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Avons nous peur de la science?

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La question n’est pas innocente. Les réactions de défiance à l’égard de la science sont de plus en plus violentes. Qu’est-ce qui peut conduire quelqu’un a rejeter ce qui peut, à terme, améliorer les conditions de vie de l’humanité entière?

Des informations, désinformations

Pourquoi ça marche?

Le principe d’un média est de fournir de l’information. En matière de sciences, on ne peut que s’étonner de l’étrange sélection a priori qui semble opérer. Certes, traiter d’un sujet scientifique est souvent fastidieux, rarement gratifiant. On a rarement l’occasion d’en faire un spectacle. A moins bien sûr de provoquer cette occasion.

Et plus la science avance, plus on se rapproche des prédictions les plus étranges auxquelles on puisse penser (je ne sais plus qui disait que tout ce qui est imaginable existe en biologie, mais c’est a peu près vrai) se réalisent, plus on peut utiliser le sujet, le politiser, l’idéologiser, le transformer, et le sortir de son contexte. Ces sorties de contexte sont facilitées par un certain nombre de facteurs :

  • quel que soit le sujet, on peut, sans trop chercher, trouver deux dogmes opposés et à peu près antinomiques
    • comme un corolaire, on trouvera toujours quelqu’un de qualifié pour défendre une position particulière
  • avec le jargonnage adapté, on peut rendre n’importe quoi menaçant
    • tout argument peut-être réinterprété, en s’appuyant sur le fait que plus on traite d’un domaine poussé, plus le nombre de personnes ayant des connaissances dans le domaine est réduit
      • a titre d’exemple, un sujet sur la drosophile d’un niveau correct sera soumis au jugement de tous les étudiants en biologie de la planète
      • un sujet un peu plus ardu sera réservé à la communauté des drosophilistes, à peu près 10000 personnes au niveau mondial
      • la drosophile est un sujet dans lequel la plupart des biologistes ont de bonnes bases… ce n’est pas le cas de tous les sujets

Effectivement, il est très facile de transformer un sujet avec des implications éthiques en problème de sécurité publique. C’est, certes, du racolage, mais c’est pourtant une réalité. Je ne reviendrais pas sur le fait que la peur booste la consommation, puisque je ne suis clairement pas sociologue, mais je suis malgré tout intimement persuadé que ce n’est pas faux. Ne serait-ce que parce que posséder a un aspect rassurant.

L’amour du risque

Le plus important, c’est que la peur fait de l’audience. Rappelons que notre société, qui a éliminé les rites initiatiques, nous place dans un cocon protecteur. Nous sommes protégés par des règles communes, fixant pour nous ce qui est risqué, et par conséquent interdit. Mais ce danger nous attire [...][1]. Ce gout (morbide) pour le danger, Freud déjà l’avait pressenti[2]. Alors pourquoi les médias se priveraient-ils, eux qui tirent leurs revenus de l’attention que nous leur prêtons?

Après tout, il n’ont qu’a créer du risque, et les yeux et oreilles attentives viendront d’eux mêmes. Avez vous remarqué comme la science a une image beaucoup plus placide quand on la rencontre au détour d’une page de Nature qu’entre deux reportages sur TF1? Lire Science ou PNAS ne m’a jamais rendu paranoïaque[3]. Parce que dans une grande majorité, les faits seuls ne font pas peur. Les faits permettent de tirer des conclusions, de se faire une idée, d’envisager des modèles, de servir de support[4]. Mais les interprétations qu’on peut en faire n’ont de limite que notre interprétation.

Prenons l’exemple de mon dernier billet sérieux, sur le traitement des maladies génétiques par transplantation[5]. Imaginez le nombre d’interprétations tordues qu’on peut en faire! Avec des mots comme xénotransplantation, si on ne prépare par un minimum le terrain scientifique[6], avouez qu’il y a de quoi déclencher des psychoses!

