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Jean, Albert, revenez, ils sont devenus fous!

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Tout n’est pas toujours rose. En l’occurrence, la conférence de ce matin, a priori fort intéressante, s’est révélée être une grande déception, et une perte de temps non négligeable… D’un autre côté, ca a été très instructif quant à la nécessité d’appliquer le doute cartésien le plus impersonnel à toute information.

Est entré dans la salle un maître de conférence (DR au CNRS, comme il nous a été précisé d’entrée) gesticulant et se démenant pour que nous daignons prêter à son cours (troisième de la journée) une oreille attentive. Effectivement, le sujet était intéressant, pluridisciplinaire, d’actualité, sujet à polémique. Bref, un sujet sur mesure pour redynamiser une salle au potentiel un peu affaibli par les heures précédentes, et par la faim qui s’installait.

Au programme, entre autres choses, il était question de biochimie. Non que le sujet m’intéresse particulièrement, mais le contexte dans lequel on en parlait[1] m’a poussé a me motiver un minimum. J’ai tout de suite été séduit par le ton pédagogue, la volonté de ne pas laisser de points obscurs… Mon ravissement a peu duré.

Comment, pour une fois, je m’intéresse à la biochimie…

Au bout de 5 minutes, le sentiment global de la salle était il nous prend pour des demeurés[2]. Etant plein de bonne volonté, j’ai continué a suivre le fil du cours, jusqu’à ce que mon oreille capte le doux nom : Anfinsen.

Anfinsen, Christian B. de son prénom, biochimiste américain des années 60-90, et prix nobel de chimie en 72[3] (et non en 64 comme il nous a été annoncé ce matin, mais les dates ne sont pas importantes). Prix Nobel pour quoi? Pour son travail sur la ribonucléase, spécialement en ce qui concerne la connexion entre la séquence d’acides aminés et la conformation biologiquement active.

En clair, ce qu’Anfinsen a dit, c’est toute l’information de la structure spatiale d’une protéine est contenue dans sa séquence d’acides aminés. En acceptant ce postulat, il faut admettre l’existence d’un nouveau code, en plus du code génétique, qui concerne le passage séquence d’acides aminés/protéine active. Pourquoi pas. Mais ce qui est certain, c’est que postulat date des années 60, et qu’Anfinsen lui-même a reconnu qu’il avait des limites. En effet, ce à quoi on se réfère maintenant comme étant le dogme d’Anfinsen, n’est que partiellement vrai. Et n’importe quel étudiant le sait.

Mais apparemment, le fait que ce soit inexact ne méritait pas d’être mentionné[4] (facteur aggravant, on parlait de protéines chaperonnes, c’est à dire d’un des éléments qui nous permettent de dire que ce dogme n’est pas exact). Bref, je commençais déja a passer en mode sceptique, attendant le meilleur moment de la séance. Puisqu’il a bien fallu, un moment ou un autre, expliquer pourquoi les protéines se mettaient en forme.

Et la, de on ne l’explique pas encore en on manque de preuves, en passant par si il fallait que la protéine explore toutes les possibilités, ca prendrait des milliards d’années, mes voyants se sont mis au rouge. Et peu de temps après, avant même que je n’ai eu le temps de m’en rendre compte, j’ai entendu ll phrase du jour.

Je ne sais pas si vous savez, mais depuis quelques temps aux états-unis, poussée par les religieux, il y a une nouvelle théorie qui apparait, on appelle ca l’intelligent design, c’est à dire que…

Je n’ai pas écouté la fin de la phrase. Bien sur il y a eu les habituels bon mais moi je suis scientifique je n’écarte aucune possibilité, et puis finalement, un subtil on pourrait effectivement y voir une forme d’intelligence. Bref, il n’y croit pas, bien sûr, après tout c’est un scientifique, mais quand même, il fait remarquer a ses étudiants que c’est pas si con, et que ca explique pas mal de choses. Pour expliquer, c’est vrai que ca explique…

J’en profite pour ajouter un nom au premier prénom du titre de cet article : Rostand. Le même qui disait que À certains chercheurs trop confiants en leur doctrine, on serait tenté de dire: possible, après tout, que vous teniez la vérité, mais de grâce, oubliez-le un peu tandis que vous cherchez le vrai… [5].

Comment on aide Darwin à relâcher la pression…

Autant le dire tout de suite, ce que je viens de vous raconter concerne les 30 premières minutes. On en est arrivé, par la suite, à des questions évolutives. Ayant une grande estime de ses étudiants, il a commencé par nous demander si [nous connaissions] la théorie de l’évolution[6]. Devant le silence ahuri (à raison) de la salle, il a donc entrepris de nous ré-expliquer Darwin, en attaquant bien sur par deux mots : hasard et nécessité… Ah Monod, mon pauvre Jacques, toi qu’on traite de biologiste bourgeois, voila qu’on t’attribue la théorie de Darwin…

Et voila, pendant un petit quart d’heure, comment nous avons subi une description de l’évolution comme étant uniquement le fruit de la dynamique passive… Si tu mutes, eh, tant mieux, parce qu’après si tu bouges, bah ca va p’tet’ben t’servir a quequ’chose… Pas un mot sur les pressions (d’ou le titre minable de cette partie, d’ailleurs) de sélection. Après tout, c’est pas comme si c’était important…

Tout ça pour quoi? Pour que je garde une chose à l’esprit : le fait de douter me permet d’éviter la majorité de ces pièges, de ces approximations, et de ces théories faciles… Mais combien de fois n’ai-je pas douté suffisamment, combien de fois ai-je pris comme parole d’évangile ce qui n’était qu’une extrapolation? Après tout, peu d’hommes sont dignes de ne croire en rien[7]

Tout ca parce que si je n’avais pas utilisé mon esprit critique aujourd’hui, et que je m’étais dit si il le dit, ca doit être vrai, j’aurais perdu ma journée… et un certain nombre de journées à venir.

J’en profite donc pour attribuer au deuxième prénom de ma liste son nom de famille : Einstein, celui la même qui disait que rien n’est plus proche du vrai que le faux. Alors ouvrons l’oeil…

Notes

[1] non, je ne dirais rien du sujet de ce cours qui ne soit strictement nécessaire à la compréhension du reste

[2] a titre d’exemple, en décrivant un promoteur, c’est de l’ADN, pas de la protéine, hein!

[3] la moitié du prix pour lui, un quart pour Moore et un autre pour Stein

[4] pour être tout à fait honnête, il en a touché un mot rapidement dans les 5 dernières minutes…

[5] j’ai longuement hésité sur la phrase à utiliser, étant donné que plusieurs me sont revenues sur le coup… et notamment la très appropriée Rien, c’est trop peu; Dieu, ce serait trop

[6] laquelle, ai-je failli demander, mais je n’étais déja plus d’humeur à jouer…

[7] si quelqu’un à le nom de la personne qui a dit ca…

Ecrit par Timothée

21 nov 06 à 8:07

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