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Rapport CG65 sur la mission Ours

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Le Conseil général du 65 (hautes-pyrénées) a rendu son rapport sur le plan de réintroduction de l’Ours. Lourd de 83 pages qu’examens oblige je n’ai pas lu dans leur totalité (mais il sort de mon imprimante en ce moment même), il est relativement intéressant quant à l’inobjectivité des informations émanant des pouvoirs publics. Pour mémoire, je vous livre ici la croustillante conclusion, en 7 points…

Lettre ouverte aux rapporteurs de la mission Ours

CONCLUSION

L’ESPECE URSINE
Considérant que l’ours brun n’est pas menacé au niveau mondial ni au niveau européen. La souche pyrénéenne quant à elle s’est éteinte en 2004, avec la mort de Canelle

Certes… Certes, conseillers vertueux, l’ours brun en tant qu’espèce n’est pas en danger, ni au niveau mondial, ni au niveau européen. Mais dans l’écosystème pyrénéen, force est de constater qu’il a disparu, à la suite d’une mauvaise gestion, et d’actes qu’on qualifiera sans hésitation aucune de barbarisme (a savoir l’assasinat d’une femelle ourse au cours d’une chasse plus ou moins autorisée dans une zone ou l’on savait pertinnement que l’ours se trouvait).

LE BIOTOPE
Considérant que le biotope des Pyrénées a changé avec l’évolution des activités humaines. Sa modification, en forme de retour en arrière, n’est pas raisonnablement envisageable

A l’inverse, si les moutons avaient disparu à la suite d’une épidémie provoquée par un virus échappé d’un laboratoire, je me permet d’affirmer que vous, conseillers, vous rapporteurs de cette mission, auriez donné tout ce qu’il vous est possible de donner pour les réintroduire, quand bien même cela aurait consisté, dans la situation imaginée, en un retour arrière. Mais à la différence des ours, les moutons sont une source de revenu. Charité bien ordonnée commence par soi même,,et l’environnement n’a qu’a se contenter des relicats…

LE PASTORALISME
Considérant que dans sa double dimension d’activité économique (en terme de production) et d’activité environnementale (en terme d’entretien de l’espace montagnard), le pastoralisme subit une contrainte supplémentaire avec la présence d’un prédateur comme l’ours. Considérant que les politiques de soutien au pastoralisme sont de fait contrariées par la réintroduction de l’ours.

L’ours cause la mort de 200 brebis par an au maximum. Les brebis tuées par des chiens, des chutes, ou la maladies, sont estimées à 2000. D’autre part, l’argument de l’élevage comme entretien de l’espace ne me semble pas recevable, en comparaison des services que rendrait l’ours : dois-je vous rapeller que parmi ses cibles de prédilection se trouvent les animaux faibles et malades, et les charognes? L’ours est un facteur clé de l’écosystème, et le négliger dans ce rôle serait stupide.

En ce qui concerne le fait que les politiques de soutien sont contrariées, je veux bien le croire. Et j’ai la vague impression que c’est le point qui vous tourmente le plus : les ‘pastoraux’ représentent une force de pression importante, un électorat massif, et qu’il ne faut pas négliger. Est-ce un rapport objectif, ou de la démagogie ? J’ai peine à croire que l’inclinaison donnée à ce rapport n’aie pas été guidée par quelques calculs politiciens.

Je me permet de signaler que sur les 2,2M€ du plan Ours, la moitié sont destinés au pastoralisme. Les éleveurs ont-ils donc tant de pouvoir sur vous pour pouvoir exiger le beurre, et l’argent du beurre (ou plutôt : la fin du plan ours et l’argent du plan ours) ?

UNE MONTAGNE VIVANTE
Considérant que les élus développent des politiques volontaristes pour préserver une montagne vivante, libre d’accès, source d’épanouissement, de découverte et support de l’économie touristique. Considérant que dans ce contexte la présence de l’ours est incompatible avec un tourisme de masse.