Dubito ergo dubito, de toute façon je te crois pas

Comme le faisait remarquer Enro[7], instaurer le doute est aussi une arme très puissante pour rendre la science plus accessible sans trop se fatiguer. En fait, le résultat est plutôt une décrédibilisation de l’ensemble du corps scientifique. Cette méfiance est basée sur une réaction plus instinctive: ils pourraient aussi bien nous mentir. C’est vrai.

C’est vrai, et d’ailleurs, avec un peu d’application, face à des non-spécialistes du sujet, rien n’est plus facile (je l’ai déjà fait ici, par exemple). Il est facile de maintenir les gens dans cette illusion, cette pensée que la communauté scientifique toute entière joue aux apprentis sorciers, sans se soucier du fait que l’ensemble de l’humanité puisse être détruite, un peu version film américain. En mettant l’accent[8] sur certains points choisis, provoquer une violente réaction de peur n’est pas difficile. D’ailleurs, Matthieu en a parlé à propos des nanotechnologies (ici et la), et des OGM (ici).

En introduisant des biais dans le débat, il est facile de faire de la science un outil d’aliénation, qu’elle n’a évidemment pas vocation a être. Et a tout argument, il suffit de rétorquer oui mais, qu’est-ce qui nous dit que c’est vrai? Trop facile, mais tellement efficace…

De manière intéressante[9], on notera que les politicien(ne)s ne sont pas les derniers à se servir de la peur et de l’incompréhension. Puisque nous en sommes à parler d’OGM, rappelons que Ségolène Royal les refuse, et établit des liens plus que douteux entre eux et le cancer du sein, et que Nicolas Sarkozy les acceptait[10] en 2004, mais se demande a quoi ils peuvent bien servir à l’approche des élections.

Comme le dit si latinement le logo de la Fac’ des Sciences de l’université de Brno, la science est le pouvoir. Même la science récupérée, et ca, les politiciens l’ont compris. Pour jouer sur les mots, disons que potentia doit pouvoir être traduit en potentiel… Et qu’il n’y a pas de potentiel sans tension, comme ils disent…

Scientia Dominus vobiscum

Autre fléau, autre danger

La science et les églises n’ont jamais été très bonnes amies[11], c’est le moins que l’on puise dire. On peut se demander pourquoi. Qu’est-ce qui gène l’église[12] dans la science?

Je tenterai bien une réponse un peu acide : comment une institution qui survit depuis des milliers d’années en aliénant des milliards de conscience pourrait-elle se comporter autrement face à l’ensemble des disciplines qui prônent la liberté de l’esprit?

Plus sérieusement, la réponse est à mon avis grandement expliquée une fois qu’on comprend ce qui oppose le dogme à la science. Le dogme, c’est considérer que tout est acquis, et qu’on ne remet rien en question. En biologie, plutôt que dogme, on emploie paradigme. Mais je vous rassure tout de suite, je connais des rats de labo aussi fanatiques que des grenouilles de bénitier. La science, c’est se poser des questions[13]. C’est remettre des choses en question[14]

La science a remis en cause le géocentrisme, puis le créationnisme. Nous avons gagné sur le géocentrisme (a coup de calculs imbitables, probablement!). Pour imposer la théorie évolutive, c’est beaucoup plus difficile. Et ca ne tourne pas en faveur de la science, bien au contraire. D’ailleurs, les perspectives de carrière au laboratoire d’évolution de l’université du Kansas sont assez faibles en ce moment[15].

De manière générale, les églises ont tenté de museler tout ce qui s’oppose à leur dictature spirituelle; bien entendu, elles ont amplifié les quelques découvertes qui allaient dans leur sens. Parce que ce qui incite les gens a réfléchir sur leurs dogmes, et en souligne les faiblesses, affaiblit leur pouvoir. Et que manifestement, ce n’est pas tolérable.

