La blogosphère croît de manière exponentielle, avec une ouverture de blog toutes les secondes environ. Nous avons à disposition un formidable outil de partage de connaissances, d’idées et de reflexions, capable de se positionner la ou les revues de vulgarisation ne sont pas, et de toucher un large public. Mais, faute de visibilité, cet outil n’est-il pas sous exploité?
On peut trouver des blogs sur (a peu de choses près) tout ce qu’il est humainement possible d’imaginer. Passons sur les blogs politiques (à croire que c’est devenu l’outil premier de la communication et du débat d’idées dans ce secteur), qui représentent une vaste majorité de la blogulation[1]. Nous avons devant nous un moyen formidable (litt. grand à faire peur!) de mettre a disposition de tous des informations que peu peuvent se procurer.
Il est évident que j’ai une idée tout à fait précise derrière la tête en disant ça, mais tout d’abord passons aux constats.
Les constats
- En parlant avec toutes sortes de gens, d’horizons différents, je me suis rendu compte que
- la vision de la science , et en particulier de la biologie (ne nous plaignons pas, nous sommes quand même plus souvent au coeur de l’actualité que les physiciens ou les matheux), qui semble prédominer, est à peu près celle de la magie noire : c’est ésotérique, ca ne concerne que les initiés, et c’est potentiellement dangereux
- Une grande majorité de personnes avec qui j’ai discuté m’ont avoué que cette impression était renforcée par les médias classiques[2]
- tout concept, même profondément obscur, peut être vulgarisé, et réexpliqué sans jargon[3]. Notons ce genre d’intiatives, bénéfiques au plus haut point.
- la curiosité envers la science est très forte, piquée (il faut le dire) par une information souvent incomplète et superficielle, ou alors déconnectée des tenants et aboutissants du sujet.
- la vision de la science , et en particulier de la biologie (ne nous plaignons pas, nous sommes quand même plus souvent au coeur de l’actualité que les physiciens ou les matheux), qui semble prédominer, est à peu près celle de la magie noire : c’est ésotérique, ca ne concerne que les initiés, et c’est potentiellement dangereux
- En demandant à ces gens comment ils se sentaient informés, la réponse la plus fréquente a été
très mal
, tendancepas du tout
.- le ressenti global est que les médias utilisent l’information pour faire du sensationnel
- soit en jouant sur les peurs des gens (OGM, clonage, nucléaire)
- soit en transformant le débat vers un débat politique (réchauffement climatique[4], pêche)
- peu des personnes avec qui j’ai parlé se sont senties tenues au courant des avancées de la recherche
- la plupart avaient eu
des échos
, ouavaient lu un truc dessus quelque part
- en revanche, toutes ont manifesté une réelle envie de savoir ce qui se passait
- la plupart avaient eu
- en abordant le sujet des revues de vulgarisation, j’ai eu droit a deux types de réactions
- soit
ils disent toujours la même chose
(On pense à la même?) - soit
c’est pas franchement attrayant
: rien n’est fait pour rendre la science « attractive»
- soit
- le ressenti global est que les médias utilisent l’information pour faire du sensationnel
- Vous aurez compris mon troisième point : une majorité de gens sont donc
- favorables à l’ouverture sur une information scientifique
qui les concerne
(le fonctionnement de la chaîne respiratoire mitochondriale, ca devient vite lassant) - dans le doute quant aux endroits ou aller piocher l’information
- prêts à lire des documents de vulgarisation[5], ou à aller chercher de l’information
- mais ne savent pas ou aller la piocher
- favorables à l’ouverture sur une information scientifique
Mes interrogations
A un moment, on a loupé un truc quelque part
J’ai l’impression que la rupture entre science et citoyenneté (c’est à dire entre le scientifique et l’homme de la polis[6]) est consommée. Non qu’il existe un manque d’interet, me suis-je dit en premier lieu. Alors qu’en fait… qui se soucie de rendre accessible à d’autres personnes (que les spécialistes du sujet, ou tout au moins les personnes ayant une formation suffisante pour en faire l’interpretation) des résultats scientifiques?
