèces domestiques depuis le néolithique.

Il y a ici utilisation d’un argument de plus en plus fréquent au cours des débats sur les OGM et autre bio/nanotechnologies. Partir du principe que ce n’est qu’une accélération de processus naturels, quand bien même c’est inexact. Enro en a déjà parlé dans une note précédente que je vous invite à lire.

Il me semble que Langaney fait un amalgame entre la sélection de lignées animales pour certains de leurs caractères utiles à l’homme, et une modification ciblée de lignées végétales. Pour le peu que j’en sais, la technique qui aboutit à la modification génétique d’une plante est largement différente de celle qui consiste à croiser préférentiellement des animaux.

La suite m’a interrogé pendant longtemps: j’ai l’impression que d’une phrase à l’autre, André Langaney se contredit franchement, notamment sur le sujet de la résistance aux agresseurs.

Certains OGM ont des intérêts économiques énormes, pour les producteurs, pour les consommateurs ou pour l’environnement (en limitant l’utilisation des engrais et pesticides, donc la pollution et le gaspillage de ressources).

D’autres OGM peuvent être dangereux lorsqu’ils présentent des risques de contamination de la nature ou de diffusion de facteurs de résistance à des pathogènes, à des antibiotiques ou à des pesticides.

On aurait donc d’un côté les bons OGM, qui permettraient de diminuer l’utilisation des pesticides, et de l’autre les mauvais, qui présenteraient des risques de diffuser des facteurs de résistance. Mais est-ce que, par voie de conséquence, un bon OGM (résistant) ne risque pas, par gene flow, de diffuser ces caractères de résistance?

J’ai l’impression qu’il essaie de nous faire croire à l’existence de deux catégories, qui finalement ne sont qu’une: les effets positifs (moins d’engrais, résistance aux agresseurs) s’accompagnant d’effets négatifs (diffusion des gènes, sélection des agresseurs résistants,…).

Il s’agit donc d’une technique qui présente, comme beaucoup d’autres, à la fois des perspectives très intéressantes et des dangers à surveiller de près.

C’est un peu tard pour le dire, à mon avis, après avoir introduit l’ambiguïté dont je parle juste avant! D’autant que les perspectives et les dangers potentiels sont souvent deux facettes d’une même chose…

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8 réponses pour le moment

8 réponses à “André Langaney parle des OGM”

  1. Oui hélas. Il y a énormément de confusion entre la manipulation génétique et la modification génétique. Un OGM est un organisme dans le génome duquel on a introduit un ou plusieurs gènes qui n’appartiennent pas à cette espèce. On a donc modifié artificiellement ce génome.

    Il existe bel et bien des “bons” OGM et des “mauvais” OGM. Les “bons” sont des “outils” de la recherche fondamentale ou des “travailleurs” des industries pharmaceutiques. Ce sont des oganismes qui ne sortent jamais des laboratoires et qui ne servent qu’à produire des substances dont on a besoin (l’insuline par exemple) ou à comprendre la génétique.

    Un OGM ne devrait pas être introduit dans une chaîne alimentaire (tout comme on ne devrait pas nourrir des herbivores avec des proteines animales) mais SURTOUT un OGM ne doit pas être diffusé dans l’environnement. Les OGM agronomiques sont les “mauvais” OGM.

    Les PGM (plantes agronomiques génétiquement modifiées) sont un véritable danger pour la biodiversité et l’environnement en général le tout pour des bénéfices plus que maigre si pas inexistants. (les PGM “permettant de limiter l’usage des pesticides” par exemple, sont en fait elles-mêmes des pesticides, c’est juste l’art de la manipulation de l’opinion)

    J’invites à visionner la conférence très didactique de Christian Vélot expliquant tout cela http://raffa.over-blog.com/article-5685057.html

    13 Jul 2007 à 2:45 pm

  2. Timothée

    Je suis à peu près d’accord avec le fait que les OGM déstinés à la recherche soient “bons” (je n’aime pas le raisonnement en bon/mauvais, soit dit en passant).

    Ce qui me pose un problème, c’est l’utilisation des OGM pour répondre à des problèmes de santé publique, type malnutrition.

    Le cas du golden rice est éloquent à ce propos, d’ailleurs. D’un côté, il permet de répondre à un problème de malnutrition (c’est une rustine, la cause étant évidemment économique/politique). De l’autre, il est susceptible de diffuser son patrimoine génétique. Qui sait, de plus, si la modification de la teneur en vitamines n’est pas nocive pour certaines espèces, et menace de déstabiliser l’écosystème?

    A ce titre, je suis tout à fait d’accord avec ce que dit Langaney au tout début: “Cela n’a aucun sens d’être pour ou contre”.

    Tout à fait d’accord aussi avec ta remarque sur le fait que si on limite les pesticides, c’est que la plante les contient. Encore une fois, tenter de séparer les effets positifs et négatifs, c’est néfaste (pour l’opinion, puisque c’est une désinformation).

    Langaney serait-il en train de se livrer à une campagne de désinformation? J’ai du mal à le croire. Je ne connais pas son point de vue sur les OGM (j’ai du mal à appeler ces quelques phrases un “point de vue”…), mais je l’ai connu plus subtil.