Notons aussi que certaines personnalités de l’église utilisent bien volontiers la peur engendrée par les médias sur certains sujets chauds pour faire son buzz[16]. J’ai du mal a croire ce qu’un de mes anciens copromotionnaires de l’UEVE m’a dit l’autre jour : qu’il avait caché le nom du directeur de son laboratoire d’accueil (qui est Marc Pechanski, de l‘IStem) pour ne pas subir les foudres de sa famille. Vraiment, au XXI° siècle, dans la nation des lumières, vous ne voyez pas comme un problème?

Les maux de la fin

Ah, qu’ils sont nombreux, ceux qui blessent la science. De ceux qui la récupèrent à ceux qui la renient, tous pour servir des intêrets égoïstes, il ne faut pas s’étonner que les filières scientifiques aient aussi peu la cote.

Je n’ai, bien entendu, pas fait le tour de toutes les récupérations (certaines sont bien plus odieuses), de toutes les déformations, de tous les coups fourrés. Il faudrait un livre pour ça.

Ceux qui prennent la défense de la science, aujourd’hui, sont bien moins nombreux que ses détracteurs. Espérons simplement que ceux qui l’aiment libre sachent se faire entendre.

Notes

[1] David LeBreton, Conduites à risque, PUF, 2241843042002

[2] la vie s’appauvrit, elle pert en intêret dès l’instant ou l’on ne risque pas ce qui en force l’enjeu suprême, c’est à dire la vie elle-même, ref. inconnue

[3] pour le reste… je ne regarde pas TF1. Ni le reste d’ailleurs, ou alors très peu

[4] ou alors, les papiers ne sont faits que pour être publiés, et personne ne les regarde jamais… a vérifier!

[5] en tout cas sur le fait que ce soit, éventuellement un jour peut-être, faisable

[6] c’est à dire si on ne prend pas le temps nécessaire pour reposer quelques concepts

[7] sa capacité de veille informationnelle me surprend toujours

[8] les anglophones parlent de stress, ce qui est encore plus approprié

[9] et sans surprise

[10] ou plus subtilement, refusait de s’y opposer

[11] je ne m’étendrai pas sur les grands scientifiques religieux, il serait extrêmement malhonnête de dire qu’il n’y en a pas eu, mais ils ne sont pas dans mon propos

[12] toute église, je veux dire. Une église lambda prise parmi une masse d’autres églises

[13] je pourrais illustrer ça par une phrase de Rostand, au hasard, mais je n’ai pas envie de passer 10 minutes à choisir la plus appropriée

[14] j’aime (sincèrement) beaucoup lire des articles ou la première figure est une vérification du postulat de départ… est-ce pour se rassurer, ou pour montrer au lecteur qu’on a quand même douté?

[15] la théorie de l’évolution n’est plus enseignée dans cet état, ce qui est à mon sens le pire scandale scientifique de ces dernières années

[16] oui, je pense au Téléthon, évidemment

Ecrit par Timothée

18 déc 06 à 7:31

10 réponses à la note 'Avons nous peur de la science?'

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  1. J’ai un peu de mal à te suivre lorsque tu parles de la position des églises vis-à-vis de la science. D’abord, parce que leurs positions sont très hétérogènes : l’autorité catholique a reconnu la vérité de l’évolution, en particulier humaine, ce qui est blasphème pour un pentecôtiste.

    Ensuite, il y a cette affaire de téléthon ; je ne l’ai pas suivi de près, mais il me semble que la déclaration qui a mis le feu aux poudres provenaient de quelques évêques français, pas du pape. Si? Ensuite, on peut être obscurantiste religieux comme esprit scientifique éclairé, beaucoup de gens se rejoignent sur le fait que tuer, c’est mal. Et indépendamment de toute considération religieuse, on peut être gêné aux entournures lorsqu’il s’agit d’avortement, de tri des embryons, d’interruption médicale ou volontaire de grossesse, de DPI… De ce point de vue, les hommes d’église ont été parfaitement cohérents avec leur conception de la vie (à savoir, qu’elle est sacrée et commence à la conception). Pour ma part, j’ignorais que des associations supposées financer la recherche contre telle maladie finançait des DPI. Pour ce qui est du buzz, la faute en est toujours aux médias ; la position d’origine a toujours été exprimée.

