Expérimentation animale : faire le point

Posté par Timothée le 5 February 2007 |

Ces derniers jours, l’activité de ce blog a tourné essentiellement autour d’un sujet extrêmement important: l’expérimentation animale. Les polémiques soulevées par ce sujet proviennent souvent d’un manque d’informations, ou de la diffusion massive d’informations tronquées ou déformées. Je me livre ici à un récapitulatif des informations les plus importantes à prendre en considération pour avoir une approche globale du sujet. Les liens renvoient vers des articles plus détaillés.

L’expérimentation animale : pourquoi?

L’expérimentation animale est omniprésente en biologie des organismes, ou elle a été associée à la majorité des avancées fondamentales. En effet, c’est plus de deux tiers des prix Nobel en Médecine et Physiologie qui y ont eu recours. Bien avant, des chercheurs comme Pasteur, Jenner, et même Gallien, l’ont utilisée. A l’heure actuelle, un tiers des animaux utilisés au cours d’expériences le sont par le domaine public, et 2/3 par le privé.

Les animaux sont utilisés pour valider le service médical rendu d’un nouveau médicament, en plus de vérifier son innocuité. L’expérimentation animale permet de valider et de valoriser les résultats obtenus le plus souvent in vitro, in cellulo, ou ex vivo, et de vérifier que le passage à un système complexe ne fait pas émerger de nouvelles propriétés. Les modèles animaux utilisés sont choisis en fonction de ce que l’on veut tester. Ils sont connus et maitrisés, et le passage de l’animal à l’homme est très fortement prévisible.

Un autre champ d’application de l’expérimentation animale est l’étude de l’animal lui même, hors de la recherche biomédicale. Dans ce cas, il est difficile de se passer de son sujet d’étude.

Il existe des cas dans lesquels l’expérimentation animale est tout à fait injustifiée. Notamment, la cosmétologie. Si le SMR est nul, que l’on cherche uniquement des améliorations non-vitales, les animaux n’ont pas à en payer le prix. La nature même des tests pratiqués fait qu’ils sont transposables à l’homme, ce qui est éthiquement justifiable, moralement souhaitable, et demandé par la société civile.

Pourquoi pas autre chose?

Dans un monde idéal, les méthodes alternatives seraient en mesure de remplacer l’utilisation des animaux. Ce n’est pas le cas, et ce ne le sera très probablement jamais. Parce que les méthodes alternatives ont des limites intrinsèques, en plus du fait qu’elles ne soient pas prêtes à l’heure actuelle, qu’il faut connaitre pour comprendre leurs limites. Même un développement très fort de ces méthodes, qui est en train de se produire en ce moment même, traduisant un impulsion vieille de plusieurs années, ne résoudra pas tous les problèmes.

Concernant la méthode in silico, penser qu’elle peut tout prédire à partir de l’ensemble des données fait d’elle un démon de Laplace. Or, aucun système in silico n’a pu, à ce jour et malgré la multiplication des tentatives, prédire les phénomènes d’émergence. L’émergence d’un phénomène est le fait de le voir surgir d’un système complexe, ici l’organisme d’un animal. En biologie, ce qui sera ne dépend pas que de ce qui a été, ce qui est un tout n’est pas la somme de ses sous-parties.

Cependant, le travail sur les sous-ensembles d’un organisme est intéressant et prometteur. Les cellules souches embryonnaires, en ce qu’elles nous permettent de guider leur développement, permettent de reproduire des situations pathologiques. Ces situations sont étudiables au niveau cellulaire, éventuellement au niveau d’un groupe de cellules.

Modèle d'un intestin utilisant des chambres de co-culture.En biologie, la structure et la fonction sont intimement liées. Il est intéressant de reproduire les structures cellulaires qui s’assemblent pour former un organe. On dispose de bons modèles, grâce aux progrès du tissue engineering, notamment. A titre d’exemple, un modèle fréquemment utilisé pour modéliser certains comportements d’un intestin est présenté ci-contre. Le tissue engineering a des limites aussi. Il ne permet pas de reproduire les phénomènes modifiant la biodisponibilité (passage de barrière biologiques, transports, modifications), et ne permet de reconstituer (aisément) que des structures de petite taille. Il est loin d’être utilisable et productif en neurosciences, par exemple.

Les chiffres

Les chiffres concernant l’expérimentation animale sont nombreux, et les différentes interprétations qui en ont été faites sont très souvent discutables. Le portail Europa tient à disposition un rapport tri-annuel intitulé [...] statistiques concernant le nombre d’animaux utilisés à des fins expérimentales [...], disponible en ligne, gratuitement, et dans son intégralité. Depuis 10 ans, il confirme une tendance indiscutable. On fait moins d’expérimentation animale, dans moins de centres, mais on la fait mieux. A la fois en terme scientifiques et en terme de traitement des animaux.

L’évolution la plus visible concerne les rongeurs, qui ont vu (en France) leur nombre diminuer de près de 5.000.000 en 1984 à environ 2.000.000 en 2004. Ils restent les animaux les plus utilisés. De plus en plus d’animaux utilisés pour produire du matériel in vivo (350000 au total) sont utilisés pour créer des méthodes alternatives (environ un tiers).

Dans les prochaines années, suite au lancement du programme REACH, le nombre d’animaux va augmenter sensiblement (un des modèles possibles est présenté ici). Selon toute vraisemblance, il retournera a son niveau actuel de 2.200.000 animaux par an en France dès la fin de ce programme. REACH induit un autre effet difficilement quantifiable : il va donner un nouvel élan aux méthodes alternatives (§1).

Aspects éthiques et législatifs

Il est difficile de résumer les aspects éthiques d’un problème aussi vaste. Je ne puis que vous recommander la lecture du billet que j’avais écrit sur le sujet.

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7 réponses pour le moment

7 réponses à “Expérimentation animale : faire le point”

  1. SMR ? (5e paragraphe)

    05 Feb 2007 à 1:19 pm

  2. SMR : Service Médical Rendu (logiquement il est sous forme d’acronyme, ca apparait bien chez moi)

    05 Feb 2007 à 1:57 pm

  3. Oups, merci…

    05 Feb 2007 à 3:46 pm

  4. Aucun problème (pour te montrer toute ma bonne volonté, j’ai même remplacé CGB par commission du génie biomoléculaire dans mon dernier article :) )

    05 Feb 2007 à 5:38 pm

  5. Bravo pour cette série de billets, synthétisant de façon dépassionnée et objective l’état de ces expériences en France!

    05 Feb 2007 à 10:22 pm

  6. Demesure

    Oui, idem que Seven. Grand BRAVO pour vos billets argumentés. Un radeau de rationnalité salutaire dans cet océan de pseudo-science dès qu’on aborde les domaines de la bioéthique et de l’environnement. Continuez !

    10 Feb 2007 à 11:18 am

  7. Merci beaucoup!

    Je compte bien continuer (c’est aussi enrichissant pour moi, en fait, de me pencher sur des domaines qui ne sont pas forcément ceux que je côtoie au quotidien), même si je vais avoir un peu moins de temps dans les mois à venir…

    10 Feb 2007 à 11:47 am

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