On pense aux journaux de vulgarisation
(au hasard, Sc&Vie, Sc&Avenir, La Recherche, Pour la Science, etc). Ils ne sont pas (j’en reparle après) une réponse adaptée. Tout d’abord parce que le support journal est en perte de vitesse[7] dans un monde ou le média s’informatise.
Je ne cherche pas a jeter la pierre à qui que ce soit. Mais force est de reconnaître que la vulgarisation est un domaine ou, en France, nous avons des lacunes particulièrement importantes. Alors même qu’il y a une vraie demande, qu’attendons nous?
Pourquoi l’échec de la vulgarisation
Ca ne doit pas être facile tout les jours d’être une revue de vulgarisation. D’un côté il faut garder un certain niveau, sans quoi tout le monde va rire dans votre dos. Mais de l’autre, il faut se mettre à la portée d’un maximum de personnes. A l’heure actuelle, et quand je regarde les ressources en la matière dont nous disposons en France, j’ai l’impression que l’accent est mis sur le maintien du niveau
. Avec, comme conséquence normale
, une baisse d’intêret des lecteurs[8].
Non que les gens se désinteressent de la science en tant que telle, comme je l’ai deja mentionné, mais ils ne semblent pas trouver de réponse à leurs interrogation qui leur corresponde. La distance mise entre la publication et le lecteur est encore trop grande pour que certains franchissent le pas. Le support papier, comme je l’ai introduit précedemment, est une distance supplémentaire. Pour me rendre compte de l’étendue des degats
, j’ai fait un petit tour sur les sites webs de quelques revues prises au hasard
[9].
Science et Vie (lien)
Le must en la matière[10] : la seule chose que l’on puisse faire depuis le site, c’est lire les sommaires et acheter les numéros.
Science et Avenir (lien)
Regroupe les pages Science de l’Obs, et le sommaire de Science et Avenir.
Un site assez peu clair, mais qui a le mérite de laisser un accès complet à pas mal d’articles d’actualité (en fait ceux qui paraissent aussi dans l’Obs). Petit plus pour les curieux, des liens sont proposés, en rapport plus ou moins étroit avec le sujet.
En revanche, sur le site du magazine Science et Avenir propremment dit, lire un article = payer un abonnement. Certes, on est bien loin des tarifs pratiqués par les revues scientifiques, mais ca peut freiner certaines ardeurs.
La Recherche (lien)
Un site au contenu alléchant, mais encore une fois, la connaissance a un prix. Il faut payer un abonnement pour accéder aux archives. Dommage, les articles sont en général intéressants.
Pour la Science (lien)
Edition française de Scientific American (cf. juste après)
Ah, PlS et ses couvertures affreuses, toute une histoire. A mon sens, PlS est le seul vrai magazine de vulgarisation scientifique français qui soit accessible. C’est aussi le seul a proposer des articles en texte intégral. je trouve dommage que les sujets traités ne soient pas toujours à la hauteur, ou alors pas toujours dans le coup
.
Ceci étant dit, ca reste un bon magazine de vulgarisation…
Scientific American (lien)
Mon petit préferé, en anglais dans le texte.
Il est en général assez à la pointe de la recherche, un bon nombre d’articles sont dispos en ligne, et de manière générale, ca se laisse lire (la preuve, j’ai réussi à lire des articles de paléontologie sans m’endormir dessus). SciAm possède aussi des VidéoNews, en gros des PostCasts, ce qui le rend relativement attractif.
Pourquoi ce passage sur SciAm, alors que je parlais de la situation en France? Tout simplement parce que la différence de qualité (en terme d’accessibilité du contenu) est assez flagrante quand on traverse l’Atlantique (ou la Manche, selon l’humeur). La France a un gros retard à rattraper, et j’ai bien l’impression qu’il ne viendra pas des revues de vulgarisation.
Vers une Science Citoyenne?
Comme on m’en a fait (a très juste titre) la remarque l’autre jour, la Science et le raisonnement sur l’éthique, la morale, la philosophie, n’auraient pas du être séparés. Il n’est avantageux pour personne que le monde de la recherche soit cloisonné, et que l’information passe aussi mal.