    Enfin, dire que les religions imposent une “dictature spirituelle” est un peu excessif ; ce n’est pas la science qui nous met sur le chemin de la spiritualité, c’est notre conscience propre, théiste ou non; Très franchement, je peux m’accomoder d’une dictature spirituelle qui se résume à “aimez-vous les uns les autres”, et dont les ministres furent Gregor Mendel, Pierre Teilhard de Chardin, sans compter tous les croyants et scientifiques. Darwin lui-même a étudié la théologie, et n’a vécu sa crise de scepticisme qu’à la mort de sa fille!

    Bref, l’amalgame religion = obscurantisme religieux me paraît un peu obsolète et… obscurantiste. C’est mon avis et je le respecte ;-)

    Benjamin

    18 déc 06 à 7:59

  2. J’ai un peu de mal à te suivre lorsque tu parles de la position des églises vis-à-vis de la science. D’abord, parce que leurs positions sont très hétérogènes : l’autorité catholique a reconnu la vérité de l’évolution, en particulier humaine, ce qui est blasphème pour un pentecôtiste.

    La position reconnue par l’église est celle de la micro-évolution : il y a évolution au sein des espèces, mais ca ne doit pas aller plus loin. Je trouve ça hypocrite.

    D’autre part, comment expliquer qu’elle reconnaisse cette théorie, mais continue à militer pour imposer le créationnisme dans le même temps?

    Ensuite, il y a cette affaire de téléthon ; je ne l’ai pas suivi de près, mais il me semble que la déclaration qui a mis le feu aux poudres provenaient de quelques évêques français, pas du pape. Si?

    Oui, mais ils n’en étaient pas à leur coup d’essai en matière de bioéthique. De manière générale, arrêter de sur représenter les religieux (par rapport à leur proportion globale dans la population) dans les comités consultatifs d’éthique remettrait peut-être les choses en place.

    Ensuite, on peut être obscurantiste religieux comme esprit scientifique éclairé, beaucoup de gens se rejoignent sur le fait que tuer, c’est mal.

    Oui, mais je ne parlais que des religieux qui refusent toute forme de science en opposition avec la doctrine. Et ils sont nombreux.

    Quand je vois des gens me dire qu’ils ne comprennent pas que je puisse soutenir la théorie de l’évolution, alors qu’elle est en désaccord avec les écritures, j’ai du mal a comprendre.

    Et indépendamment de toute considération religieuse, on peut être gêné aux entournures lorsqu’il s’agit d’avortement, de tri des embryons, d’interruption médicale ou volontaire de grossesse, de DPI…

    Je suis tout à fait d’accord avec toi, et je ne suis pas, moi même, à l’aise sur ce genre de débats. Je ne parle pas des aspects techniques, mais des applications potentielles. Ce que je déplore, c’est que certaines catégories de personnes tentent de forger une mythologie de ce genre de sujets, et s’en servent pour effrayer les gens, ou les faire culpabiliser.

    De ce point de vue, les hommes d’église ont été parfaitement cohérents avec leur conception de la vie (à savoir, qu’elle est sacrée et commence à la conception).

    D’ailleurs, avoir un dialogue sur l’éthique avec un croyant éclairé est un réel plaisir. Et un plaisir rare.

    Pour ce qui est du buzz, la faute en est toujours aux médias ; la position d’origine a toujours été exprimée.

    Je t’aurais volontiers accordé ce point si le texte de l’évêque de je ne sais plus ou était sorti à un moment lambda de l’année. Mais la, il est sorti exactement au bon moment pour que la polémique soit à son maximum juste au lancement du téléthon. Les médias s’en sont emparé, et l’église ne s’en est pas plainte. Au contraire.

