Expérimentation animale : de nouveaux chiffres

Posté par Timothée le 1 February 2007 | , , , ,

Lors du colloque organisé par le GIRCOR, Bernard Andrieu (Ministère de la Recherche) et Vera Rogiers (ECOPA) ont présenté des chiffres récents en matière d’expérimentation animale. Ces chiffres remettent en question plusieurs affirmation avancées par les associations anti.

Au niveau européen, une enquête est effectuée tous les trois ans (statistiques concernant le nombre d’animaux utilisés à des fins expérimentales, disponible sur le portail Europa) pour réunir les chiffres de l’expérimentation animale dans les états membres. L’évolution des chiffres confirme certaines hypothèses que j’avais émises (ou non) dans mon dernier billet sur le sujet.

Part de l'expérimentation animale dans l'utilisation globale des animauxReplaçons l’expérimentation animale dans un cadre plus global. Il existe une statistique qui ne change pas depuis 1990 : la part de l’expérimentation animale dans l’utilisation des animaux est au maximum égale à 0.02%. A ce point que sur le diagramme ci contre, elle n’est pas visible à ce niveau de grossissement.

Alors même que l’utilisation des animaux en France a diminué de 50% en 10 ans, l’efficacité de la recherche a été multipliée par deux. Statistique qui me laisse perplexe, puisque les indicateurs retenus pour juger de l’efficacité de la recherche n’ont pas été précisés, et qu’il est difficile de déterminer si un lien de cause à effet existe. Il est probable que l’augmentation de l’efficacité des méthodes explique que moins d’animaux soient nécessaires, en même temps qu’un durcissement de la règlementation et des contrôles. On fait moins d’expérimentation animale, mais elle est mieux encadrée et plus fiable.

Aries Personality

Il existe une autre statistique qui va dans ce sens : l’évolution du nombre de laboratoires impliqués dans des recherches utilisant les animaux. De 1200 structures en 1990, on en compte aujourd’hui 434. 331 sont des organismes publics (CNRS, INRA, INSERM, CEA, …), et 103 sont privés. La répartition de l’utilisation des animaux entre le public et le privé n’est pas la même. 1/3 seulement des animaux sont utilisés dans le cadre de recherches publiques, et 2/3 dans le privé. Ce qui est en opposition flagrante avec le mythe que le public utilise beaucoup plus d’animaux. La tendance est au regroupement des structures, donc des expériences.

Des chiffres intéressants ont été donnés quant à l’utilisation des animaux. 21% le sont dans le cadre d’études en biologie fondamentale, 28% en Recherche et Développement. 33% le sont pendant des contrôles de qualité, et 3% pour l’enseignement. La cosmétologie représente 1 animal pour mille, dans le pire des cas (même si la profonde inutilité du sacrifice de cet animal pour mille fait consensus, et que l’expérimentation des cosmétiques sur l’homme est tout à fait justifiable). Sur l’ensemble des animaux dénombrés, 25000 sont des animaux transgéniques.

Il faut remarquer que les statistiques ne prennent pas en compte les animaux destinés à la production de matériel pour l’expérimentation in vitro. On en dénombre 350000, dont 100000 sont utilisés pour le développement de méthodes alternatives à l’expérimentation animale (ce qui est loin d’être paradoxal). Les 250000 animaux restants sont destinés à la recherche fondamentale.

Plus généralement, on assiste en France depuis environ 1999 à une stagnation du nombre d’animaux utilisés, aux alentours de 2200000. Comme je l’avais mentionné dans un billet précédent, cet effectif semble correspondre à un seuil incompressible d’animaux, en l’état du développement actuel des méthodes alternatives. Ceci dit, les estimations s’accordent pour dire que ces statistiques vont augmenter avec le lancement du programme REACH. Comme je l’ai expliqué dans mon dernier billet, 80% des animaux utilisés pendant ce programme le seront avant 2013. Le point que j’ai représenté pour cette date est une estimation rapide de ma part, établie en considérant que (i) le seuil atteint aujourd’hui est un minimum et ne diminuera pas tant que des méthodes substitutives ne seront pas mises en place et validées et (ii) la charge entrainée par REACH jusqu’à 2013 sera sensiblement la même pour l’ensemble des états membres. Il sera à comparer avec les statistiques fournies au cours du temps (l’évolution entre 2008 et 2013 ne sera probablement pas linéaire).

Que dire de la tendance globale? Il semble acquis que le nombre d’animaux utilisés pour les recherches stagne à cette valeur faute de méthodes substitutives validées. Cependant, l’arrivée du programme REACH va considérablement changer la donne, en introduisant une charge supplémentaire. Il est plus que probable que les statistiques augmentent fortement pendant la toute première période du programme (c’est à dire immédiatement après 2008), et redescendent à des valeurs plus raisonnables par la suite.

Plus que jamais, il convient d’encourager la création de méthodes alternatives, pour contrebalancer le prix supplémentaire que paieront pendant cette période les animaux pour notre sécurité.

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5 réponses pour le moment

5 réponses à “Expérimentation animale : de nouveaux chiffres”

  1. Intéressant, merci pour cette synthèse

    01 Feb 2007 à 4:16 pm

  2. yves

    bonjour !

    j’ai essayé de trouver les statistiques en question sur le site de l’Union européenne que tu indiques, mais je dois être manche, parce que je n’arrive pas à tomber dessus ; peux-tu m’envoyer le lien direct, stp ?

    merci !

    yves (y.bon(@)free.fr) (parenthèses pour éviter les collecteurs pour spams)

    07 Feb 2007 à 11:23 am

  3. Bonjour,

    Les rapports sont disponibles sur http://www.europa.eu, en cherchant les documents intitulés statistiques concernant le nombre d’animaux utilisés à des fins expérimentales. Les rapports sont lourds (environ 200 pages pour chaque rapport tri annuel)

    Ces chiffres ont été présentés par Bernard Andrieu, du ministère de la recherche (issus de plusieurs documents de travail) et Vera Rogiers (pour ceux qui concernent le projet REACH, je ne sais pas si ils sont disponibles en ligne).

    07 Feb 2007 à 11:51 am

  4. yves

    Merci beaucoup !!!

    mais j’ai fait cette recherche, exactement comme tu dis, et n’aboutis à rien !

    désolé…

    y

    07 Feb 2007 à 12:17 pm

  5. Le rapport de 2003, en pdf (179 pages). Les principales infos (au niveau européen) sont résumées dans les 40 premières pages, le reste est une liste des statistiques par état membre.

    Page web du rapport.

    Le registre de documents de la commission est accessible ici mais a quelques difficultés techniques.

    Bonne lecture!

    07 Feb 2007 à 3:03 pm

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