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Tous des tricheurs?

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Je suis tombé au hasard d’un TD de communication scientifique sur une étude parue dans la très respectable revue Nature (qui fait partie des trois grandes en bio, avec Science et Cell). Cette étude portait sur trois procédés assez courants (semble t’il) dans le monde de la recherche : falsification, fabrication, plagiat; et plus si affinités…

Scientists behaving badly, litt. Les scientifiques se comportent mal. C’est le titre d’un étude parue dans Nature vol 435 (9 juin 2005), publiée par Brian C. Martinson, Melissa S. Anderson, et Raymond de Vries. Les résultats donnés par cette étude sont assez alarmants. Non seulement les auteurs reviennent sur les “petites exactions classiques” (mundane ‘regular’ misbehaviours, mais communiquent pour la première fois des données empiriques sur des choses plus graves.

Comme le disent les auteurs :

Nos résultats indiquent que les scientifiques américains s’engagent dans une gamme de comportements bien plus importante que la falsification, la fabrication, et le plagiat

A titre d’exemple, quelques-uns des 15 items du test[1] :

  • 15.5% des auteurs reconnaissent avoir modifié la présentation, la méthodologie, ou même les résultats d’un étude après avoir subi des pressions de la part des sources de financement
  • 12.5% reconnaissent avoir laissé passer à la publication des données fausses, ou à l’interprétation discutable
  • 6% reconnaissent avoir refusé de publier des données contredisant des études menées par eux dans une période de moins de trois ans en arrière
  • 1.7% d’entre eux reconnaissent utiliser des informations présentes dans les articles qu’ils reviewent (valident) avant publication, sans autorisation des auteurs
  • 1.4% avouent entretenir avec leurs étudiants, sujets de recherche[2], ou clients, des relations discutables

Qui sont ces chercheurs? L’étude a été menée sur 3247 membres de laboratoires financés par les NIH[3].

Le grand mérite des auteurs est de chercher des causes à ce qu’il convient d’appeler un manque flagrant d’honneteté intellectuelle :

Certaines caractéristiques de l’environnement de travail en science peut avoir des effets inattendus et potentiellement néfastes sur la dimension éthique du travail des scientifiques

Au nombre de ces caractéristiques, on pourra porter la compétiton entre équipes, les pressions des financiers, la pression pour la publication, les éxigences des commanditaires de l’étude. Autant de facteurs qui peuvent pousser certains des scientifiques a recourir a ces peu glorieuses pratiques…

Notes

[1] étrangement, la fabrication et la falsification font parti des “délits” les moins fréquents, en regard du reste

[2] dans le cas d’éxperimentations sur l’homme, enfin … j’espère…

[3] Organisme américain chargé entre autre de la veille sanitaire, du financement de certaines universités, de laboratoires, et de chercheurs

Ecrit par Timothée

21 sept 06 à 5:33

3 réponses à la note 'Tous des tricheurs?'

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  1. Deux remarques:
    -Le titre "tous des tricheurs?" ne pourrait-il pas passer lui aussi pour de la manipulation de l’information?
    -Pourquoi ne pourrait-il pas y avoir une part de tricheurs chez les chercheurs comme dans tous les secteurs de la société? La notion du Savant, avec un grand S?

    geneline

    9 oct 06 à 11:57

  2. Bonjour,

    Remarques très pertinentes!

    Le titre est la principalement pour donner envie de lire le reste du billet… surtout quand le billet traite d’un theme assez général, comme c’est le cas ici.

    Notez d’ailleurs qu’il est suivi d’un point d’interrogation : on peut se poser la question de l’integrité totale du scientifique, integrité qui devrait etre de mise, mais qui n’est pas générale.

    88bet

    Les phénomènes montrés ici sont pour la plupart relativement discrets (quoique d’autres études sur, notamment, les interets financiers, ont avancé des taux de ‘tricherie’ allant jusqu’a 15%, sur des sujets sensibles. Exemple : la nocivité du tabac). Ceci dit, il est du ‘devoir’ (moral, en tout cas) de chaque membre de la communauté scentifique d’avoir un oeil critique. Le doute cartésien s’applique aussi aux travaux des autres. Une analyse approfondie d’articles parraissant dans des magazines de très haute qualité (notamment Nature, Cell, Science, la sainte trinité) peut mettre a jour des erreurs.

    Ce qui est grave, c’est de provoquer ces erreurs, pour servir divers interets. Principalement parce que le but de la science (fondamentale, en tout cas) est d’accroitre la quantité d’informations disponibles pour l’humanité. En partant de cette logique, il ne devrait paetre pensable de falsifier des résultats.

    Cependant, et c’est un point important et abondamment discuté dans l’article de Nature sur lequel je me base, l’"écosysteme" du chercheur peut influer énormément.

    Pour finir, je ne crois pas au grand S de savant… Il en existe, mais je ne pars pas du principe que tout ce qui porte une blouse blanche doit etre déifié sur le champ. Ce qui ne signifie pas non plus qu’il faille pardonner toutes les erreurs.

    Doc’

    Le Doc'

    9 oct 06 à 12:22

  3. pour mémoire, un livre :

    La Souris truquée. Enquête sur la fraude scientifique
    de William Broad, Nicholas Wade.

    turlupin

    11 oct 06 à 2:46

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