    Enfin, dire que les religions imposent une “dictature spirituelle” est un peu excessif ; ce n’est pas la science qui nous met sur le chemin de la spiritualité, c’est notre conscience propre, théiste ou non;

    A mon avis, toute forme de spiritualité qui éduque les enfants dans la peur du châtiment (et c’est ce que fait le catéchisme), et qui maintient les adultes dans cette peur du jugement dernier, est une dictature spirituelle. Indépendamment du message véhiculé.

    Et agir selon notre conscience propre, c’est nous réserver notre libre arbitre, pas le remettre en cause au profit d’idées issues de livres datant d’il y a 2000 ans et plus.

    Très franchement, je peux m’accommoder d’une dictature spirituelle qui se résume à “aimez-vous les uns les autres”, et dont les ministres furent Gregor Mendel, Pierre Teilhard de Chardin, sans compter tous les croyants et scientifiques.

    Mais moi aussi!

    Notons juste à ce propos, que le message de la bible n’est pas exactement aimez vous les uns les autres, quelques passages du premier testament sont plutôt durs.

    Et pour aller plus loin, ce message a été, et est toujours, défendu par les babos, qui sont beaucoup plus ouverts que la majorité des religieux de ma connaissance.

    Mais ce message d’amour (qui est tellement évident qu’il ne devrait pas avoir besoin de religion pour le véhiculer, mais passons) possède des à côtés, dérangeants, qui trouvent leurs racines dans, notamment, l’obscurantisme.

    D’autant plus que contrairement à la religion, la science n’impose pas de mode de pensée. Certes, certains dogmes sont tenaces, mais quand les preuves sont apportées, ils finissent pas tomber. On peut évoluer dans sa pensée, sans être limité par un cadre.

    Bref, l’amalgame religion = obscurantisme religieux me paraît un peu obsolète et… obscurantiste. C’est mon avis et je le respecte ;-)

    Je confesse que j’ai un peu stigmatisé certains comportements. Ceci dit, mon impression générale est que les franges dures de toutes les églises reprennent de l’importance, et sont prêtes à gêner, de toutes les manières possibles, ce qui est contraire à leur doctrine.

    Quand j’étais encore lycéen, l’évêque d’Evry avait été interrogé par quelques camarades à moi, pour avoir son avis sur le clonage et les cellules souches. Il avait tenu des propos relativement progressistes. En opposition avec certaines de ses sorties récentes à propos du Téléthon. Étrangement, les religions asiatiques (dont je me sens beaucoup plus proche, dans la mesure ou elles s’apparentent plus à des philosophies de vie qu’à des dogmes coercitifs) sont nettement plus progressistes. Je n’ai jamais compris pourquoi. Le fait qu’elles soient beaucoup moins anthropocentristes doit jouer.

    Le Doc'

    18 déc 06 à 8:26

  3. Mmmm… Toi qui cites souvent Jean Rostand, je suis surpris de ne pas te voir adopter une attitude plus humble ou ouverte. Si la science est présente dans les médias, c’est bien parce qu’elle s’impose dans nos vies. Santé, énergie, agriculture, je pense que tu n’y trouveras rien à redire… Ensuite, la manière dont elle est traitée traduit un mouvement profond qu’il ne faut pas, à mon sens et je l’ai compris en me mettant à la sociologie des sciences, nier en le mettant sur le compte de la “peur” et de la désinformation. D’abord parce qu’il n’y a pas de “on” (comme tu l’emploies souvent) qui désinforme, qui crée la peur, etc. : c’est le corps social dans son ensemble qui est à la source et à la réception de ces discours — un peu comme un phénomène émergent. Ni les médias ni les politiciens ne créent, ils traduisent souvent des aspirations et des préoccupations plus profondes (ou superficielles d’ailleurs !). Et à la réflexion, oui, la science d’aujourd’hui n’est plus la même qu’il y a un siècle (voire un demi-siècle). Et la société non plus (voir la notion de “société du risque” développée par Ulrich Beck)… Il faut en prendre son parti et tenter, dans ces conditions et avec la société, de faire la meilleure science possible. Et si cela oblige à un dialogue permanent avec la société, au fond tant mieux, c’est ce que cherchaient Rostand, Gould et les autres quand ils prenaient leur plume pour raconter la science aussi bien que pour l’engager dans le débat.

