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Parce que non, je n'ai rien de mieux à faire au labo.

Les modèles animaux varient-ils au cours du temps?

Avec 7 commentaires (lu 27 fois)

Parlons de choses actuelles, parlons de choses utiles, parlons de choses qui fachent. Parlons d’expérimentation animale. Le modèle animal est souvent critiqué pour son manque de fiabilité. Une question qu’il était intéressant de se poser, est de savoir si, pour un même modèle, il existe des variations entre les labos, ou au cours du temps. J’ai dit était? Oui, puisque nous avons un début de réponse.

Les modèles animaux peuvent-ils varier? Douglas Wahlsten, Alexander Bachmanov, Deborah A. Finn, et John C. Crabbe se sont posés la question. Et en bons scientifiques, ils ont décidé d’y répondre. Et comme leur réponse est intéressante pour l’ensemble de la communauté, elle a été publiée dans PNAS, et placée en accès-libre (comme quoi, tout ne vas pas si mal!). Leur étude, intitulée Stability of inbred mouse strain differences in behavior and brain size between laboratories and across decades[1], représente un travail ambitieux, rondement mené, et est de fait réellement intéressante (de la à dire que ca se lit facilement…).

En s’appuyant sur un constat simple, c’est à dire l’observation (en neurosciences et génétique du développement chez la souris (Mus musculus)) que pour certains phénotypes particuliers, dans des laboratoires différents, les résultats obtenus différaient, les auteurs se sont demandé si ce phénomène n’était pas plus courant qu’on pourrait le croire[2]. L’étude du groupe de Wahlsten est ambitieuse dans la mesure ou des données remontant à 50 ans ont été analysées, et que les analyses ont porté sur les résultats d’une dizaine de laboratoires.

Quels critéres ont été retenus pour mmener cette étude? Le poids du cerveau, le gout pour l’éthanol (alcool), l’activité locomotrice, et le test dit Elevated plus Maze (en fait une mesure du temps passé à l’exploration d’un labirynthe, test originalement créé pour le rat (Ratus norvegicus, mais depuis adapté pour la souris). Ces critères ont l’avantage d’être aisément mesurables, relativement courants, peu subjectifs (notamment pour l’attirance envers l’éthanol ou le poids du cerveau), et donc assez significatifs de la réalité. D’autre part, ces mesures ont été réalisées sur différents modèles murins, entre autres les très célèbres BALB/c et C57/Black6.

Plutôt que de vous encombrer avec des détails techniques, autant aller droit aux résultats. Particulièrement intéressants. Les auteurs distinguent deux grands types de caractères[3] : ceux qui dépendent fortement du milieu, et ce qui n’en dépendent presque pas. Sans surprise, les caractères les plus “psychologiques” (comportementaux, comme les résultats au elevated plus maze) en font partie. Les caractères les plus “physiologiques” (taille du cerveau, notamment), ne varient pas de manière significative entre les laboratoires. Qui plus est à l’intérieur d’un même modèle, les variations sont quasi-nulles.

De manière générale, les résultats obtenus pour la deuxième catégorie, quel que soit le modèle, et quel que soit le temps t de l’étude, sont les mêmes. Il existe cependant des individus particulièrement sensibles aux conditions extérieures, capables de remettre en cause la réplicabilité de l’expérience si l’éxperimentateur utilise un trop petit nombre de modèles (ce qui oterait, en plus, de la puissance statistique à l’étude).

A l’heure actuelle, les auteurs reconnaissent qu’il n’existe pas d’outil statistique pour déterminer si les modèles utilisés vont donner des résultats dépendants du laboratoire ou non. Cependant, ils fournissent de solides pistes de réflexion, et nous devons espérer qu’eux ou d’autres creuseront l’idée.

