Productivité : Quantité de travail maximum en un temps minimum ?

Posté par Timothée le 15 March 2007 | ,

Etre productif, quand on est étudiant, prend une dimension tout à fait particulière. L’impératif n’est pas simplement de rendre un travail, mais de le rendre dans les temps, complet, précis, et quoiqu’on en dise, meilleur que celui des autres. Productivité, dites-vous ? J’y vois du productivisme, une course à l’efficacité.

Tenir un blog sur son sujet d’études, quand on est étudiant, est probablement la forme de procrastination la plus efficace qui soit. Principalement parce que même en écrivant légèrement « a côté du sujet », on capture de nouvelles informations, on déborde sur des champs parallèles, on accumule des opinions extérieures. Mais voila, ca ne rapporte pas (encore, même si quelques tentatives existent, en droit et en sciences humaines si je me souviens bien) les précieux ECTS.

Pour avoir ces ECTS, il n’y a pas 10000 manières de procéder, il faut travailler, il faut se soumettre aux impératifs du corps enseignant. Travail à rendre pour dans une semaine, sinon 0, sinon la note divisée par deux (pour les enseignants particulièrement altruistes), sinon -1 par jour de retard (il reste quelques hippies humanistes dans les universités, si si je vous jure). A priori, la vie d’un étudiant est assez simple. On a un travail à faire, une deadline à respecter. Oui mais, dans la réalité, tout n’est pas si rose.

D’un côté, il y a les épreuves classiques, prévues de longue date, sans surprise. Après les premiers semestres, on apprend à s’organiser en fonction. De l’autre, il y a… le reste. Des synthèses à écrire, des analyses d’article, une présentation orale à préparer, un compte-rendu de TP à écrire, un petit QCM pour le fun à réviser pour dans deux jours… Dans la majorité de ces cas, la notion de productivité est quand même encadrée. Alors qu’on a tendance à considérer que la productivité est un état d’esprit volontaire, elle est imposée aux étudiants.

Avec, d’ailleurs, de grands moments de solitude, quand on se retrouve sur les coups de 3 heures du matin, avec un compte rendu à remettre dans 6 heures, seul devant l’écran, avec une masse de papiers sur le bureau, derrière l’écran, par terre, sur la chaise, et qu’on fait le point. La biblio n’est d’aucun recours (ou date de 1812), le gel d’agarose est entièrement noir (ou saturé au BET), les résultats du plaque assay sont miteux, toutes les cellules sont mortes, R fait des siennes pour insérer la légende, et plus grave encore, j’ai pas de première phrase potable pour mon intro et la cafetière est en panne (expérience personnelle très récente).

Tout ca fait partie des cas ou la technologie ne nous aide pas beaucoup (à moins d’avoir un super workflow qui automatise la majorité des tâches, ou au moins évite de rendre chronophage l’ajout d’une référence ou la mise en page du document final). Ce qui m’amène à la question : ça veut dire quoi être productif quand on est étudiant ?

La question pourrait se résumer à « rendre le travail dans les temps », mais ce serait tricher, puisque le respect des dates est un impératif absolu. La productivité, c’est plutôt de faire rentrer une quantité maximum de travail dans un délai inextensible. C’est à ce moment qu’interviennent les vrais outils de la productivité. Si les technologies de l’information ne permettent pas de créer des résultats la nuit avant la remise du grand œuvre, elles permettent d’augmenter la probabilité de tomber sur une information intéressante qui fasse un peu avancer la réflexion.

Je divise ça en deux catégories : les outils de veille, et les outils de recherche (en gros, une séparation passif/actif, qui reflète pas mal ma réalité). Et puis, légèrement à côté, ma tendance à jouer le rat de bibliothèque, et à m’enfouir sous une pile de livres.

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D’un côté la veille, qui permet de se tenir informé de ce qui se passe dans le microcosme scientifique. En ce qui me concerne, j’ai deux « modes de veille ». Une veille dirigée, ciblée sur certains termes, grâce au service MyNCBI, qui m’envoie les abstracts par mail tous les soirs. Une veille plus massive et moins fine, par agrégation des flux RSS des principaux journaux qui sont susceptibles de publier des articles qui pourraient m’intéresser (en plus de ceux que j’agrège mais que je n’ai jamais le temps de lire en profondeur, j’ai nommé PNAS et Science). Dans mon cas, des choses comme TREE, Nature Immunology, The Journal of Immunology, … De l’autre côté, la recherche. Que j’utilise en cas de doute sur un concept, si j’ai besoin de préciser un mécanisme, ou si j’ai comme un doute sur ce que je m’apprête à écrire (« ah, mais c’est pas moi, c’est Tartempion et al. »). Pour ca, j’utilise de moins en moins PubMed, et de plus en plus Google Scholar (qui est vraiment bon).