    Dès lors, il ne faut pas fustiger la “mauvaise science” des médias, parce qu’il n’y a pas forcément de “bonne science” ailleurs. Ou ton billet sur les transplantations serait-il de la “bonne science” uniquement parce que tu en écartes les enjeux sociaux et éthiques ? Ces mêmes enjeux qui font précisément l’intérêt de la prouesse scientifique !! Car oui, les scientifiques aussi participent du mouvement de la société… Dans leurs labos, et en tant que citoyens qu’ils sont aussi… Donc nous sommes tous dans le même bateau, et il n’y a pas les scientifiques vs. le reste du monde ! Et sans doute qu’un peu d’esprit critique de part et d’autres, mais surtout d’une part, contribuerait à mettre de l’huile dans les rouages…

    P.S. Je rédige ce commentaire tard, ne m’en veuillez pas si la réflexion est parfois décousue et le propos rapide. C’est plus une remarque “à chaud” qu’une construction argumentée, mais je pense qu’elle a le mérite de montrer une position différente…

    Enro

    19 déc 06 à 12:20

  4. Moui… Je ne suis pas convaincu par certains points… Que le corps social soit la réception des discours fait consensus, je pense. Mais la source? Je ne suis pas sûr qu’on puisse s’avancer aussi rapidement sur ce point.

    Autant le développement de nouveaux médias a permis au corps social de s’impliquer dans certains domaines, autant la science sur ce point est à la traine. Pour le moment, espérons.

    Le principal problème de la science telle qu’elle est traitée actuellement, c’est qu’elle ne fait pas débat. Une grande partie des médias utilisent la science comme un moyen de faire de l’audience, et les vraies informations dans le domaine sont rares. Certes plus on avance, plus les relations entre science et société sont intimes. Pour autant, faut-il l’instrumentaliser?

    Si les médias ne créent pas de peurs, j’ai malgré tout l’impression qu’ils les utilisent largement, et parfois les amplifient. Je suis tout à fait pour un débat global, mais pas un débat biaisé.

    En ce qui concerne la mauvaise et la bonne science, il me semble qu’il vaudrait mieux avoir moins de science spectacle et plus d’information scientifique, quitte à perdre un peu d’audience. Je pense que la vision de la science communiquée par les médias est à la base de pas mal de préjugés la concernant. Le manque d’information n’a jamais aidé à devenir un citoyen éclairé, il me semble.

    Et si il est vrai que les scientifiques participent à la société, leur rôle dans le débat est encore trop marginal.

    Petit PS : je n’ai pas parlé des implications éthiques de mon dernier billet, parce que je n’avais pas le temps de le faire. Il y en a énormément, évidemment, qui nécessitent toutes un éclairage bien plus important que celui que je peux matériellement leur donner en ce moment.

    Le Doc'

    19 déc 06 à 7:50

  5. Bon, si l’on se restreint à la question de l‘information scientifique, les pratiques des médias mainstream (je pense à particulier à la presse) ne me paraissent à la réflexion pas abusives. Si je suis le premier à brocarder l’imprécision voire les erreurs de certains de leurs articles scientifiques, il faut reconnaître que leur rôle n’est pas de faire de l’information scientifique. Ils abordent les questions à problème dans tous les domaines (politique, économie, diplomatie, santé etc.), il serait difficile de procéder différemment pour la science. D’où les articles récurrents sur les OGM, les cellules souches etc. Du coup, le rôle d’information scientifique en tant que “veille, actualité et didactique des sciences” reviendrait à l’Education nationale pour ce qui est de la formation initiale et des autres sources d’information pour la “formation continue” (dont les blogs, cf. ton billet “Vers une science citoyenne, ou pas“, mais aussi les revues scientifiques de vulgarisation voire quelques émissions télé). Et le rôle de “mise en culture de la science” reviendrait aux Centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI), Muséums, etc.

