Développement durable et Associations

Posté par Timothée le 14 February 2007 | ,

Le développement durable est un concept (et au dela du concept, un mode de fonctionnement) qui donne l’occasion à plusieurs milieux de travailler ensemble à un projet. En permettant de répondre aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs (définition courte de 1987, UNESCO), il demande un travail qui dépasse les clivages habituels (intra- et inter- disciplinaires), et qui est loin d’être naturel. Une des questions intéressantes est la place occupée par les associations (appelons les ONG) dans ce processus.

Le développement durable consiste à s’opposer au modèle de développement actuel, et à transgresser des limites que l’on croit établies. Un scientifique qui sort de son laboratoire pour expliquer comment le développement durable peut s’articuler avec ses observations sur l’environnement transgresse une limite (existante mais très dommageable) entre science et société.

De manière globale, le développement durable se construit au niveau local, pour des raisons liées à la subsidiarité (donner le pouvoir à la plus petite unité compétente). Des mesures sont discutées entre exploitants d’une ressource naturelle (au sens large), des acteurs agissant dans un même environnement (dans un même écosystème), des scientifiques, et des représentant de l’autorité de l’état. La coopération se fait entre des acteurs économiques (les producteurs) et des institutions (état, recherche). Quelle est la place que les associations/ONG peuvent occuper dans ce contexte?

On peut (d’après mes observations) les regrouper en quatre catégories, selon leur comportement vis à vis des partenariats établis, c’est à dire leur donner quatre rôles type[1]

  1. L’information
    Certaines associations prennent le parti de fournir des données aux intervenants du projet de développement durable. Elle mettent en avant leur connaissance de l’environnement, des populations, des ressources, acquise par la pratique. Les données sont récoltées par des personnes motivées par le projet, et désireuses de s’impliquer (puisque volontaires, souvent bénévoles).
  2. La coopération
    Il existe des associations qui prennent part au projet, en s’impliquant au côté des acteurs économiques et institutionnels (en se faisant un avatar de la société?). L’intérêt dans ce cas est réciproque, les associations pouvant profiter des retombées financières du partenariat, et les membres de l’association participant à son avancement.
  3. L’organisation
    Une partie des associations se donnent pour but d’organiser des partenariats locaux autour du développement durable, en réunissant les acteurs, mais aussi en mettant en lumière les avantages pour chacun. Ce type d’implication demande des contacts à plusieurs niveaux, et est souvent retrouvé soit à faible échelle, soit pour de très grandes ONG.
  4. Le déni
    Le quatrième comportement type, qui n’est pas forcément minoritaire mais semble assez peu productif et rationnel, consiste pour une ONG à refuser toute assimilation dans un partenariat. Les associations qui pratiquent ce type de comportement sont souvent de taille et de visibilité importantes, et se manifestent médiatiquement par des actions de lobbying et de boycott.

Bien évidemment, le développement durable étant né dans une logique de transgression des frontières, ces comportements ne sont pas tous mutuellement exclusifs. D’un point de vue fonctionnel, les associations et ONG peuvent être vues de deux manières différentes. Soit comme un vecteur d’information et de sensibilisation (en apportant des données, dans le cas 1, en faisant des opérations coup de poing dans le cas 4, ou encore en permettant une interface science/société), soit comme un acteur à part entière du partenariat (en étant fédérateur comme en 3 ou actif comme en 2).

On peut se poser des questions sur l’utilité réelle des associations refusant le partenariat. Le concept de développement durable reposant sur l’intégration (des connaissances et des informations, entre autres choses), leur action semble plus contre-productive que les autres. Tout au plus permettent elles la prise de conscience, en provoquant une médiatisation (pas toujours positive) du développement durable et de ses enjeux.

Notes

[1] qui ne sont que, et ne resteront jamais que, mes observations. Sentez vous libre de réagir par rapport à ca, toute idée est bonne à prendre

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4 réponses pour le moment

4 réponses à “Développement durable et Associations”

  1. cécile

    Bonjour,

    Dominobet

    Le développement durable se joue en partie au niveau local, mais pas seulement. Par exemple, une législation permettant de mieux intégrer les coûts environnementaux dans les coûts d’un produit est en phase avec le DD. Pourtant, c’est une action nationale, voire supranationale. Et si certains acteurs sont convaincus de l’intérêt du DD, d’autres doivent être convaincus, parfois par la médiatisation. Et le rôle de pression de certaines ONG est alors très important. Un responsable de l’Ademe m’a raconté que lors de discussions sur le protocole de Kyoto il y a quelques années, Greenpeace était dehors pendant toutes les négociations et scandait “don’t give up”. Il paraît que ça a un effet non négligeable sur les négociateurs. C’est comme pour tout autre sujet : la négociation est indispensable, mais n’est rien sans une certaine force. La médiatisation et l’opinion publique sont l’une de ces forces.

    15 Feb 2007 à 11:39 am

  2. (presque) tout à fait d’accord, tant que les dérives sont empêchées. Je ne suis pas persuadé que ce soit le cas à l’heure actuelle…

    15 Feb 2007 à 7:59 pm

  3. cécile

    Empêcher toutes dérives des ONG, c’est aussi illusoire qu’imaginer une thèse sans problème ;-) Simplement, je pense qu’elles font plus de bien que de mal (les ONG, pas les thèses). Je ne pense pas que sans elles, on aurait la même législation environnementale.

    15 Feb 2007 à 9:15 pm

  4. C’est vrai, c’est probablement vrai. La situation est assez hétérogène au niveau international, en plus. Le comportement des ONG canadiennes n’est pas, et de loin, celui des ONG hexagonales (d’ou mon idée un peu illusoire de regrouper des tendances générales).

    Ceci dit, je suis tout à fait convaincu de leur action bénéfique, mais je pense qu’elles sont plus rentables au niveau local (même si elles sont des associations, et pas des ONG du type de l’UICN, qui est un autre monde).

    15 Feb 2007 à 10:58 pm

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