La encore, l’interet financier passe encore après l’interet supérieur de l’environnement… Votre vision de la montagne est donc celle du tourisme de masse ??Libre d’accès, la montagne, oui, mais dans le béton, les complexes hoteliers … Et alors, si à la fin du mois on encaisse…

L’HOMME D’ABORD
Considérant que l’homme doit être au coeur de toute politique publique et placé avant l’animal. Considérant que le maintien de la biodiversité c’est d’abord la possibilité pour l’homme de vivre et travailler sur les territoires.

Je m’étonne que l’on confie des responsabilités à des personnes qui manifestement ne font pas l’effort d’ouvrir un dictionnaire. Vous n’avez, messieurs les conseillers, rien compris à la biodiversité. Dans un magnanime élan de générosité intelelctuelle (en me doutant, toutefois, que vous ne changerez pas d’avis), je vous livre une définition acceptable de la biodiversité :

Définition de Biodiversité : Terme qui désigne la diversité du monde vivant à tous les niveaux : diversité des milieux (écosystèmes), diversité des espèces, diversité génétique au sein d’une même espèce.
Synonyme de diversité biologique. Peut être considérée à cinq niveaux : celui des écosystèmes, des espèces, des populations, des individus et des gènes. Sur le terrain, le deuxième niveau est clairement le plus accessible et relève directement des compétences naturalistes.

Ou est l’homme dans cette définition? Vous faites preuve d’un inacceptable anthropocentrisme, et pour tout vous dire, vous me livrez une des plus belles erreurs de raisonnement que j’ai vu depuis quelques mois. Ceci dit, cela n’a rien d’étonnant : Si vous aviez eu le bon goût de permettre à un écologue de siéger dans votre commission, il aurait corrigé cette erreur (l’erreur à laquelle je pense est ce rapport dans son ensemble, pas cette appreciation complétement erronée de ce qui est pourtant une notion de base de l’écologie…).

LA CONCERTATION
Considérant que le mode de concertation engagé par le gouvernement est contesté par la majorité des élus, des chasseurs et des acteurs économiques (agriculture, tourisme, forestiers,…),

N’eut-il pas, alors, été du devoir du CG 65 de lancer une campagne d’information impartiale ? A moins que vous ne l’ayez pas fait, conscients que vous le tourneriez en un outil de propagande anti-environnementaliste…

L’ACCEPTATION SOCIALE
Considérant que les conditions de l’acceptation sociale n’ont pas été réunies dans le département.

Le lobbying reste un outil efficace…

La mission,à la majorité, propose que le Conseil Général des Hautes-Pyrénées :

- SE PRONONCE CONTRE LA REINTRODUCTION DE L’OURS,
- DEMANDE L’ABANDON DU PLAN DE RESTAURATION ET DE CONSERVATION 2006-2009.

Sans surprise messieurs. Je suis confus de voir a quel point les lubies de quelques groupes de pressions fortement intéressés par les activités pastorales en tant que source de revenus se permettent de mettre à mal l’environnement, au travers d’une comission acquise à leur cause, et au travers de ce ‘rapport’ (j’emploie habituellement ce terme pour qualifier des travaux scientifiques menés avec impartialité, et centrés sur l’analyse de faits… ce n’est pas le cas). Je suis étonné que certains membres du CG 65 se permettent de faire passer en avant les exigences de leur électorat, plutôt que de mener une politique environnementale décente.

Je suis, pour tous vous dire, assez décu.

Le rapport en question

Ecrit par Timothée

15 juin 06 à 7:15

2 réponses à la note 'Rapport CG65 sur la mission Ours'

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  1. Bonjour. Voici par ce lien quelques notables points de réflexion dont vous semblez avoir raté une fraction non négligeable… notamment pourquoi l’enjeu de la biodiversité s’avère clairement, quand on connaît mieux le dossier, s’opposer à cette réintroduction.

    Sylvain Poirier

    10 août 06 à 7:03

  2. Je n’ai malheureusement pas le temps de lire cette page, étant donné que je suis
    - dans un cyber café
    - sur le départ pour un voyage

    Une lecture attentive (et donc, critique) de ma part est cependant à prévoir pour mon retour, qui correspondra peu ou prou à la rentrée scolaire.

    Le Doc'

    11 août 06 à 6:10

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