    P.S. J’apprécie ton commentaire flatteur sur ma capacité de veille, vu que c’est plus ou moins mon métier, ça fait toujours plaisir… ;-)

    Enro

    19 déc 06 à 4:02

  6. Bon, si l’on se restreint à la question de l‘information scientifique, les pratiques des médias mainstream (je pense à particulier à la presse) ne me paraissent à la réflexion pas abusives. Si je suis le premier à brocarder l’imprécision voire les erreurs de certains de leurs articles scientifiques, il faut reconnaître que leur rôle n’est pas de faire de l’information scientifique. Ils abordent les questions à problème dans tous les domaines (politique, économie, diplomatie, santé etc.), il serait difficile de procéder différemment pour la science. D’où les articles récurrents sur les OGM, les cellules souches etc. Du coup, le rôle d’information scientifique en tant que “veille, actualité et didactique des sciences” reviendrait à l’Education nationale pour ce qui est de la formation initiale et des autres sources d’information pour la “formation continue” (dont les blogs, cf. ton billet “Vers une science citoyenne, ou pas“, mais aussi les revues scientifiques de vulgarisation voire quelques émissions télé). Et le rôle de “mise en culture de la science” reviendrait aux Centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI), Muséums etc.

    P.S. J’apprécie ta remarque flatteuse sur ma capacité de veille, vu que c’est plus ou moins mon métier, cela fait toujours plaisir ;-)

    Enro

    19 déc 06 à 4:06

  7. Bon, si l’on se restreint à la question de l‘information scientifique, les pratiques des médias mainstream (je pense à particulier à la presse) ne me paraissent à la réflexion pas abusives. Si je suis le premier à brocarder l’imprécision voire les erreurs de certains de leurs articles scientifiques, il faut reconnaître que leur rôle n’est pas de faire de l’information scientifique. Ils abordent les questions à problème dans tous les domaines (politique, économie, diplomatie, santé etc.), il serait difficile de procéder différemment pour la science. D’où les articles récurrents sur les OGM, les cellules souches etc. Du coup, le rôle d’information scientifique en tant que “veille, actualité et didactique des sciences” reviendrait à l’Education nationale pour ce qui est de la formation initiale et des autres sources d’information pour la “formation continue” (dont les blogs, cf. ton billet “Vers une science citoyenne, ou pas“, mais aussi les revues scientifiques de vulgarisation voire quelques émissions télé). Et le rôle de “mise en culture de la science” reviendrait aux Centres de culture scientifique, technique et industrielle (CCSTI), Muséums etc.

    P.S. J’apprécie ta remarque flatteuse sur ma capacité de veille, vu que c’est plus ou moins mon métier, cela fait toujours plaisir ;-)

    Enro

    19 déc 06 à 4:07

  8. Un excellent billet !

    Matthieu

    20 déc 06 à 2:54

  9. les chrétiens aiment la science et le progrès il ne faut pas rester bloqué sur l’ancien testament là aussi il y a eu du progrès tout comme la science

    ZINA

    16 jan 07 à 2:51

  10. Certes il y a eu des progrès. Mais il ne faut pas se voiler la face, le fondamentalisme est en train de progresser. Et, pour faire miens les mots de Comte-Sponville, je dirais que la spiritualité est une chose trop importante pour qu’on laisse les fondamentalistes la confisquer. Par nature je ne suis pas pro-religieux, et j’ai beaucoup de mal à accepter qu’on refuse (et qu’on bafoue) le travail des scientifiques pour ne pas déranger ses propres croyances.

    Le Doc'

    16 jan 07 à 2:59

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