Plus de poissons en 2050?

Posté par Timothée le 3 November 2006 |

Ca y est, la nouvelle du jour est tombée (et quelque chose que je nommerai pudiquement mon instinct me fait dire qu’elle va durer un peu plus que quelques jours). D’après le travail d’une équipe (relativement) pluridisciplinaire (à peu près) internationale, paru ce jour dans la très prestigieuse revue Science (voire ici) et repris dans pas mal de médias (voire ici et là aussi), la biodiversité des écosystèmes marins est très fortement menacée. Non que ce soit une nouvelle étonnante, mais cette équipe fournit une estimation : si nous ne changeons rien, les écosystèmes seront détruits dans moins de 50 ans.

L’IFREMER avait émis un rapport (fourni à la fin de l’article) sur l’exploitation du thon rouge(ficheADW), et sur ses implications au niveau écologique. La pierre que l’équipe de Boris Worm apport au fragile édifice de la protection de la biodiversité est beaucoup plus solide[1][2].

D’une part, elle pointe une incohérence du système actuel de gestion de la pêche. D’autre part, parce que la conclusion qu’elle ammène est, je me permet le mot, catastrophique, elle est susceptible de provoquer une prise de conscience massive. Souhaitons le.

Pêcher comme ca? Plus pour longtemps…

Pêcher, c’est attraper du poisson. Pour avoir du poisson, il est nécessaire que les populations se renouvellent, et on sait avec certitude que les quotas de pêche pratiqués à l’heure actuelle ne leur laissent pas cette possibilité. De fait, la sécurité alimentaire globale est menacée par la surexploitation, au dela du problème écologique. Ce n’est pas uniquement pour leur talent de mathématiciens que des économistes ont co-signé cette étude!

Il faut mettre en place une réglementation de la pêche, au niveau international, qui prenne en compte les besoins de l’écosystème. C’est de l’enfoncage de portes ouvertes de dire ça, mais force est de constater que rien (ou presque) n’est fait. On notera le chiffre anoncé par les auteurs : restaurer la biodiversité permet d’augmenter la productivité de 21%. Alors que fermer les yeux sur ce problème conduira avec certitude à la réduire à néant.

Ceux qui tenteraient de critiquer cette étude sur un éventuel manque de données seraient vite décus. Les auteurs ont analysé les données au niveau mondial depuis 1950, y compris dans des zones protégées (rappelons que ces zones représentent toujours moins de 1% des océans, et que la pêche clandestine reste une réalité difficilement mesurable).

Au dela de l’économie, l’écologie…

Vous vous en doutiez bien, je n’allais pas résumer une étude comme ca uniquement par son aspect économique. D’une part parce que je ne mange plus de poissons, d’autre part parce qu’il y a bien plus grave que la disparition des boîtes de thon des linéaires de supermarché. N’importe quelle personne qui a pris la peine de se documenter sur le fonctionnement d’un écosystème sait que la disparition d’une seule espêce est susceptible de détruire l’esemble de l’édifice.

Or, un écosystème perturbé est moins à même de répondre aux différents stress qu’il doit subir (ne citons ni les changements climatiques, ni la pollution, ni le traffic maritime, ce serait vraiment inutile). Et la disparition d’un espèce jouant un rôle clé dans son écosystème peut avoir des conséquences dramatiques. En fouillant la fiche ADW du thon rouge, on se rend compte qu’outre son rôle de prédateur, il est consommé par plusieurs espèces (dont l’homme), et qu’il sert d’hôte à au moins 72 parasites.

D’autre part, et comme le dit Steve Palumbi (University of Stanford), L’océan est un grand recycleur, il absorbe les égoûts et les recycle en substances nutritives, il retire les toxines de l’eau, produit de la nourriture et transforme le dioxyde de carbone en élément de nutrition et en oxygène.

Une lueur d’espoir?

Yet available data suggest that at this point, these trends are still reversible, nous disent les auteurs. En français dans le texte, il faudra retenir que tout n’est pas perdu. Il va sans dire que l’inversion de la tendance passera nécessairement par des changements radicaux, dans les mentalités (diminution de la consommation de poisson) comme dans les politiques. Il est regrettable qu’au niveau européen, des dissensions existent sur les quotas à appliquer[3]. Discuter d’économie quand l’avenir de tout un écosystème est en jeu est une conduite à hauts risques. Espérons que la mer n’en paiera pas les frais.

Impacts of Biodiversity Loss on Ocean Ecosystem Services[4]
Boris Worm et al. (3 November 2006)
Science 314 (5800) 787

Global Loss of Biodiversity Harming Ocean Bounty[5]
Erik Stokstad (3 November 2006)
Science 314 (5800), 745


Addendum: Il s’agit bien évidemment d’un étude de Worm et coll., Stokstad ayant écrit une réaction à cette étude

Notes

[1] sans vouloir minimiser l’importance du remarquable travail de l’IFREMER

[2] elle est d’ailleurs tellement belle cette étude, qu’elle est parue dans Science et que, Oh suprême distinction, L’Express la qualifie de très sérieuse :)

[3] l’espagne n’a pas l’air d’avoir bien integré toutes les données du problème…

[4] accès payant

[5] discussion de l’article, accès payant


Billets similaires

2 réponses pour le moment

2 réponses à “Plus de poissons en 2050?”

  1. Article repris sur Yahoo actualités

    A lire aussi, l’article d’Olivier sur le même sujet.

    06 Nov 2006 à 1:45 pm

  2. [...] détails (il est tard, je n’ai plus de café, et je viens de passer une heure à parler du papier “historique” de Worm au téléphone), la technique mérite qu’on s’y arrête. L’équipe a introduit [...]

    14 Sep 2007 à 11:22 pm

Trackback URI | Comments RSS

Commentez !

Sitemap