Tout d’abord, parce que quand la recherche est menacée, l’opinion publique a du mal à comprendre les enjeux réels (un discours qui revient souvent est mais de toute façon ils ne trouvent jamais rien, alors pourquoi on paye?
). D’autre part, parce que rammener la science dans le débat est nécessaire. Il faut, selon la formule d’Enro, une science ouverte et des citoyens eclairés
. Ne serait-ce que parce que la science ne se fait pas toute seule : elle avance parce que des passionnés la font avancer, que des vocations se créent, et qu’il y a un interet existant quelque part.
Faire disparaitre l’information scientifique ne risque t’il pas de diminuer le nombre de ces vocations? Et je vous en prie, ne me parlez pas des programmes de lycée! Ce n’est pas le programme de Terminale qui m’a fait aimer la biologie (en revanche, la prof y est pour beaucoup, et je ne la remercierai jamais assez).
L’objectif que je m’étais fixé en ouvrant ce blog était tout simple, et je m’en rend compte aujourd’hui, un peu naïf. Ouvrir mon petit monde
de biologiste à un maximum de personnes. En voyant le nombre de visites, ainsi que les commentaires enthousiastes sur Agoravox, je pensais avoir pari gagné. Oui mais un jour je me suis posé la question : qui lit mon blog?
Petit tableau récapitulatif, en fonction du plus gros nombre de visites par emplacement réseau…
- Entre 1 et 10 : Une université
- Entre 11 et 20 : Une autre université
- Entre 21 et 30
- Une université, une ENS
- Un centre national de recherche, un labo, un rectorat
- Entre 31 et 40 : Une université, et un Institut de recherche américain
- etc etc
Qui regarde le plus mes pages?
- Entre 1 et 10
- Un institut de
pilotage
américain - 3 universités
- Un institut de
- Entre 11 et 20
- 2 universités
- 1 Institut de recherche
Le premier fournisseur d’accès internet n’est classé que 8° dans la liste!
J’ignore si le phénomène est généralisé. Mais pourquoi est-ce que j’ai l’impression que la biobloglosphère (ou est-ce généralisé à l’ensemble des sciences dures?), vit completement repliée sur elle-même? Est-ce simplement… parce que c’est vrai?
Trouver une alternative
Ne nous enflammons pas, je n’ai pas trouvé de solution miracle pour rendre la science visible à tous. Les quelques bloggueurs que je lis régulièrement (Enro, BlogoScience, Matthieu, phnk, et ceux que j’oublie …) font tous un travail de qualité (meilleur que le mien, si on me demande), et sont tous pleins de bonne volonté. Mais voila, contrairement à ce qui se passe en politique, la blogosphère scientifique n’intéresse personne, si ce n’est elle même.
Dommage, nous aurions tant à échanger…
Notes
[1] néologisme de mon seul fait, contraction de blog et de population
[2] journaux, télé, radio
[3] le petit langage des spécialistes entre eux… Profondément amusant si on connaît, irritant sinon
[4] sur un sujet un peu annexe, découvert ce matin, le blog de Christian Gaudin, rapporteur de l’OPECST, sur les missions de recherche en milieu polaire
[5] question à 1000€ : comment vulgariseriez vous cellules de Sertoli
?