Stability of inbred mouse strain differences in behavior and brain size between laboratories and across decades
Douglas Wahlsten, Alexander Bachmanov, Deborah A. Finn, and John C. Crabbe
PNAS 2006;103;16364-16369; Téléchargement

Notes

[1] Une traduction acceptable est : Stabilité des différences innées dans le comportement et la taille du cerveau des souris entre les laboratoires et à travers les décennies

[2] Certaines équipes avaient émis l’hypothèse que le comportement est un phénomène trop instable pour qu’on puisse le caractériser par une simple analyse génétique

[3] Lipp et son équipe avaient proposé une classification similaire dans Behavioral Processes en 1995

Ecrit par Timothée

31 oct 06 à 10:40

7 réponses à la note 'Les modèles animaux varient-ils au cours du temps?'

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  1. Les modèles animaux varient-ils au cours du temps?

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  2. A propos d’animaux de laboratoires, il est bien connue que les souches de bactéries et de levures utilisées sont assez différentes des souches sauvages. Par exemple, je sais que pour B. Subtilis, les souches de labo se développent plus tranquilement, deviennent beaucoup plus souvent compétentes (je suis sûr que certains chercheurs essaient d’ailleurs de quantifier tout cela). Autrement dit, il y a eu clairement des sélections artificielles sur les animaux de labo, et j’imagine que c’est le cas pour les souris aussi.

    Tom Roud

    3 nov 06 à 4:08

  3. Le fait que les bactéries de labo soient différentes du modèle sauvage n’est pas étonnant, à la reflexion.

    D’une part parce qu’il existe, effectivement, des sélections artificielles. D’autre part, parce qu’elles vivent dans un milieu totalement "artificiel", dans la mesure ou il ne dépend que de la bonne volonté de l’éxperimentateur.

    Ce que je trouve intéressant dans l’article de Wahlsten, c’est la dimension donnée à l’étude : à la fois sur une longue période de temps, et sur un grand nombre de labos, assez différents.

    La question de la replicabilité (ca existe?) des résultats obtenus sur modèle animal est donc doucement en train d’être résolue…

    Le Doc'

    3 nov 06 à 4:15

  4. Excellent texte.. il ouvre le debat du Darwinisme qui doit etre plus que défendu y compris en France.
    La variation animale est visible sur les générations d’animaux domestiques et on peut réfléchir aussi à ces clones animaux qui sont officiellement passés comme "bien commun" aux USA pour produire une viande d’un certain type. Ces clones n’appauvrissent ils pas indirectement le flot génétique de race que les cultivateurs et éleveurs doivent conserver…

    Sinon j’acquiesce aussi sur le débat bactérien mais par expérience, l’un des éléments vivants que j’ai étudié et qui varie le plus est probablement le virus du SIDA dont j’ai étudié les taux de fixations d’erreurs (de mutation) pendant mon MASTER de virologie à l’Institut Pasteur chez Simon Wain Hobson. Celui ci etait d’avis que les mutations ne servait pas à grand chose pour ce virus et que c’etait son potentiel de réplication qui expliquait tout. Je crois au contraire que la variation est la clef de la physiopathologie du VIH et du SIV.

    Yannick Comenge

    4 nov 06 à 2:51

  5. Je ne sais pas si il faut défendre le Darwinisme. En tant que "rempart" contre le créationnisme des religieux, la question ne se pose pas. Mais peut-être faut-il chercher à dépasser ce modèle, qui n’explique pas tout.

    Ceci dit, préserver la biodiversité, et la diversité tout court du pool génétique, me parait une des priorités les plus … (prioritaires?) …à une époque ou on est de plus en plus attirés par la "marchandisation" du vivant.

    Le Doc'

    4 nov 06 à 6:59

  6. Je ne sais pas si il faut défendre le Darwinisme. En tant que "rempart" contre le créationnisme des religieux, la question ne se pose pas. Mais peut-être faut-il chercher à dépasser ce modèle, qui n’explique pas tout.

    Ceci dit, préserver la biodiversité, et la diversité tout court du pool génétique, me parait une des priorités les plus … (prioritaires?) …à une époque ou on est de plus en plus attirés par la "marchandisation" du vivant.

    Le Doc'

    4 nov 06 à 7:05

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    Atome.
    SAG-Genève

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