Concernant les livres, il y a une observation qui ne vous aura pas échappé. Ils sont nombreux. Je me suis posé un nombre incalculable de fois, entre deux étagères, ces questions fatidiques… Kuby, Janeway, Paul, ou Revillard ? Darribère ou Gilbert ? Serre ou Suzuki ? Et puis un jour, je me suis rendu compte que la réponse à ma question était sur internet. Je gagnais un temps fou à chercher mes mot-clés dans la base de données Books de PubMed plutôt qu’a éplucher les sommaires des volumes (relativement imposants). Et en plus, Ô joie, les textes de la plupart d’entre eux sont disponibles sur le net, avec accès aux figures. En prenant 5 minutes pour aller trouver un ordinateur avec un accès internet, j’avais économisé 20 minutes de lecture de sommaires et de recherche dans les index.

Il reste quelques cas ou on est obligé de le faire « à l’ancienne », c’est-à-dire quand le livre n’est pas numérisé. Et dans ces cas la, il vaut mieux tomber sur un livre qu’on connaît, parce que ca peut prendre du temps… Surtout qu’on à tendance à devenir une grosse feignasse quand on a tout sur internet.

Bref, l’utilisation des outils que nous fournissent les informaticiens reclus derrière leurs écrans se révèle vite indispensable, quand on y a goûté, et permet d’avancer de manière non négligeable dans le travail. Le but du jeu, encore une fois, c’est que cette partie du travail prenne le moins de temps possible. D’où l’importance de pouvoir trier, de connaître un peu le comportement des outils,… Et ca demande un temps d’adaptation. D’où un dilemme assez fréquent. Je suis en train de rédiger un truc en texte seul (pas d’images, pas de graphiques, imaginez une dissertation en cytologie, voilà, avec un peu plus de texte dedans, c’est bon). La, je lis un article de Phnk sur son workflow avec CiteULike et BibDesk. Première remarque, j’étais en train de traîner sur un blog alors que je devais rendre le truc deux jours plus tard, c’est mal. Je lis son article, et je me dis, ouais, ca pourrait le faire. Je lance le téléchargement d’un kit LaTeX + JabReF overnight, et je me dis…

Je ne me dis rien du tout, si ce n’est qu’avec le temps que je vais passer à apprendre à me servir de tout ça, il me restera deux heures pour lire les deux papiers qui restent (tirés du Journal of Biological Chemistry, qui, vous vous en doutez, fait partie des mes lectures phares, et aborde des sujets qui me passionnent au plus haut point…), isoler leurs hypothèses, analyser leurs résultats contradictoires, les réconcilier, prendre une douche, un café, imprimer le tout, et filer à la fac. Mais j’ai gardé tout ça de côté pour plus tard, et j’ai fini ma brillante argumentation sous Open Office.

Finalement, ca résume ma vision de la productivité (productivisme !) quand on est étudiant. Le rythme de travail est suffisamment haché pour qu’on puisse, entre deux travaux, se concentrer sur la maîtrise de nouveaux outils, qui serviront un jour. Ou alors, on peut aussi passer sa journée à lire des blogs. Ou à écrire dedans. Ou les deux…

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5 réponses pour le moment

5 réponses à “Productivité : Quantité de travail maximum en un temps minimum ?”

  1. “ma tendance à jouer le rat de bibliothèque” : pas mieux !

    15 Mar 2007 à 10:04 pm

  2. pas crédible, personne va croire que tu peux bosser autant en étant étudiant. La gestion des deadlines, y’a que ca de vrai

    16 Mar 2007 à 4:40 am

  3. Le truc est la. Ca ne représente pas forcément un temps de travail énorme, mais ca permet de le faire tenir en un temps minimum. C’est même plus une question d’organisation que de temps de travail, la plupart du temps. Sauf évidemment quand tout part en sucette, et qu’il faut y passer la nuit.

    En fait, il faut trouver un juste milieu entre les échéances à long terme et celles qui arrivent le plus vite, et donc il faut savoir par ou attaquer. D’ou l’importance de maîtriser les outils de travail.

    16 Mar 2007 à 9:09 am

  4. Cécile

    “plus grave encore, j’ai pas de première phrase potable pour mon intro” Dans ce cas, écris la deuxième phrase. Ou la troisième. Ce n’est pas une blague : j’utilise tous les jours ce truc lorsque je n’arrive pas à commencer à rédiger. Et quand j’ai bien avancé, les premières phrases viennent toutes seules.

    18 Mar 2007 à 7:05 pm

  5. Hey! Mais en voila une idée qu’elle est bonne! J’essaierai ça dans la pratique, mais ça pourrait se réveler utile…

    Merci ^^

    18 Mar 2007 à 8:52 pm

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