[6] le non-scientifique, donc, sans visée péjorative aucune
[7] phénomène qui s’est étendu a tous les domaines. Les trois quarts des papiers récents que je lis sont téléchargés et imprimés bien avant que le numéro papier n’arrive
[8] pour avoir arrondi mes difficiles fins de mois d’étudiant en bossant au rayon « sciences et enseignements supérieur» d’une grande librairie, j’ai pu de visu constater ce phénomène
[9] tout, même le hasard, est relatif
[10] je confesse la complète partialité de mon analyse fac à ce magazine, qui provoque chez moi des réactions assez épidermiques…












Plutôt que de parler de « perte de vitesse» du support journal, voici des chiffres qui étayent précisément ta démonstration (chiffres OJD) :
Billet très intéressant par ailleurs…
Merci pour les chiffres, j’ai essayé de les trouver mais je n’avais pas la source…
Effectivement Sc&Av a un comportement différent des autres…
Je me demande toujours pourquoi (alors que le phénomène s’étend sur 3 ans) les journaux en question ne réagissent pas…
Soit ils se reposent sur un lectorat (abonnés depuis longtemps, collèges/lycées/…), soit ils ne cherchent plus à étendre leurs ventes, ce qui est dommage étant donné le rôle qu’ils pourraient jouer…
Blogs : Vers une Science Citoyenne, ou pas…
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Je pense que la perte de vitesse de la vulgarisation scientifique en France n’est pas reellement un probleme mais peut etre le debut de la solution. De meme, je pense que la perte d’influence des medias traditionnels est peut etre aussi une bonne chose. Je m’explique : il est extremement rare que les medias traditionnels (surtout televison et quotidiens, moins les periodiques) presentent une information scientifique correcte (jugee par moi comme telle dans les domaines que je connais bien). Mais on peut faire la meme constatation pour les informations dans les domaines que nous connaissons de pres (socio-professionnels) et qui n’exigent pas de bagages scientifiques et qui sont frequemment fausses (simplifications abusives, abord ideologique etc..)
La vulgarisation scientifique en France, outre le fait de diffuser des informations qui sont des simplifications dangereuses et fausses, a une facheuse tendance a reproduire le mode de pensee dominant en France « d’autorite scientifique» qui n’est rien d’autre que la negation de la demarche scientifique. Il serait bien plus fecond, a la fois pour la societe et pour la science francaise que le public soit informe du fonctionnement de la demarche scientifique, et qu’il puisse lui meme se faire une opinion face aux problemes de societe. En effet pour un probleme de societe particulier, il est rare qu’une reponse soit apportee grace a une connaissance scientifique superficielle, et il n’y a pratiquement jamais de reponse qui releve d’un seul domaine scientifique.
Le developpement d’Internet permet de se faire une opinion sur les problemes de societe en permettant a chacun d’aller chercher la connaissance au plus pres de ses besoins, s’obligeant a faire preuve d’un esprit critique. C’est a mon avis bien plus proche d’une vraie demarche scientifique que la lecture d’Axel Kahn ou des freres Bogdanoff.
Murphy > J’aurais tendance à être d’accord avec toi (et aussi pour le clin d’œil à A. Kahn !!).
Le Doc > Je pense que les revues de vulgarisation essayent de réagir (La Recherche a récemment changé de maquette, de format et a introduit une nouvelle rubrique « Dernières parutions» ). Mais peut-être que le format lui-même (ce « sens unique» que stigmatise Murphy) atteint ses limites à l’âge moderne, lorsque l’information demande à être plus immédiate, plus interactive, plus engagée aussi… C’est d’autant plus flagrant que le XIXe siècle était l’âge d’or des revues de vulgarisation scientifique, il y en avait à la pelle !
Finalement, le Doc ne voit peut-être qu’une partie du tableau quand il parle des blogs car le Web en entier devient une source importante d’information scientifique — ou, plus exactement, une source vers laquelle se tournent préférentiellement les profanes pour obtenir des informations ponctuelles d’ordre scientifiques, surtout lorsque celle-ci est liée à des controverses de société ; l’information qu’il y trouve étant celle… qui est mise à sa disposition !!
Un billet intéressant chez Bora Zivkovic (en anglais).
De mon point de vue, une solution commence à émerger… wikipedia. Qu’on soit d’accord ou pas, je pense que wikipedia est une « bonne» solution au problème de vulgarisation (je m’explique).
Sur wikipedia, n’importe qui peut faire une page, les scientifiques, les non-scientifiques, … Ainsi, si on veut faire connaître ses résultats, le domaine dans lequel on travail, …, c’est possible. On peut très bien le faire en restant précis ET « vulgaire» . D’une part, les spécialistes ont accès à l’info et peuvent la corriger, faire des commentaires, … Les non-professionnels aussi, ce qui permet de rester au centre du problème, précis mais simple.