    A mon avis, le choix du sujet (les OGM) pour illustrer la manipulation potentielle de l’évolution par l’homme n’était pas le meilleur choix.

    13 Jul 2007 à 4:09 pm

  3. Je trouve que tu as raison de souligner le fait que ce qui pose probleme (enfin, un des problemes) des OGMs est justement la diffusion de leurs “bons” caractères à leurs voisins. Mais j’ai une question, qu’est ce qui ferait que cette diffusion serait plus probable que la diffusion de genes non implantés par l’Homme ? N’y a-t-il pas une exageration des anti-ogm ici ?

    L’autre risque, que souligne Raffa, et qui me semble plus importante, est le risque pour la biodiversité…

    13 Jul 2007 à 8:54 pm

  4. Matthieu > “qu’est ce qui ferait que cette diffusion serait plus probable que la diffusion de gènes non implantés par l’Homme ?”

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    La diffusion de gènes non implantés par l’homme, comme tu dis, a lieu tous les jours dans la nature : c’est le processus naturel d’hybridation et de pollinisation croisée. Dans le cas des OGM, la difficulté vient du gène qui confère un véritable avantage sélectif à la plante sous certaines conditions (e.g. une résistance à l’herbicide), ce qui lui assure a priori une bonne diffusion dans la nature et une inversion de l’effet agronomique souhaité. A une époque, il y avait aussi la question de la diffusion du gène de résistance aux antibiotiques que l’on rajoutait à la construction génétique, mais est résolue aujourd’hui (on procède autrement ou on réussit à le supprimer). Surtout, les transgènes se repèrent facilement au laboratoire (par exemple, on repère un promoteur de virus du chou-fleur chez le maïs => pollution génétique !) et peuvent donc faire l’objet de négociations entre acteurs. Enfin, le résultat incontestable est que la pollution génétique (qui englobe aussi la question de la dispersion des semences OGM au champ ou dans la chaîne agro-alimentaire) est devenue une construction sociale et qu’elle soit avérée ou non, elle a un effet non négligeable sur la recherche et le développement. Qu’on pense à la solution “Terminator” empêchant la reproduction pour empêcher ce type de diffusion incontrôlée des gènes, ou la question des distances minimales entre champs OGM et non-OGM…

    14 Jul 2007 à 12:35 am

  5. Le dogme central des OGM (un gène = une fonction) est ouvertement remis en question par 35 groupes de scientifiques basés dans 80 organisations à travers le monde [The New York Times]. Contrairement au dogme, les gènes fonctionnent dans des réseaux complexes, interactifs et superposés, phénomène que les scienfiques ne comprennent pas toujours. Cette reconnaissance des scientifiques remet fondamentalement en question la possibilité de brevetage des gènes qui présume une certaine stabilité et un réductionisme des fonctions des gènes [Nature].

    http://blogues.greenpeace.ca/2007/07/10/193/

    22 Jul 2007 à 1:49 am

  6. Timothée

    Un gène = une fonction me semble un peu éculé. Le fait que les gènes fonctionnent en réseau n’est pas exactement une nouveauté de la biologie, d’ailleurs.

    22 Jul 2007 à 9:42 pm

  7. Absolument ! Le problème est que le système gouvernemental d’autorisation des OGM (spécialement en amérique du nord) est largement basé sur cette vue réductonniste des gènes, ce qui permet de les autoriser rapidement sans avoir à se préoccuper trop de la complexité. Notre académie des sciences au Canada (la Société royale du Canada) a fait un très bon rapport sur le sujet en 2001 (voir: http://blogues.greenpeace.ca/2007/07/07/comment-sont-autorises-les-ogm-en-europe/) incluant environ 58 recommandations de précaution au gouvernement canadien qui les ignorent toujours. Bref, le problème n’est pas la science… mais l’utilisation tronquée de la science pour justifier des décisions politiques et des choix économiques. Richard Lewontin at MIT a écrit beaucoup à ce sujet… (je ne sais pas s’il est traduit en français). A+

    22 Jul 2007 à 10:08 pm

  8. Timothée

    Le problème nord américain est assez particulier… Sans enfoncer de portes ouvertes (quoique) ni tomber dans le conspirationnisme, entre le lobbying et l’omniprésence des religieux un peu en froid avec la génétique dans le gouvernement (notamment aux USA), il est facile d’imposer un dogme type 1 gène / 1 fonction (idem que l’ancien dogme 1 gène / 1 protéine…).

    Je ne savais pas que Lewontin avait écrit sur l’utilisation de la science pour justifier des politiques (si je puis me permettre, nous avons écrit un dialogue sur le sujet : http://le-doc.info/2007/03/14/112-preuve-scientifique-et-decision-politique ), mais j’ai lu ses bouquins de génétique, IGA (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/bv.fcgi?rid=iga.TOC) et MGA (http://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/bv.fcgi?rid=mga.TOC) pendant ma licence…

    22 Jul 2007 à 10:15 pm

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