Le paradoxe, c’est que beaucoup de chercheurs s’en servent (elle permet d’être réellement pluridisciplinaire), mais personne n’ose citer wikipedia (et c’est même pénalisant de le faire). Pourquoi, parce que l’ancyclopedie peut changer… (m’est avis que les informations qui sont dedans restent, elles sont juste corrigées, mais bon, c’est un autre problème).
Par contre, je ne pense pas qu’internet aiguise l’esprit critique. J’en veux pour preuve les chaines de mails que je recoit régulièrement de ma famille et autres au sujet de tels chatons dans des bocaux, telle fille violée par 40-12 mâles, … Toutes ces informations fausses, dénoncées sur hoaxbuster.com. C’est pas faute de leur signaler, mais c’est tellement plus facile de croire que de vérifier (peut-être pour ça d’ailleur que les religions continue d’avoir tant d’adeptes !?).
Je ne veux pas doucher l’optimisme, mais je pense qu’un blog n’est pas adapté au problème de vulgarisation. En effet, pour faire de la vulgarisaiton scientifique, il faut avoir de l’information triée, disponible, structurée, … Un blog est fait pour des billets sans vraiment de liens, pas pour un repository d’article de vulgarisation scientifique. C’est pour cela que je pense que wikipedia apporte une bonne solution.
Enfin, je vois aussi un autre problème… l’argent et le droit d’auteur. Tout le monde n’a pas l’envie de faire de la vulgarisation. Pour que les gens en fasse, souvent, il faut les rémunérer pour leurs articles. C’est pour ça entre autre qu’on paye l’abonnement aux magasines. Ceux-ci n’ont donc pas d’intéret à distribuer leurs informations librement, ça fait trop de manque à gagner. De plus, les gens n’apprécient pas toujours que n’importe qui ai accès à leur article, les copies, … librement (ne parlons même pas de les modifier !). Enfin, vu le succès de wikipedia, je pense qu’un site voulant faire de la vulgarisation et devenant populaire risquera vite d’être submergé de publicité… wikipedia ne l’est pas encore, mais qui peut prédire !?
Ton commentaire apporte plusieurs points intéressants…
WikiPedia, effectivement, tout le monde le fait, personne ne le dit, mais dès que quelqu’un fait son , c’est la curée! Outre tes arguments, il y a aussi le fait que Wikipedia manque de prestige.
Il est tout a fait courant que quand quelqu’un s’appuie sur un travail paru dans une grande revue, il le fasse savoir a tout le monde autour. c’est une phrase courante. Alors que les gens ont beaucoup moins tendance a clamer haut et fort le nom d’un journal moins prestigieux… Alors wikipedia…
Le fait qu’internet n’augmente pas l’esprit critique n’a a mon sens rien d’exceptionnel. L’exemple des chaines de mails stupides est un bon exemple, mais ce n’est pas le seul… Disons simplement que je pense que toute info sera considérée comme exacte si elle est amenée avec conviction et autorité.
En ce qui concerne le blog comme outil de vulgarisation, on peut avoir des points de vues extrêmement nuancés sur la question. Chez les anglos-saxons, ce phénomène est beaucoup plus courant, des scientifiques utilisent volontiers le blog comme outil de communication (PostGenomics en est un bon exemple, et il est géré par le Nature Publishing Group, ce qui lui donne une visibilité importante). Après, tout dépend de la notion qu’on se fait de la vulgarisation. Si tu considère que la vulgarisation consiste a amasser au même endroit des connaissances, alors un repository est parfait pour ca, ou même (Ô hérésie en ces temps numériques) un livre (ou alors, un autre, plus accessible)!
Par contre, si comme moi tu considères que la vulgarisation peut se faire en réaction à l’actualité, alors un blog est parfait pour ça. Parce que justement c’est un outil très réactif, et qui offre une bonne interaction… tout en n’ayant pas l’aspect d’un site proposant des documents, ce qui est parfois extrêmement repoussant.
A mon avis, la finalité d’un blog n’est pas de se substituer à un livre, bien au contraire, mais de permettre de rendre visible des sujets qui peuvent susciter un interet, et au final inciter les gens à se diriger vers les bouquins…
Je suis totalement en contradiction avec TboWan et ses propos et tendrais plutôt au contraire à penser que seule la communication par blog peut permettre de réaliser des vrais efforts de vulgarisation (en attendant que la presse papier « vulgarisatrice» améliore son contenu électronique).
Mettons-nous un instant à la place de quelqu’un qui recherche une information assez pointue en terme scientifique sur le web. Je distinguerais trois archétypes d’internautes qui chacun cherchent trois types d’informations différentes :
Je précise bien entendu que les trois archétypes étudiant/ingénieur/chercheur n’ont rien à voir avec la profession ou le niveau effectifs de chacun (chaque profession scientifique fait dans le cadre de son activité tour à tour et selon les circonstances les trois types de recherche).
Selon l’information recherchée, il me paraît évident que la source d’informations sera différente.
Wikipédia correspond-il à celui qui a le profil de l’étudiant ( le curieux, ou le professionnel en train de faire de la veille) ? Seulement en partie. Le contenu de l’encyclopédie en ligne est idéalement comme l’a décrit TboWan mais seulement dans un modèle utopique où tous les acteurs jouent le jeu (rédacteurs et lecteurs/correcteurs éventuels). Or le lectorat peut ne pas jouer son rôle (imaginons un sujet suffisamment pointu pour que le nombre de lecteurs soit faible) de correcteur et le rédacteur peut très bien ne pas jouer le jeu pour diverses raisons : un enjeu industrie (confidentialité), un enjeu politique ou de société (lobbying divers) voire même simplement un parti-pris scientifique, je ne parle même pas du précédent Debates over Wal-Mart qui prouve qu’on peut influer durablement sur le contenu du site.
Wikipédia correspond-il à celui qui a le profil de l’ingénieur ? Dans ce cas précis, on recherche simplement une information « gravée» dans le marbre. Et outre l’incomplétude (temporaire de Wikipedia) l’historique des révisions de l’article est facultatif.
Wikipédia correspond-il à celui qui a le profil du chercheur ? Non, clairement non, puisque Wikipedia a pour vocation initiale de présenter « un point de vue neutre» . Quid des hypothèses ? Quid des théories qui peuvent basculer en un changement de paradigme ?
La « vulgarisation scientifique» recouvre à mon sens les deux domaines de l’étudiant et celui du chercheur à savoir :
Les problèmes des ingénieurs peuvent, quant à eux, être traîtés avec de bons cours on-line.
Et ces deux activités ont pour moi la nécessité :
Hors le blog me semble, par définition même, être l’outil idéal pour éditer sur le net un contenu qui soit à la fois daté et personnel. Reste ensuite, pour obtenir une véritable qualité de vulgarisation à permettre et à faciliter l’accès à la multiplicité de l’information, à créer ou s’approprier un outil ou une méta-structure qui puisse fédérer une véritable communauté de blogueurs vulgarisateurs scientifiques.
Par méta-structure, j’entends une régle qui permette de créer une véritable communauté qui dépasse le cercle de la blog-roll traditionnelle qui est peut-être trop limité. On peut envisager une charte de présentation de l’auteur où il fait le bilan de son background scientifique et des éventuels enjeux extérieurs qui pourraient expliquer sa partialité sur tel ou tel sujet. On peut imaginer que plusieurs blogueurs mettent leurs tag clouds en commun, des systèmes de « gestion de la réputation» de chacun via un vote (même si je pense que ce dispositif aboutirait à des effets de bord hautement néfastes)…
La fin de ton commentaire est intéressante (en fait j’ai lu avidement, par manque de temps, l’ensemble de ton commentaire très pertinent à midi) puisqu’elle est assez facilement réalisable. Le Nature publishing group l’a fait (en partie) en listant les tags clouds et les blogs de scientifiques.
Je suis plus ou moins en contact avec eux, puisqu’ils cherchent à élargir leur systeme à d’autres langues (cad le français). Ceci dit, une solution peut être plus proche de l’esprit blog. Le système de vote est effectivement dangereux, mieux vaut se contenter d’un espace commun ou présenter les backgrounds, et lister les feeds de chaque blog.